C'est la première fois que j'écris sur un restaurant et ce sera l'une des
rares car je n'y vais que très peu. Peut être cela pourrait concerner un
restaurant bio ou végétarien, établissements qui ne sont pas légion. Rien de
tout cela en l'occurrence aujourd'hui, mais il s'agit d'une adresse qui mérite
que l'on s'y arrête, voire que l'on s'y déplace, et cela à plus d'un
titre.
C'est par hasard à Grenoble que j'ai remarqué la carte de ce restaurant à la
façade minuscule dans une ruelle piétonne du centre ville.

A l'extérieur, très peu d'informations sont fournies aux affamés comme aux
gourmets, si ce n'est que les plats sont confectionnés selon les disponibilités
de produits frais et que la démarche de la maison est basée sur la recherche de
saveurs, en particuliers par l'utilisation des épices.
De quoi m'intéresser, moi qui n'aime pas la restauration et ses produits sous
vide ou surgelés.
Cette première étape passée avec succès, la seconde est classique et
consiste bien évidemment à jeter un coup d'œil à l'intérieur...
C'est obligé, à l'instar de la façade, la salle est étroite, et comme elle
n'est pas longue non plus, seules cinq tables y ont trouvé leur place. Ce ne
sont donc qu'au maximum 22 personnes qui peuvent y prendre place. Le maitre des
lieux préfère d'ailleurs se limiter à 15 personnes autant que possible. La plus
grande table pourra rassembler des convives qui ne se connaissent pas. Cela
augmente la convivialité du lieu, déjà liée à sa petitesse, sa chaleureuse
simplicité et sa décoration "alternative" basique. J'entends par là ses
discrètes affiches sur des évènement de la confédération paysanne par exemple,
et par l'étagère garnie entre autres de brochures de la fédération "Sortir du
nucléaire". On y trouve aussi le livre de Stéphane Essel, "Indignez
vous".
De quoi me sentir comme chez moi !
En ce soir de fête de la musique où les repas sont pour l'essentiel rapides
et pris sur le trottoir face à des instruments armés de musiciens, j'ai pu
m'installer sans avoir réservé. Le même papier qui vous allèche dès l'extérieur
par la fraicheur des aliments refroidit votre ardeur par cette information
inquiétante pour le visiteur impromptu : la réservation est
recommandée.
Pascal Fouard nous accueille dans ce petit établissement qu'il a créé avec
son épouse il y a 13 ans. Seul à bord, il fait tout, depuis les courses
jusqu'au service, en passant par l'essentiel, la cuisine.

Pascal Fouard à l'écoute
La carte est réduite, toujours pour la même raison, les produits frais. A
peu de chose près, une assiette d'entrées, 3 plats et une assiette de
desserts.
Les règles sont simples, Pascal vous les présente si il ne se souvient pas
vous avoir déjà vu. L'endroit a visiblement ses habitués et c'est bon signe...
Les règles, donc. L'assiette d'entrées comporte 4 entrées différentes,
l'assiette de desserts, 6... desserts évidemment !
Chacune est très copieuse et convient le plus souvent pour deux personnes qui
prendront un plat entre les deux.
Pour ma part, étant seul ce jour là, ma commande porta donc sur une assiette
d'entrées et une de desserts.

Une assiette d'entrées
Le service est assez rapide, l'entrée est servie avec l'indispensable
description des 4 entrées qui, bien que clairement séparées sont agencées en
une harmonie de formes et de couleurs. Le plaisir des yeux n'est pas atténué
pas celui des papilles soumises à la difficile épreuve de la reconnaissance des
saveurs des nombreux ingrédients énumérés à grande vitesse par Pascal. En bref,
surprenant et excellent.
Mon assiette d'entrées :
- Betteraves rouges rappées, poignées d'oignons, échalotes, cumin, fromage
blanc et chips de betteraves rouges;
- Salade à l'huile de colza grillé;
- Glace aux anchois;
- Foies de volailles au vinaigre de noix, coriandre;
- Banane plantain, salade de farfalles, cristophine, fruits de la passion,
vinaigrette mangue.
Surprenant et excellent, ces qualificatifs s'appliquent tout autant à
l'assiette de desserts. Elle s'accompagne d'un petit jeu qui pimente le
tout.
En effet, pas question à cette étape de nous faciliter la tâche en nous donnant
la composition. Il faudra trouver par nous même.
Le digestif est offert si l'on reconnait la saveur de cinq desserts sur les six
qui sont là, sous notre nez. Au vu de l'expérience précédente avec les entrées,
facilitée par la connaissance des ingrédients, on se dit que ca n'est pas
gagné... Ça ne l'est pas, en effet.

Le jeu motive même les plus jeunes qui ne gouteront pas au rhum...
Un classique de la maison bien préparé, en attestent les petits papiers et
le stylo fournis pour noter ses réponses, probablement pour ne pas aider les
voisins aux oreilles indiscrètes !
Les réponses y seront écrites par Pascal à l'issue de la dégustation, mais nous
ne sommes pas encore là...
Chacun des 6 desserts est délicieux. Pour certains la saveur est connue mais
difficile à reformuler, pour d'autre c'est bon mais quel en est le goût ?
Au final je ne donne que trois réponses sur six dont une "ça a le goût de
savon". A priori, aucune chance de gouter au digestif...
Pourtant si...
La bouteille de rhum bourrée de végétaux et de graines étonne. Son contenu est
fort et très, très épicé !
La carte changeant en permanence, Pascal m'a autorisé à vous décrire mon
assiette de desserts :
- Sorbet jasmin (le gout de savon);
- Tarte abricots noix de coco;
- Glace lilas;
- Crumble banane chocolat et poivre de Jamaïque;
- Ananas rôti à la datte, basilic, citron.
Volailles, herbes, fromages, proviennent de producteurs locaux.
Certains produits sont issus de l'agriculture biologique ou
raisonnée.
Une bien belle découverte à un tarif raisonnable, moins de 25 euros avec un
verre de vin. Un excellent rapport qualité/prix et une envie de revenir aussi
pour l'accueil et l'ambiance sympathiques agrémentés d'un caractère discret
mais visiblement militant.
Tête à l'envers
10 rue Chenoise
Grenoble
04 76 51 13 42