L'Union Européenne ferme
prématurément la pêche au thon rouge
La commissaire européenne à la pêche, Maria Damanaki, a annoncé mercredi 9
juin que la pêche au thon rouge sera interdite en Méditerranée et dans
l'Atlantique-Est à compter de ce mercredi minuit. L'interdiction a été décidée
car les quotas pour la saison ont été atteints, alors que la saison devait se
poursuivre jusqu'au 15 juin.

Seules 13 500 tonnes de ce thonidé ont pu être pêchées cette année, à cause
de la raréfaction de ce poisson fortement affecté par la surpêche.
"L'interdiction de pêche est nécessaire pour protéger les stocks fragiles de
thon rouge", a déclaré un porte-parole de la commissaire.
La France a immédiatement réagi en demandant à la Commission européenne de
démontrer que les quotas des bateaux français avaient été atteints. "Soit la
Commission européenne nous apporte la preuve formelle que les bateaux de pêche
français, notamment les sept restant sur zone, ont réalisé l'intégralité de
leurs quotas et dans ce cas nous respecterons naturellement la décision de la
Commission, soit les navires de pêche français n'ont pas pu réaliser leurs
cotas et nous demandons à la Commission européenne de laisser les pêcheurs
français réaliser les cotas légalement autorisés", a déclaré mercredi le
ministre de la pêche, Bruno Le Maire.
Mourad Kahoul, patron des pêcheurs basés à Marseille, précisant qu'il irait,
"s'il le faut, devant la Cour européenne de Justice". "On ne va pas laisser les
écologistes jouer les shérifs des mers", a-t-il ajouté.
Pour le WWF-France
Cette interdiction de pêche signifie que les armements industriels français,
espagnols et grecs ont déjà rempli leurs quotas en moins d’une semaine.Cela
démontre, s’il en était encore besoin, la disproportion entre l’état du stock
et les capacités de pêche. « C’est une nouvelle preuve de la mauvaise
gestion de la pêcherie ! Même un seul mois de pêche est trop long pour les
17 thoniers senneurs industriels français ! » s’insurge Charles Braine,
responsable du programme pêche durable au WWF-France.
Pendant ce temps-là, la pêche artisanale se meurt ! Depuis
l’instauration des quotas, cette pêche industrielle a évincé petit à petit la
véritable pêche artisanale qui ne dispose pas des mêmes moyens de lobby, ni
d’alliés dans la représentation professionnelle au niveau national. Cette pêche
artisanale millénaire permettrait une exploitation responsable de la ressource,
à forte intensité en emplois et favorisant un développement pérenne des
filières. Nous sommes donc surpris, voire indignés du soutien aveugle et
inconditionnel dont bénéficient une poignée d’armements, au regard de leurs
actes passés et présents, de la part des représentants nationaux de la pêche,
de l’administration et du Ministère de la Pêche.
Pour France Nature Environnement
Pour Christian Garnier de FNE : « le choix du gouvernement français
est choquant, d’avoir attribué la totalité des quotas disponibles en
Méditerranée aux seuls armateurs de la pêche industrielle, les senneurs. Les
professionnels de la petite pêche côtière, qui représentent un enjeu
considérable en termes d’emploi local et de vie du littoral, se voient donc
interdire toute capture de thon rouge pour l’approvisionnement de proximité
».
Selon Greenpeace
L'interdiction décrétée mercredi ne concerne que les bateaux battant pavillon
d'un pays de l'Union européenne, or 40 % des quotas sont octroyés à des bateaux
hors Union européenne. Greenpeace enfonce le clou en déclarant "tout ce qui est
légal n'est pas légitime". Alors que la recommandation des scientifiques était
de limiter les prises à 8000 tonnes pour avoir une chance sur deux de voir le
stock se reconstituer d'ici à 2022, les thoniers se sont vus accorder un quota
de… 13500 tonnes.
Sea Shepherd
A, elle, annoncé dimanche qu'elle allait lancer en Méditerranée sa campagne
contre la pêche illégale du thon rouge, rejoignant Greenpeace qui s'attaque à
la pêche légale.
La situation tourne à l'affrontement
violent
Un incident a eu lieu au large de Malte, vendredi 4 juin, entre un
thonier-senneur –navire de pêche industrielle au thon rouge – et les
embarcations de l'organisation écologiste. Un militant de Greenpeace, Frank
Hewetson, 45 ans, a été blessé à la jambe dans l'affrontement. D'après
Greenpeace, les thoniers auraient, après avoir blessé Franck Hewetson, tiré des
fusées de signalisation sur l'hélicoptère qui l'emmenait à l'hôpital.

La France prend une position
aberrante
Bruno Le Maire vient de prononcer aujourd’hui à l’Assemblée nationale. En
affirmant que la « pêche est respectueuse de la ressource halieutique (…)
puisque le quota était défini par des scientifiques et qu’il est en baisse de
40% en 2010 par rapport à l’année 2009 ».
Le WWF contredit ces propos. En effet, le quota de la campagne 2010 n’est
pas le résultat d’un alignement des politiques sur les recommandations
scientifiques comme l’indique le ministre mais comme toujours, la conclusion
d’un arrangement entre les principaux acteurs de la pêche au thon rouge. A
Récife, les Etats-membres de l’ICCAT avaient fixé finalement un total
admissible de capture (TAC) de 13.500 tonnes alors que l’étude présentée par
les scientifiques de l’ICCAT réclamait une réduction des prises à 8 000 tonnes
pour 2010 afin d’offrir un minimum de 50% de chances de reconstituer le stock
d’ici 2023.
Pour agir
Participez à l'action de Greenpeace :

Mon avis
La violence des pêcheurs me fait penser à celle des chasseurs vis à vis de
la LPO (La gendarmerie a dû protéger l'AG LPO des 5 et 6 juin à Harfleur, suite
à des menaces proférées par certains chasseurs et qu'il fallait prendre au
sérieux vu le passage à l'acte violent de certains).
La pêche industrielle conduit à l'extinction de l'espèce animale et à la
ruine de la pêche artisanale.
Il est impératif de l'interdire, de laisser du temps pour voir si la population
revient en augmentation, puis uniquement laisser les artisans travailler et
gérer la ressource sous contrôle scientifique.
Pour plus d’information
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