Un débat sur la mise en œuvre du principe de précaution se met en
place.
Qu’est-ce que le principe de précaution ?
En France, il est inscrit dans la Constitution française depuis 2005, date de
l’adoption de la Charte de l’environnement, qui l’a consacré dans son article
5 : "Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des
connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible
l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe
de précaution, à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin
d'éviter la réalisation du dommage." Ce principe (qui avait par ailleurs été
officiellement entériné en 1992 dans la Convention internationale de Rio), a
été adopté pour s’appliquer aux questions environnementales et
sanitaires : climat, OGM, produits chimiques, ondes électromagnétiques,
alimentation, nanotechnologies etc .
Le principe de précaution est devenu depuis quelques mois l'enjeu d'un bras
de fer entre ceux qui veulent en redéfinir les règles, jugeant qu'il a trop
souvent été utilisé pour bloquer toute initiative, et ceux qui considèrent
qu'il faut le défendre.
Les "opposants" au principe de précaution
Il y a un mois, 22 députés ont déposé une proposition de loi de création d'une
commission d'enquête mettant en avant « le risque qui peut peser sur le
progrès technique ».
Arnaud Gossement, porte parole du réseau « Touche pas à mon principe de
précaution (voir ci-dessous) nous présente la position des opposants :
« Accusé de tous les maux, le principe de précaution aurait dérivé en
« précautionnisme » selon Gérald Bronner, professeur de sociologie,
dans un entretien accordé ce matin à Libération. Il s’agirait d’une nouvelle
forme de populisme qui alimenterait un climat anxiogène. Pire, le principe de
précaution serait la manifestation d’une idéologie qui condamnerait le mode de
vie occidental. Diable. Ce n’est pas la première fois que le principe de
précaution sert de bouc émissaire et est ainsi attaqué. La Commission sur la
libération de la croissance présidée par Jacques Attali avait déjà proposé que
le principe de précaution soit retranché de la Constitution. Nombre de
climato-sceptiques ont également relayé la vindicte de certains lobbys
industriels contre ce principe. »
Les défenseurs du principe de précaution
Pour le réseau « Touche pas à mon principe de précaution (TPAMPP), «il ne
faut pas ouvrir la boite de pandore en créant une « boite à outils »
pour encadrer le recours au principe de précaution. Cette « boite à
outils » risque en effet de ne contenir que la pelle et la pioche du
fossoyeur ou les instruments à dissection du médecin légiste.»
TPAMPP, créé début 2010, est un réseau de citoyens convaincus que le
principe de précaution est un formidable levier au service de la conversion
écologique de notre société.
Il s'est créé avec le double objectif de promouvoir :
- le principe de précaution comme outil de stimulation de la connaissance a travers la recherche et l'innovation au service du débat démocratique autour des opportunités ouvertes par le progrès scientifique et technologiques et des risques, notamment environnementaux, sociaux, sanitaires dont il est porteur;
- le débat autour du principe de précaution souvent confondu avec le principe
de prévention et expose de la part de groupes d'intérêt économiques ou
idéologiques a des tentatives d'en limiter la portée et le
périmètre.
« En réalité, le principe de précaution s’applique en situation d’incertitude radicale : il est donc impossible, par avance, de définir une procédure ad hoc qui serait pertinente dans tous les cas. S’il est nécessaire, de manière générale, d’améliorer les conditions d’expertise, d’anticipation et de gestion du risque il est inutile, en particulier, d’affaiblir le principe de précaution au prétexte de le préciser. » explique Arnaud Gossement porte parole du réseau TPAMPP
Eric Loiselet, fondateur du réseau TPAMPP rappelle que « le
Gouvernement s’était engagé à ce qu’une loi relative à l’information
environnementale soit votée avant le 30 juin. Or, aucun texte n’a été rédigé.
Pourtant, une réforme globale des conditions d’élaboration et d’accès à
l’information environnementale et sanitaire apparaît bien plus urgente que la
création d’une procédure spécifique au principe de précaution. »
Pour le gouvernement
Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, a estimé qu'il est nécessaire
de mettre en place une « boîte à outils » afin de mieux mettre en
oeuvre le principe de précaution et ainsi sortir du « flou » actuel.
« Nous ne voulons pas revenir sur le fondement de ce principe inscrit dans
la Constitution. Ce serait la plus grosse erreur qu'on commettrait à l'égard de
nos enfants. Mais il faut clarifier les conditions dans lesquelles on recourt à
ce principe », a-t-elle ajouté, s'appuyant sur les travaux du comité, qui
recommande de désigner des instances d'expertise et un « pilote »
chargé de conduire le processus.
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