
C'est en octobre 1971 que le ministre de la défense Michel Debré annonce la décision d'étendre le camp militaire du Larzac, plateau aride du Massif Central. La centaine de paysans installés là n'en croient pas leurs oreilles et sont d'un coup abattus : on veut leur prendre leur terre, leur vie. Le premier coup au moral passé, quelques uns se réunissent alors qu'ils se connaissaient peu, afin de réfléchir à ce qu'il serait possible de faire contre ce projet. C'est le début d'une lutte incroyable qui dura dix ans.
Le cinéaste Christian Rouaud a réussi un documentaire remarquable de simplicité, de force, d'émotion, avec des moments drôles aussi. Les acteurs de l'époque, les paysans, nous racontent la chronologie des évènements. Leurs visages et leur témoignage émouvant se succèdent, entrecoupés d'images de ce paysage magnifique et rude.
Cette formidable aventure rassembla des acteurs si différents, paysans "pur porc" éleveurs de brebis, maoïstes, hippies, objecteurs de conscience, syndicalistes, ouvriers qu'il est à peine croyable que tout se monde ait réussi à s'unir pour avancer vers la victoire. Car en effet, la victoire fut au rendez-vous, marquant le terme de cette dizaine d'années de combat. La victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981 mit au pouvoir le candidat qui s'était engagé à abandonner le projet d'extension du camp militaire.
L'aventure fut manifestement énorme. Cette centaine de familles qui pour nombre d'entre elles connaissaient peu du monde extérieur à la terre a réussi à garder le pilotage des actions qu'il fallait pour l'essentiel inventer, des manifestations en convoi de tracteurs, invasion de brebis jusqu'au Champs de Mars à Paris où une ferme commençait à être installée, en passant par de gigantesques rassemblements sur le plateau qui s'est vu constellé de sacs de couchage oranges et bleu… Ces gens qui luttaient pour leur vie ont réussi le pari incroyable, aujourd'hui encore, de garder la main sur leur combat sans se faire récupérer ni dévier de leur idéal de non violence. Mai 68 n'est pas si loin et son souffle a sans doute contribué à chasser les vilains nuages que les militaires et politiques accumulaient sur les terres sèches du plateau.
Le film nous montre quelques images d'époque, trop peu à mon goût. Il laisse brièvement la parole à Michel Debré et Valérie Giscard D'Estaing. Des interventions qui transpirent la froideur et le mensonge. Quel contraste avec l'humanité évidente des paysans qui nous racontent pendant deux heures vite passées, ces moments qui ont marqué leur vie à jamais. Dix ans émaillés de difficultés, de peine avec des coups dur comme le plasticage de la ferme qui aurait pu tuer cette famille avec ses sept enfants, mais aussi de joie et d'intense émotion comme lors des rassemblements ou la construction de cette merveilleuse bergerie de pierre qui témoignera bien longtemps cette formidable entraide.
Pour un militant, ce film fait chaud au cœur. Le GRATE, association
écologiste locale de Boussy-Saint-Antoine (91) nous invitait à sa projection
jeudi dernier. Une belle occasion de se retrouver entre personnes qui essaient,
même modestement, de faire bouger les choses et qui ont souvent besoin de voir
que de beaux succès sont possibles !








