Interview choc exclusive de Francis Lalanne pour TV Magazine.
Quand il parle, c'est sans langue de bois. Francis Lalanne, qui
appelle tous les consommateurs présumés pollueurs à la « révolte »,
attaque fort et dénonce les dérives du « business » de l'écologie.
Interview choc exclusive pour TV Magazine.

Pourquoi êtes-vous en colère ?
Je fais partie des gens qui en ont ras-le-bol de ce système, qui met en avant
des icônes institutionnelles de l'écologie, avec un discours politiquement
correct, dont le pouvoir a besoin pour faire passer sa propagande. Des icônes
fabriquées pour endormir les gens, pas pour les réveiller !
À qui pensez-vous ?
Jean-Louis Borloo, par exemple. Il a un mandat pour servir des intérêts
capitalistes qui ont besoin de l'écologie pour se développer. Les gens
l'écoutent comme une référence en matière de traitement du problème écologique,
alors qu'en fait il sert de caution aux pollueurs contre l'intérêt des pollués
que nous sommes. Ensuite, je peux citer Nicolas Hulot.
Pourquoi lui ?
Parce qu'il tient un discours absolument intolérable et à géométrie variable
selon les besoins de son entreprise. Tantôt il prétend que l'écologie n'est pas
une philosophie politique à part entière mais une sorte d'humanisme-conseil au
service du pouvoir. Tantôt il appelle à voter pour les Verts, tout en méprisant
les écologistes indépendants et en proclamant qu'il ne fait pas de politique.
De plus, il terrorise les gens en leur expliquant qu'ils sont méchants et
destructeurs. Le fait que Nicolas Hulot vive grassement en réalisant des
émissions sur l'écologie à la télé le rend-il moins méchant et moins
destructeur que le commun des mortels ?
Mais ses émissions ne sont-elles pas nécessaires ?
Non ! Que M. Hulot soit un chef d'entreprise avisé, soutenu par les
énormes médias qui l'emploient, et se serve de l'idéal écologiste pour faire de
l'argent, cela ne me dérange pas. À condition que son message nous permette
d'espérer un monde meilleur. Mais, au lieu de s'en prendre aux véritables
responsables, comme l'a fait Coline Serreau avec son film La Belle Verte, il se
trompe de cible et attaque les victimes. On en a marre de recevoir des leçons
de morale tous les jours par des milliardaires qui nous accusent.
Iriez-vous jusqu'à la traiter d'« imbécile », comme l'a fait
Claude Allègre dans la presse ?
Pour moi, Nicolas Hulot est loin d'être un imbécile, mais il est temps qu'il
arrête de prendre les gens pour des c... !
Des émissions comme Ushuaïa n'encouragent-elles pas une plus large
prise de conscience des menaces qui planent sur la Terre ?
Mais Hulot ne veut pas s'engager ! Il se positionne comme un conseil
neutre, tout en soutenant les suppôts du pouvoir que sont les Verts. Pour moi,
les écologistes de référence ne sont pas ces ayatollahs médiatiques, mais ceux
qui travaillent depuis trente-cinq ans dans l'ombre et bénévolement au sein
d'associations efficaces et citoyennes. Eux n'ont pas besoin que l'on vienne
pourrir leur combat sincère par des opérations de marketing.
Daniel Cohn-Bendit, au nom des Verts, vient tout de même de
remporter une victoire aux européennes...
Ce n'est pas lui qui a gagné, c'est la prise de conscience écologiste et
citoyenne qui lui a fourni sa victoire. Les non-écolos qui ont voté pour lui
l'ont fait sincèrement, parce qu'on l'a présenté comme le seul candidat
écologiste, mais aussi comme celui qui avait rassemblé tous les candidats
écologistes. Ce qui est faux ! Cohn-Bendit est un libéral opportuniste qui
s'est fait une place au soleil avec l'argent du contribuable. Il essaie de
maquiller son ultralibéralisme en vert pour nous faire croire qu'il est de
gauche.
Bizarrement, vous ne dites rien sur Yann Arthus-Bertrand
?
Pour moi, c'est un artiste qui met son art au service d'une cause. Je n'y vois
pas de posture ou d'arrière-pensée. Je regrette simplement que son discours
moralisateur s'adresse plus, comme celui de Hulot, à ceux qui subissent la
pollution qu'à ceux qui en sont les vrais responsables. Et je ne comprends pas
quelle est sa position sur le fléau du nucléaire. Pourquoi ne dit-il pas
catégoriquement qu'il faut sortir du nucléaire ? Pour moi, c'est clair. Il
n'y a rien de plus urgent et, aujourd'hui, le monde en a les moyens.
Sortir du nucléaire n'est pas aussi simple en
France...
C'est ce que les ayatollahs de l'écologie veulent nous faire croire... La
vérité, c'est que, dès demain, nous pouvons tout arrêter ! C'est une
question de volonté politique. Avec le solaire, le bactérien et l'air comprimé,
on peut enrayer la pollution du jour au lendemain, mais on ne le fait pas parce
que certains intérêts économiques dominent.
Quelle est votre légitimité pour juger et pour vous exprimer sur ce
sujet ?
Il y a plus de trente ans, des artistes comme moi ou Marc Jolivet, étions pris
pour de gentils écolos babas cool. À l'époque, nous faisions rire et,
aujourd'hui, nous faisons peur. Ma légitimité est celle d'un pékin moyen, d'un
être humain qui l'ouvre parce qu'il ne veut plus subir. Mais j'ai créé le
mouvement Écologie citoyenne, qui a remporté 4 % des suffrages aux dernières
élections européennes, ce qui me portera comme tête de liste écologiste
indépendante aux élections régionales d'Île-de-France.
Parallèlement, vous venez de prendre une décision personnelle
étonnante. Expliquez-nous...
J'ai 50 ans et je veux vivre dans la société sans être esclave du
système : en refusant de me laisser imposer des besoins et des idéologies.
C'est la raison pour laquelle, dans quelques semaines, je n'aurai plus de
compte bancaire, car l'argent virtuel, celui qui a créé Madoff, n'est pas
moral. De même, je n'aurai plus de téléphone portable, de maison. J'irai vivre
sur la route simplement, de concert en concert, au fil des rencontres, ni comme
un possédant ni comme un possédé, mais comme un artiste libre.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous poursuivez une utopie
?
Je leur dirai que je préfère être utopiste plutôt qu'« hadopiste ».
D'ailleurs, l'utopie d'aujourd'hui a toujours été la réalité de demain.
Source
http://www.tvmag.com
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