L'Union Européenne a décidé de produire 20 % de son électricité en énergie
renouvelable, propre et sûre d’ici 2020.
Des fermes éoliennes en mer sont envisagées partout dans le monde.
Une étude annonce qu'en 2035, la puissance éolienne en mer cumulée en Europe
dépassera celle de l’éolien terrestre.
Alors que la France annonce l'implantation de 600 éoliennes au large des
côtes françaises d'ici à 2020 en promettant d'y investir 15 milliards d'euros,
que sait-on de leur impact sur l'environnement ?

Des travaux qui perturbent
l'environnement
Entre la phase de la construction, celle de l'exploitation et enfin de
démantèlement, c'est la première qui semble poser le plus de problème pour
l'environnement.
Les prospections géophysiques, les activités de forage, les va-et-vient des
bateaux perturbent le milieu naturel mais aussi les tranchées creusées lors du
chantier pour passer les câbles électriques. Tous ces travaux génèrent de la
turbidité selon des spécialistes comme Paul Neau, directeur du bureau d'études
Abies, et qui confie : « Après les travaux, il faut plusieurs années
pour que le milieu retrouve son équilibre ».

Le raccordement électrique du projet des Deux Côtes (France)
Pour Michel André, directeur du Laboratoire d'application bioacoustique
(LAB) à l'Université Polytechnique de Catalogne, « les sons diffusés lors
du forage peuvent endommager l'oreille interne de certains mammifères et
l'augmentation du trafic des bateaux perturbe le comportement de certaines
espèces ».
C'est le cas du marsouin ou du phoque gris, des mammifères marins
particulièrement sensibles aux sons.
L'Allemagne considère, par exemple, que le niveau sonore émis dans l'eau lors
de la phase de construction, excède les limites fixées par le ministère de
l'Environnement. Et les constructeurs sont obligés, dans ce pays, d'utiliser
des techniques de réduction des sons comme des rideaux de bulles. Pendant la
période de production, puisque la machine est relativement autonome, la
maintenance est réduite. Le niveau de nuisance de l'éolienne est donc limité,
du coup, les impacts également. Paul Neau considère que « la partie
immergée ne génère que peu ou pas d'impact. Une éolienne, en soi, n'est pas un
équipement bruyant ».

Installation d'une éolienne en mer
Et pendant leur fonctionnement ?
Michel André est moins formel : « Pendant la phase de
fonctionnement, si les sons émis par les pales et les turbines ne sont pas
mortels pour les mammifères marins, les sons qui se propagent dans l'eau et à
travers le sol peuvent masquer les signaux que les animaux émettent pour
naviguer, s'orienter, communiquer entre eux. Les fréquences les plus
dangereuses sont les basses fréquences qui se propagent loin. Elles peuvent
avoir des effets chroniques sur la santé des animaux et cela dans un rayon de
plusieurs dizaines de kilomètres autour de l'éolienne. »
Une étude pour mesure l'impact en
Allemagne
En Allemagne, le programme de recherche RAVE (Research at Alpha Ventus),
initié par le ministère de l'Environnement, a pour but d'étudier l'impact
écologique des éoliennes au niveau du site Alpha Ventus : 12 éoliennes
construites en 2009 qui alimentent environ 50 000 foyers.
Sur le site d'Alpha Ventus, les colonies de marsouins ont fait l'objet d'une
surveillance avant, pendant et après la phase de chantier. Les sons ont été
enregistrés jusqu'à une distance de 20 km. Avant la phase de forage, les
mammifères ont été maintenus à distance de la zone de chantier pour limiter
l'exposition aux bruits de forage. Le suivi des oiseaux s'est fait à l'aide
d'une caméra vidéo, de cameras infrarouges pour les enregistrements de nuit et
d'un système radar pour enregistrer les collisions des oiseaux avec les pales
des éoliennes, collisions dépendantes de la direction des vents.
« L'aménagement d'un parc éolien n'est pas très dense. Généralement la
distance entre deux éoliennes est de 600 à 700 mètres. Selon des modélisations
réalisées sur certains parcs éoliens danois, l'impact de ces aménagements sur
les courants est extrêmement localisé », explique le directeur du bureau
d'études Abies. « Le creusement du fond de la mer pour implanter les
fondations est source de turbidité, mais ces phénomènes restent
localisés. »
En ce qui concerne le parc allemand, Alpha Ventus, les recherches menées sur
les courants marins et la géologie continuent. Selon Kristin Blasche,
coordinatrice de la recherche scientifique sur ce site, « en matière
d'impact des éoliennes sur la sédimentologie. Nos mesures ont été réalisées
l'été dernier. Il est donc trop tôt pour conclure. Nous avons simplement pu
constater une érosion des fondations plus importante que prévue, due à l'action
des courants ».
Et en France ?
La France, quant à elle, ne dispose d'aucune plateforme de recherche
installée en mer. Pour Marion Lettry, déléguée général adjointe au Syndicat des
énergies renouvelables, « ce serait très instructif d'avoir des
plateformes d'expérimentation dans notre pays qui est très en retard dans ce
domaine. Mais nous profitons du retour d'expérience des Danois et des
Allemands. En ce qui concerne les oiseaux, nous savons, grâce aux études
réalisées sur les éoliennes terrestres, qu'il ne faut pas installer de mats
dans les couloirs de migration des oiseaux. Par contre, pour les poissons et
les mammifères marins, nous souffrons cruellement d'un déficit d'études
approfondies ».
Avec plus de 5 000 kilomètres de côtes, la France métropolitaine possède le
deuxième potentiel éolien marin d'Europe après la Grande-Bretagne. Une dizaine
de sites localisés en mer du Nord, en Manche, au large des Pays de la Loire et
de la région Languedoc-Roussillon ont été pressentis pour accueillir des parcs
offshore. Le projet de parc éolien des Deux-Côtes au large du Tréport – 140
éoliennes de 5 mégawatts (MW) réparties sur 75 km2 – est actuellement
controversé, plus d'ailleurs pour son impact sur le paysage et les activités de
pêche que pour son impact environnemental.
Le projet du parc des Deux-Côtes a récemment fait l'objet d'un débat public.
La cohabitation avec la pêche et la plaisance pose problème. L'impact paysager
des éoliennes est également sujet à polémique. Il faut dire qu'en matière
d'implantation d'éoliennes marines, la réglementation française ne fixe aucune
distance minimale avec la côte. Pourtant, pour des raisons techniques et de
rentabilité, les parcs éoliens ne peuvent s'implanter n'importe où.
Ces zones dépendent de la profondeur des eaux – si elle est trop importante,
l'implantation est techniquement impossible – et de la nature des fonds marins
qui doivent pouvoir supporter les fondations – le sol ne doit pas être trop
meuble. Autre élément clé, la région doit être suffisamment ventée. Au sud de
l'estuaire de la Gironde, par exemple, le potentiel éolien est trop faible.
Autre condition et non des moindres, la proximité du réseau électrique joue un
rôle primordial car il influe sur le coût de raccordement. Enfin, la zone où
s'installe un parc doit être compatible avec les autres usages.

Vue d'artiste du parc des Deux-Côtes
Malgré les craintes des pêcheurs et des riverains, les premières zones de
développement éolien (ZDE) sont en cours de définition. Avant la fin de l'année
2010, le premier appel d'offres sera lancé. Il permettra de construire la
moitié des 6000 MW d'éolien offshore prévus pour 2020. Nul doute, alors, que
d'ici là, la côte française aura alors commencé sa métamorphose…

Projets d'installations d'éoliennes en Manche
Source :
cite-sciences.fr (23.11.10)
Mon avis
L'impact de telles installations n'est pas négligeable, loin s'en
faut.
Le milieu marin subit déjà maintes attaques, la prolifération de parcs éoliens
serait insoutenable.
Bien entendu je préfère des énergies renouvelables au nucléaire, mais à
condition que leur impact environnemental soit supportable car aussi faible que
possible, et aussi que leur bilan énergétique soit largement positif.
N'oublions pas que la toute première chose à faire est d'économiser l'énergie.
Et là il y a fort à faire !
