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samedi 18 février 2012

Tous au Larzac


C'est en octobre 1971 que le ministre de la défense Michel Debré annonce la décision d'étendre le camp militaire du Larzac, plateau aride du Massif Central. La centaine de paysans installés là n'en croient pas leurs oreilles et sont d'un coup abattus : on veut leur prendre leur terre, leur vie. Le premier coup au moral passé, quelques uns se réunissent alors qu'ils se connaissaient peu, afin de réfléchir à ce qu'il serait possible de faire contre ce projet. C'est le début d'une lutte incroyable qui dura dix ans.

Le cinéaste Christian Rouaud a réussi un documentaire remarquable de simplicité, de force, d'émotion, avec des moments drôles aussi. Les acteurs de l'époque, les paysans, nous racontent la chronologie des évènements. Leurs visages et leur témoignage émouvant se succèdent, entrecoupés d'images de ce paysage magnifique et rude.

Cette formidable aventure rassembla des acteurs si différents, paysans "pur porc" éleveurs de brebis, maoïstes, hippies, objecteurs de conscience, syndicalistes, ouvriers qu'il est à peine croyable que tout se monde ait réussi à s'unir pour avancer vers la victoire. Car en effet, la victoire fut au rendez-vous, marquant le terme de cette dizaine d'années de combat. La victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981 mit au pouvoir le candidat qui s'était engagé à abandonner le projet d'extension du camp militaire.

L'aventure fut manifestement énorme. Cette centaine de familles qui pour nombre d'entre elles connaissaient peu du monde extérieur à la terre a réussi à garder le pilotage des actions qu'il fallait pour l'essentiel inventer, des manifestations en convoi de tracteurs, invasion de brebis jusqu'au Champs de Mars à Paris où une ferme commençait à être installée, en passant par de gigantesques rassemblements sur le plateau qui s'est vu constellé de sacs de couchage oranges et bleu… Ces gens qui luttaient pour leur vie ont réussi le pari incroyable, aujourd'hui encore, de garder la main sur leur combat sans se faire récupérer ni dévier de leur idéal de non violence. Mai 68 n'est pas si loin et son souffle a sans doute contribué à chasser les vilains nuages que les militaires et politiques accumulaient sur les terres sèches du plateau.

Le film nous montre quelques images d'époque, trop peu à mon goût. Il laisse brièvement la parole à Michel Debré et Valérie Giscard D'Estaing. Des interventions qui transpirent la froideur et le mensonge. Quel contraste avec l'humanité évidente des paysans qui nous racontent pendant deux heures vite passées, ces moments qui ont marqué leur vie à jamais. Dix ans émaillés de difficultés, de peine avec des coups dur comme le plasticage de la ferme qui aurait pu tuer cette famille avec ses sept enfants, mais aussi de joie et d'intense émotion comme lors des rassemblements ou la construction de cette merveilleuse bergerie de pierre qui témoignera bien longtemps cette formidable entraide.

Pour un militant, ce film fait chaud au cœur. Le GRATE, association écologiste locale de Boussy-Saint-Antoine (91) nous invitait à sa projection jeudi dernier. Une belle occasion de se retrouver entre personnes qui essaient, même modestement, de faire bouger les choses et qui ont souvent besoin de voir que de beaux succès sont possibles !

mercredi 25 mai 2011

Deux visions apocalyptiques

Un titre fort mais qui me semble adapté à ces deux situations que j'ai découvertes par des reportages télévisés.
Je n'en avais jamais entendu parler et ai reçu un certain choc dans les deux cas.

Vu dans envoyé spécial (France 2) le 12 mai : "BTP, le scandale des décharges illégales", des particuliers en France acceptent des quantités considérables de matériaux divers (gravas, déchets etc...) et remblaient leurs terrains jusqu'à en changer complètement le paysage. Des vallons sont complétement comblés.


Ce commerce illégal arrange à la fois le propriétaire qui rentabilise ses terrains inconstructibles et les entreprises du BTP, qui se débarrassent de leurs déchets ou gravats à moindre frais.
L'environnement subit et pas seulement au niveau paysage car les dépôts peuvent contenir des produits toxiques. Tout cela sans aucun contrôle ni mesure de précaution et en toute illégalité y compris dans des zones protégées, Natura 2000 par exemple.
Les pouvoirs publics essaient de lutter contre ces pratiques par des observations aériennes mais leurs résultats semblent bien maigres. De plus, même des collectivités publiques peuvent être impliquées dans de telles pratiques pour certains travaux ! De manière involontaire ?

Pire encore, Thalassa a diffusé le documentaire "Le sang du Nigéria". On y voit notamment de véritables scènes d'apocalypse dans des territoires ravagés par le raffinage "pirate" du pétrole.


Moyennant quelques milliers d'euros, d'anciens employés de l'industrie pétrolière réalisent des piquages illégaux sur des pipelines transportant le pétrole brut à travers des zones de mangroves. Des fuites rendent l'eau noire de pétrole sur des étendues considérables.
Le pétrole brut est convoyé à l'air libre dans des barques de bois jusqu'aux sires de raffinage où des hommes sans protection aucune, pieds et mains nus, déversent avec des récipients de fortune le pétrole dans des alambics improvisés faits de tonneaux métalliques chauffés au bois. Ils récupèrent ensuite les produits pétroliers, de nature différente (kérosène, gaz oil, essence), selon le stade du raffinage. Je suis resté pantois de voir ces pratiques ainsi effectuées avec les conséquences évidentes et inévitables sur la santé de ces travailleurs démunis, dans un environnement de fumée noire et épaisse généralisée, où les arbres temporairement rescapés du déboisement nécessaire au chauffage des alambics sont mourants et complètement noirs.
Lorsqu'un endroit devient inutilisable, les hommes déplacent le site de raffinage un peu plus loin.
L'essence ainsi produite est ensuite vendue "à la sauvette", transvasée depuis des bidons jusqu'aux réservoirs des clients avec un tuyau plastique en siphonnant à la bouche. Le film montre une femme enceinte pratiquer cette activité ! Quelles sont les conséquences pour elle et le bébé ?! Effarant et affligeant. Le pays ne colporte qu'une seule raffinerie, c'est insuffisant explique un "raffineur" qui doit bien se débrouiller pour vivre. Quelle vie !

Deux exemples frappants parmi combien d'autres ?
Le monde va bien mal et peu nombreux sont ceux qui luttent...
De tels reportages servent-ils cette lutte ? Il me semble que oui, la lutte ne pouvant exister qu'après information et prise de conscience. Ils ne sont aucunement suffisants mais sont un des vecteurs d'information.
A saluer donc.

Pour plus d’information

Voir le reportage BTP, le scandale des décharges illégales
Visitez le site Thalassa sur le reportage Le sang du Nigeria

mercredi 23 mars 2011

Water makes money


Réalisation: Leslie Franke & Herdolor Lorenz
Production: KernFilm
Documentaire – 82 min
Allemagne/France – 2010

Tout comme l’air que nous respirons, l’eau est un élément indispensable à la vie. Ainsi, le 27 juillet 2010, l’accès à l’eau potable a été intégré à la Déclaration des Droits de l’Homme par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Malgré tout, l’eau reste en proie aux intérêts économiques des entreprises multinationales obsédées par leurs profits. Cette mainmise sur l’or bleu touche aussi bien les pays en voie de développement que les riches pays industrialisés…

Dès qu’une commune cherche à remanier sa gestion de l’eau, les deux plus importants groupes mondiaux de l’eau pointent leur museau. Ensemble, ils constituent un oligopole qui pèse sur toute la surface du globe. En France, par exemple, ils approvisionnent près de 80% de la population. Conséquences : hausse vertigineuse des prix à la consommation, baisse de la qualité de l’eau, manque de transparence souvent lié à un climat de corruption… Même s’il ne s’agit plus de privatisation à proprement parler, mais de partenariat public-privé, le résultat est le même : les profits sont privatisés et les pertes collectivisées.

En France, Veolia et Suez gèrent 80 % de l'approvisionnement en eau dans le cadre de partenariats public-privé (PPP) qui voient les communes rester propriétaires des infrastructures et déléguer l'exploitation aux entreprises privées. Mais alors que ce modèle rencontre un indéniable succès à l'étranger, de plus en plus de municipalités tentent de reprendre le contrôle de l'eau dans l'Hexagone.

Le documentaire Water Makes Money explique comment les entreprises multinationales s’accaparent la distribution de cet élément vital et créent ainsi une alchimie déroutante : elles transforment l’eau en argent ! L’analyse de ce phénomène par des experts est agrémentée par plusieurs exemples de communes, allemandes et françaises, en proie à la domination de ces entreprises peu soucieuses d’offrir un service de qualité. Mais, à l’instar de Paris, des collectivités se soulèvent pour passer en régie publique. Le contrôle citoyen de l’eau est nécessaire et possible…

Water Makes Money a été financé à hauteur de 120 000 € grâce aux donations de différentes municipalités et de citoyens qui se battent pour leur eau. Chaque donateur (de plus de 20 €) est « copropriétaire » du film. Le but était non seulement de financer ce documentaire, mais aussi de réunir un grand nombre de « coproducteurs » qui se font ses porte-parole : l’eau doit rester dans le domaine public !


Mon avis

Un excellent documentaire qui dénonce le scandaleux profit fait par les entreprises privées de gestion de l'eau à qui les communes abandonnent leur responsabilité de gestion de cet irremplaçable et vital bien public.
Dans un registre très proche, voir aussi le film "Flow Pour l'amour de l'eau".

Pour plus d’information et pour voir le film

Pour en savoir plus, pour acheter le film ou organiser des projections : http://www.lamare.org/water-makes-money

Pour voir le film gratuitement pendant 7 jours sur Arte.tv : http://videos.arte.tv/fr/videos/water_makes_money-3775756.html

Water makes money sort au cinéma La Clef, Paris 5e, le mercredi 23 mars 2011.

lundi 21 mars 2011

The idiot cycle

Documentaire de Emmanuelle Schick Garcia


The idiot cycle décrit le cercle “infernal” créé par les firmes productrices de produits chimiques responsables de nombreuses maladies comme le cancer et qui par ailleurs produisent les médicaments destinés à soigner ces maladies.
Ces mêmes entreprises produisent des OGM pour couronner le tout.
Vous connaissez ces sociétés : Bayer, Dupont, Monsanto, Dow Chemical, BSF, Astrazeneca ...

Ce cycle "idiot" ne l'est pas pour tout le monde. Les produits chimiques nous rendent malades, les firmes gagnent beaucoup d'argent en les produisant ainsi que les médicaments sensés nous soigner !
Et rien ne les encombre, ne les arrête et les moyens qu'elles emploient sont détestables . Spoliation des peuples autochtones, pression sur les chercheurs indépendants, conflits d'intérêts envers les responsables politiques ou publics...

Des études scientifiques donnent des éléments qui montrent le lien entre les maladies et les produits chimiques.
Des associations de défense de l'environnement et certains films comme The idiot cycle et Notre poison quotidien nous alertent sur ce problème majeur de santé publique.

Peu, voire pas soutenue dans sa démarche, Emmanuelle Schick Garcia a confié son projet à la productrice Laila Tahhar, seule à avoir soutenu le projet depuis le départ.
Afin de pouvoir réaliser ce projet de manière totalement indépendante, la société JPS Films a été fondée en 2006.
Après trois ans de recherches, puis un an entre le tournage et la post-production, le film s’est finalement trouvé confronté aux refus des compagnies d'assurance américaines et canadiennes d'assurer le film, leur fermant ainsi les portes des chaînes de télévision outre-atlantique.
Emmanuelle et Laila se sont donc naturellement tournées vers une diffusion «indépendante» partout dans le monde, aux Etats-Unis, au Canada, en France, en Italie... en s'appuyant sur des cinémas indépendants, des réseaux associatifs, des universités...

Pour voir le film

Le film est disponible en streaming VOD pour le grand public en version anglaise et version française.
Toutes les instructions pour le téléchargement du film se trouvent sur le site : www.japanesepopsongs.com/films.php
Le prix de location est de 4,99 €

Mon avis

Un film révélateur de situations scandaleuses.
J'apprécie énormément le travail effectué surtout dans de telles conditions d'absence de soutien.
Une belle performance.
J'ai cependant trouvé certains passages un peu fastidieux et ai eu du mal à suivre.
Du coup je m'y suis pris à plusieurs fois pour voir l'ensemble.
A moins que vous ne soyez très bon en anglais, je vous conseille la version française (sous titrée en anglais) à la version en anglais sous titrée en français.

mercredi 16 mars 2011

Notre poison quotidien


Marie-Monique Robin a réussi son nouveau documentaire. Ce n'était pas évident.
Soit, l'opinion est déjà sensibilisée et informée par la presse et certains films récents qui ont percé au niveau du grand public. Nos enfants nous accuseront en est un exemple.

Nous sommes donc en permanence confrontés à de multiples produits chimiques dont l'immense majorité n'a pas fait l'objet d'études approfondies quant à leur impact sur la santé. Les données les concernant proviennent des firmes qui les produisent et sont couvertes par le secret industriel. Les études indépendantes sont très peu nombreuses et les chercheurs non liés aux firmes font l'objet de pressions pour biaiser leur appréciation.

Les organismes chargés d'établir la dose journalière admissible (DJA) peuvent voir certains de leurs membres travaillant pour le Entreprises qui produise t les substances à évaluer. Les conflits d'intérêts ne sont pas rares. Les lins entre hommes politiques et industrie sont très étroits et certaines personnalités passent d'un domaine à l'autre, influant les décisions en fonction de leur intérêt et non pas de l'intérêt public.
Les méthodes d'établissement de la DJA reposent sur des principes très anciens arbitraires dont la validité est contestable comme la relation dose-effet (la dose fait le poison).
Les impacts des faibles doses ne sont pas pris en compte et surtout les interactions entre les produits ne sont qu'extrêmement peu connus et étudiés et ne sont pas pris en compte dans le calcul des doses induisant un risque acceptable.

Le film nous démontre tout cela avec une solide argumentation scientifique sans trop nous assommer de chiffres et explications complexes.
Un constat qui devrait nous alarmer Bien plus que ce n'est le cas pour que nous exigions des études indépendantes en quantité suffisante, la publication des données connues mais inaccessibles par de secret industriel, et surtout l'interdiction de nombre de produits dont la dangerosité est démontrée mais non prise en compte à cause du lobbying pratiqué par les entreprises de l'industrie chimique (BPA et autres perturbateurs endocriniens, aspartame...).

Un excellent film qui devrait contribuer à augmenter la prise de conscience du public.
Le consommateur, le citoyen dispose d'un pouvoir fort qui n'est pas mis en œuvre , résultat de l'endoctrinement publicitaire, de l'individualisme poussé par la société productiviste et nombre de média instruments de ce jeu où les gagnants sont les entreprises au détriment de la santé du public. Fabriquer des produits plus sains est possible, c'est une question de volonté et de choix des valeurs. Environnement, santé, qualité doivent être privilégiés, pas de bénéfice ni les actionnaires. Exigeons le de nos responsables politiques et par nos achats.

Pour plus d’information

http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Notre-poison-quotidien/3673748.html


Pour voir ou revoir le documentaire

Arte +7 (visible pendant 7 jours après le 15/03) : http://videos.arte.tv/fr/videos/notre_poison_quotidien-3761854.html
Projection à Natureparif à Paris le 17mars à 18h : http://www.natureparif.fr/en/manifestations/conferences/616-notre-poison-quotidien