Samedi 28 janvier, la fédération France Nature Environnement (FNE),
rassemblant environ 3000 associations de protection de la nature en France,
organisait son 36ème congrès annuel. Son titre : l'appel des
3000.

A quelques mois des élections présidentielles, FNE avait pour but de placer
d'avantage les questions d'environnement dans la campagne, celles-ci en étant
particulièrement absentes.

Une très forte et attentive affluence
La fédération a présenté il y a plusieurs semaines son "appel des 3000",
recueil de ses propositions et demandes envers le monde politique et plus
particulièrement les candidats et le futur président de la République.
Le moment fort de la journée devait se situer l'après midi. FNE avait invité
tous les candidats à l'élection présidentielle afin qu'ils viennent présenter
et s'engager sur les points de leur programme en matière
d'environnement.
Un exercice par forcément facile alors que le monde associatif s'affiche
clairement apolitique.
Le mot d'ordre de Bruno Genty, président de FNE a bien été suivi tout au long
de la journée : respecter la totalité des politiques présents, mettant de
côté des préférences politiques qui sont assez diverses au sein du monde des
associations environnementales.
Je ne vous parlerai pas de la première demi-heure consacrée aux allocutions
d'accueil que j'ai loupée…

La première table ronde s'intitulait "trouver des solutions globales
à des crises interdépendantes"
Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux
(LPO) y a été remarquable dans son argumentaire en faveur de la protection du
vivant et de sa biodiversité. D'un ton résolument militant sans complaisance,
comme je les aimes, il a conclu en demandant simplement que le droit soit
appliqué, ce qui bénéficierait tant à l'environnement qu'aux finances
françaises, prenant l'exemple de la condamnation de notre pays à payer 23
millions d'euro pour le non respect du maillage des filets de pêche, ou par
ailleurs concernant l'élevage des poules en batterie. Jean Rouzel,
vice-président du GIEC, fidèle à lui-même nous a fait part de sa conviction et
des certitudes scientifiques sur l'origine humaine du réchauffement climatique
et sur la nécessité de le combattre. Guillaume Duval, rédacteur en chef de la
revue Alternatives Economiques m'a un peu déçu, n'étant pas vraiment
convainquant. Quant à l'intervention de Thierry Salomon, président de
l'association Négawatt, là j'ai été franchement et terriblement désolé du peu
de clarté et de construction de son exposé. Autant le scénario est clair et
structuré, autant le message était dilué et brouillon. J'aurai préféré un très
bref résumé du scénario. Il a sans doute voulu l'éviter, dommage.
J'ai complètement oublié les mots de Lucien Chabasson, conseiller à l'IDDRI
tant je n'ai rien capté de son intervention.

Ensuite un peu plus d'une heure fut consacrée à une douzaine de témoignages
d'acteurs du Grenelle de l'Environnement sur le thème "au-delà du
Grenelle, avancer avec l'ensemble de la société".
L'ensemble des participant a bien sûr salué et encensé la démarche du Grenelle
de l'environnement, au moins en ce qu'il a donné l'occasion d'une discussion
entre acteurs de diverses provenance, débouchant sur cette fameuse gouvernance
à 5.
La seule chose que je retiendrai est l'intervention de Jean-Paul Delevoye,
président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE).
Une intervention de haute volée dont la substance portait sur la nécessité du
dialogue pour sauvegarder les démocraties.
Je continue de m'interroger sur ce qui sort de concret et de positif des
travaux du CESE, surtout à l'écoute d'un tel discours.
Non que je mette en doute les capacités de ses membres, non plus que je nie la
nécessité des échanges entre les différents acteurs de la société.
Que des membres des associations environnementales participent au CESE est peut
être utile.
Il faudrait que quelqu'un comme Allain Bougrain Dubourg, qui en fait partie
pour la LPO (et que j'estime beaucoup) me l'explique et le démontre.
En attendant et si tant est que cela se fasse un jour, je continue à penser que
pour certains, je ne dis pas pour tous, pour certains la qualité de membre du
CESE relève d'intérêts personnels.
J'aimerais me tromper.

La pause déjeuner se déroulait au sein du village associatif.

Un village bien rempli, sympathique, instructif, utile. Il est toujours
agréable pour les militants de se retrouver ainsi, de partager des expériences
et des informations.

Nathalie Kosciusco Morizet a inauguré le village. A dire vrai
je n'ai vu que de loin la blonde chevelure pour une fois dénouée…
Un groupe compact aggloméré autour de la ministre, constitué de gardes du
corps, de journalistes, de Bruno Genty etc… a parcouru le village dans une
ambiance de folie, s'arrêtant brièvement à certains stands. Je ne saurais en
dire plus, si ce n'est que nombre d'entre nous furent atterrés et affligés de
cette vision incroyable.
L'après midi débuta par la prise de parole de trois anciens ministres de
l'environnement sur le thème "placer l'environnement au cœur de l'action
gouvernementale".
Dominique Voynet, Serge Lepeltier et Jean Louis Borloo se sont succédé à la
tribune pour témoigner de leur expérience.

Dominique Voynet fut excellente, sans langue de bois. Elle a
affirmé la difficulté de passer à l'action à l'issue du Grenelle. Elle a conclu
son intervention fort applaudie par un retentissant "pourquoi fait-on des
choses dont on sait très bien qu'elles seront dommageables à ceux qui viendront
après-nous ?"

Jean-Louis Borloo a été accueilli par le déploiement d'une
magnifique banderole "Non aux gaz de schistes", action fort opportune vis-à-vis
de celui qui signa les permis d'exploration !
Favorable à un ministère de l'environnement doté de pouvoirs élargis sur de
nombreux thèmes, l'ancien ministre n'a vraiment pas fait preuve de créativité…
Pire il rabaisse les français qui, selon lui, ne comprennent pas bien la
biodiversité quotidienne ! Ho que c'est compliqué ! Enfin, il annonce
ne pas avoir d'opinion sur la position l'agriculture vis-à-vis du ministère de
l'environnement. Cela n'a aucun rapport ?!

Serge Lepeltier a pris la parole, les photos le prouvent. J'ai
bien vite oubliées les banalités qu'il nous a assenées.
Nous arrivons enfin au motif principal de cette journée : la
présentation des propositions et demandes des 3000 associations fédérées par
FNE, suivie du "grand oral" des candidats.
Je salue la forme de la présentation de "l'appel des 3000" . Bruno Genty a
effectué une présentation générale sans rentrer dans les détails et en évitant
une liste à la Prévert des différentes mesures.
Les trois grandes parties de l'appel ont été présentées par des responsables
associatifs , tel Maurice Wurtz pour l'Alsace. Des intervenants manifestement
impliqués dans leur combat, investis de leur mission et qui ont su nous
communiquer leur motivation et leur passion, souvent avec émotion. Bravo.
J'en arrive à la prestation de chacun des candidats déclarés à l'élection
présidentielle qui ont répondu à l'invitation de FNE. La règle était la même
pour tous : répondre en 15 minutes à la question "que retenez-vous et sur
quoi vous engagez vous parmi les propositions de l'appel des 3000 ?".
Je vous le dis de suite, la plupart n'a strictement répondu à la question. Les
discours étaient bien préparés et comportaient une partie générale sur
l'environnement ainsi, bien obligé, que certains engagements plus ou moins
précis. Notez que, faute de candidat déclaré (!), l'UMP n'était pas
représenté.

François Bayrou a démontré son peu de conviction
écologique.
Pour lui le premier objectif concerne la survie des abeilles qui sont menacées
entre autres par des molécules chimiques, le frelon asiatique… Vient ensuite le
besoin de décarbonner les activités humaines, la lutte contre
l'imperméabilisation des sols, la gouvernance écologique, l'éducation à
l'environnement.
Il ne nous a montré ni vision d'ensemble des sujets d'environnement, ni
cohérence, ni encore une fois de conviction.

Eva Joly s'est montrée engagée, investie. Son intervention fut
intense et chargée d'émotion. Le public ne s'y est pas trompé, ses
applaudissements chaleureux l'on montré, peut être touché par les remerciements
de la candidate envers les militants associatifs et leur action. Quelques
points d'une intervention riche de nombreux sujets : honte de la
spéculation sur les matières agricoles; crise écologique sans précédent;
l'environnement peut devenir la solution aux crises, sur le nucléaire, la seule
fermeture de la centrale de Fesseineim sera insuffisante, il faut sortir du
nucléaire.
Pour Eva Joly, n'oublions jamais les conséquences de nos actes; si
l'environnement ça commence à bien faire, vous n'avez encore rien vu, ça ne
fait que commencer !

Corine Lepage a une fois de plus démontré son excellente
connaissance et maîtrise des sujets d'environnement, son approche cohérente et
technique. De son intervention je retiens la force et quelques points:
l'écologie n'est ps un problème, c'est la solution; Négawatt nous offre une
voie, il faut la suivre; l faut soutenir les lanceurs d'alerte; le droit est un
levier puissant.

Jean-Luc Mélenchon s'est évidemment déclaré en rupture avec le
productivisme et le capitalisme, soutenir la souveraineté alimentaire et
l'agriculture paysanne; contre la brevetabilité du vivant. Si s'affirme à titre
personnel pour la sortie du nucléaire, en tant qua candidat il propose
l'organisation d'un référendum. Il souhaite que l'agriculture biologique ne
soit pas réservée qu'aux riches, et veut en finir avec la criminalisation des
lanceurs d'alerte. Il souhaite une France comme la première nation écologiste
au Monde.

Hervé Morin a bien failli m'endormir. Il est favorable aux
actions de groupe dans le domaine de l'environnement et propose un référendum
sur le nucléaire.

Dominique de Villepin souhaite une contribution énergie carbone aux frontières,
un monde rural préservé et revitalisé, une charte des paysages, l'organisation
d'un référerundum Grenelle de l'énergie.

François Hollande a clôturé ce défilé de candidats. Il fixe
deux priorités en matière d'environnement : la préservation de la
biodiversité et la mutation énergétique qu'il propose de réaliser la la
réduction des consommation et l'amélioration de l'efficacité énergétique.
Il souhaite «un grand débat citoyen» qui durerai 6 mois ou un an si besoin et
aboutirait à la présentation d'une «loi de programmation de transition
énergétique».
Il a affirmé sa volonté de passer de 75 % à 50 % d'ici 2025 la part du
nucléaire dans la production d'électricité et de fermer la centrale de
Fessenheim au cours du prochain quinquennat.
Un congrès fort réussi. Les militants associatifs ont su se montrer
respectueux des différents candidats. Pas un seul sifflet et tous ont été
applaudis. Ce n'était pourtant quelquefois pas l'envie qui me manquait !
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