Ce mardi 04 mai, après trois ans d'attente, les députés se
penchaient sur le projet de loi dit Grenelle2.
Les associations de défense de l'environnement protestent plus ou moins
fortement pour certaines contre les nombreux reculs du gouvernement.
Parmi les associations marquant une position dure :
Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'Environnement, François
Veilerette, porte-parole du MDRGF, Jacky Berthomé, administrateur du Réseau
"Sortir du nucléaire", Janine Le Calvez, présidente de PRIARTéM, Charlotte
Nenner, présidente de l’association Résistance à l'Agression Publicitaire,
Jean-Luc Touly, président de l'Association pour un Contrat Mondial de l'Eau,
Sébastien Lapeyre, directeur du CNIID font le communiqué suivant :
Mardi 04 mai devait être marqué d'une pierre... verte ! Après trois ans
d'attente et d'indifférence, les députés se pencheront sur le projet de loi dit
Grenelle2. Ce sera l'occasion, pour 13 ONG, d'organiser un rassemblement, mardi
04 mai 2010, devant l'Assemblée nationale à 16h.
Cent cinq articles, plus de deux cent quatre-vingts pages de textes
législatifs renvoyant à des milliers d’amendements, la loi Grenelle 2 est un
monstre législatif particulièrement indigeste. La cinquantaine d’heures que les
députés ont réservée aux débats précédant l’adoption de ce projet de loi et la
procédure d’urgence une fois encore utilisée pour ce texte ne laissent que peu
de place à un débat serein et contradictoire.
La loi Grenelle1, adoptée en octobre 2009, fixait des objectifs à moyen et
long termes et renvoyait à une seconde loi la définition technique et précise
des outils à activer pour atteindre ces objectifs. Une réduction de 20% du
rejet de nos émissions de gaz à effet de serre, une division par deux de
l’usage des pesticides, un triplement de la surface agricole dédiée à
l’agriculture biologique en cinq ans, 10% d'électricité issue du vent en 2020
contre 1,5% actuellement, 2000 kms de lignes ferroviaires à grande vitesse
d’ici 2020…
Pour les plus optimistes, la rupture écologique était en marche et les beaux
discours allaient enfin être traduits dans le corpus législatif et
réglementaire... Las, en reportant de mois en mois l’adoption de la loi
Grenelle2 tout en réduisant les débats parlementaires à quelques jours, le
Gouvernement a permis aux lobbies de travailler dans l’ombre en détricotant
patiemment les modestes « avancées » du Grenelle de l’environnement.
Dernier renoncement en date, l'autorisation offerte aux lobbies agricole et
routier de pouvoir faire circuler des camions de 44 tonnes sur les routes
françaises !
A la lecture de ce projet de loi qui est, selon le Ministre de l’Ecologie,
la boîte à outils qui permettra de mettre en œuvre les engagements du Grenelle
de l’environnement, que pouvons-nous constater ? Qu’à défaut de boîte à
outils, nous avons une belle boîte, bien verte, bien brillante, qui n’a qu’un
défaut : lorsqu’on l’ouvre, cette boîte est pleine… de vide !
Le projet de loi fourmille d’engagements virtuels, de vœux pieux,
d’incitations à agir, d’incantations somme toute dérisoires au regard des
enjeux écologiques tout juste juxtaposés à des mesurettes qui n’ont même plus
le mérite d’être emblématiques ! La multiplication de plans d’actions sans
moyens réels, schémas régionaux ou départementaux non contraignants, demandes
d’informations, expérimentations sans lendemain, rapports à remettre
périodiquement au Parlement, créations de comités Théodule, alliés à des
interdictions soumises au conditionnel et à une cohorte de dérogations diverses
et variées, ne font qu’entretenir l’illusion d’un changement.
Sans compter les reculs constatés ces derniers mois ou les non-dits initiaux
sur le nucléaire, dont l’ambition cachée est de satisfaire, avant les débats
parlementaires entourant l’adoption de la loi Grenelle2, des députés de la
majorité, réfractaires à toute ambition écologique. Renoncements qui frappent
l’éolien, le ferroutage, la fiscalité écologique, les transports, les déchets,
la publicité, les pesticides et l’agriculture en général ou encore la
téléphonie mobile… et qui amènent l’Etat français à investir massivement et de
façon inconsidérée en période de vaches maigres dans de nouvelles centrales
nucléaires (9 milliards d’euros) ou encore dans la construction de nouvelles
autoroutes ou aéroport, dans le développement des agro-carburants,
nanotechnologies…
Le verbiage technocratique qui gonfle artificiellement le volume de ce texte
ne saurait cacher bien longtemps l’absence réelle de mesures ambitieuses et
susceptibles de répondre aux crises écologique et sociale qui se préparent. A
l’issue de l’adoption de ce texte, tout restera à faire car pour atteindre les
objectifs inclus dans la loi Grenelle1, seuls des engagements forts et opérants
seront à même de répondre aux crises écologiques et sociales.
Nous appelons les parlementaires à rompre avec les vieilles recettes
productivistes qui ont prouvé leur inefficacité. Rupture qui passe
nécessairement par des actes et l’adoption d’amendements favorisant par exemple
la maîtrise de l’énergie, une fiscalité écologique juste et équitable, le
développement de l’énergie éolienne, des transports en commun associé à
l’expérimentation de péages urbains, l’étiquetage carbone, une réglementation
contraignante relative à la publicité extérieure, la réduction à la source des
emballages ménagers ou encore la santé environnementale. Rupture qui passe
également par l’arrêt du développement irraisonné des nanoparticules, des
antennes relais, des pesticides, des incinérateurs et l'abandon du nucléaire,
grave danger pour la santé et l'environnement.…
La politique environnementale de ce Gouvernement ne peut décemment se
réduire à un grand bricolage dont la loi Grenelle2 serait une boîte à outils…
sans outils. Au risque de sombrer dans une sorte d’écologie hors-sol où les
discours lyriques viendraient en substitution d’actes nécessaires et
courageux !
A l’aube d’un débat parlementaire qui aurait dû modifier la donne
écologique, chacun doit prendre ses responsabilités. Se gargariser de
révolutions écologiques sans cesse remises au lendemain tout en se payant de
mots ne peut sérieusement faire office de politique en matière écologique.

Comme souvent, France Nature Environnement est bien plus modérée et
déclarait le 3 mai :
Grenelle II : Mesdames et Messieurs les députés, soyez
ambitieux !
Demain s’ouvriront à l’Assemblée les débats sur le projet de loi Grenelle
II, dans un contexte délicat. Depuis plusieurs semaines, plusieurs signaux
négatifs sont survenus. FNE appelle les députés à faire preuve de
responsabilité et d’ambition environnementale.
Un texte rogné Le projet de loi Grenelle 2, boîte à outils législative pour
mettre en œuvre des engagements issus du Grenelle de l’Environnement, n’est pas
parfait. Certes, nous ne saurions régler tous les problèmes environnementaux
d’un coup de texte magique. Mais aujourd’hui, nous sommes inquiets de voir ce
texte rogné sur certains points : classement en ICPE de l’éolien
notamment, opposabilité de la trame verte et bleue, affichage
environnemental... Les engagements du Grenelle doivent être mis en
œuvre !
Traduire le compromis de 2007 « Nous appelons les députés à la
responsabilité et à l’unité pour voter ce texte. Ce projet de loi correspond à
une étape qui doit traduire le compromis de société atteint en 2007, lors du
Grenelle de l’environnement. Et cette étape doit être franchie par le
haut : le texte doit sortir de ces débats enrichi, et non amoindri »,
déclare Bruno Genty, président de FNE.
FNE et ses associations membres attendent encore beaucoup de ce texte. Que
ce soit sur la concrétisation des schémas régionaux climat-air-énergie, la
reconnaissance de l’agriculture à Haute Valeur Environnementale, l’opposabilité
de la Trame Verte et Bleue (TVB), ou bien encore la construction de la
gouvernance avec les cinq familles d’acteurs dans les territoires, nous pouvons
et nous devons encore avancer.
La loi, une étape Traduction d’un processus entamé il y a trois ans, la loi
Grenelle II ne saurait toutefois être son aboutissement. Nous avons encore
beaucoup de chemin devant nous : nous devrons demain continuer à avancer
sur la démocratie environnementale et la poursuite du dialogue, sur la
déclinaison et l’application des engagements du Grenelle sur le terrain, dans
chaque région, et sur la construction d’une économie en phase avec notre
environnement.
FNE continuera à être force de proposition après le vote de la loi,
notamment en recensant les engagements du Grenelle qui n’auront pas été
satisfaits.
Mon avis
Clairement, les promesses faites lors du Grenelle ne sont pas tenues pour
nombre d'entre elles.
N'oublions pas non plus que le Grenelle a aussi occulté la question de
l'énergie nucléaire !
Au final, à mon sens, peu de choses positives pour l'environnement.
La crise économique et les lobbys sont passés par la !
Je me suis déjà exprimé sur ma position, n'attendant pas grand chose du
Grenelle dès son début.
Piège pour les associations participantes, certains de leurs représentants en
étaient conscients et se sont publiquement exprimés là dessus, disant qu'ils
espéraient malgré les concessions obtenir quelques avancées...
Je ne dis pas que tout est négatif et qu'il n'en sera rien ressorti de bon, ni
qu'il aurait été facile de faire mieux et plus pour l'environnement.
Nous voyons bien dans le concret, et cela vaut aussi au niveau mondial (voir
Copenhague), que la société n'est pas prête à engager un tournant vers une
société plus écologiste pourtant indispensable au regard des crises économique,
sociale et environnementale.