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lundi 6 septembre 2010

La guerre de l’eau n’aura pas lieu ?

Émeline et benjamin, nos amis d'Entre deux Eaux nous donnent leur avis, à l'issue de leur périple autour du monde : La guerre de l’eau n’aura pas lieu.


Nous sommes partis le 17 novembre 2008. Nous sommes revenus le 3 juin 2010. 550 jours pour recueillir sur le terrain, sur quatre continents, des informations destinées à valider une méthode d’analyse des problèmes transfrontaliers de l’eau.

11 bassins hydrographiques, 35 pays. Nous voulions voir à l’échelle du monde cette question de l’avenir de l’eau dans le sillage du réchauffement climatique. Cette ressource naturelle a une place centrale pour l’espèce humaine car elle est au cœur de l’agriculture, l’hygiène, la santé, le transport, l’industrie… bref de la vie! Selon la vision malthusienne, la raréfaction de notre or bleu entrainera des conflits entre états.


Il existe 263 fleuves transfrontaliers sur notre planète, et même si le mot français rival tire son origine latine de rivus qui signifie rivière, il n’y a pas de raison de se laisser porter par le pessimisme.

Dans l’histoire moderne, l’eau n’a jamais été l’origine d’une guerre et les coopérations actuelles laissent penser qu’il s’agit d’avantage d’une arme de paix que d’une source de conflit. Malgré les différents que les gouvernements peuvent avoir les uns avec les autres, l’enjeu que représente l’eau est trop important pour ne pas en discuter. Les fleuves ne connaissent pas de frontières et, sans effort commun, les initiatives des uns sont réduites à néant par les autres. Aujourd’hui, même Israël et les territoires Palestiniens arrivent à se retrouver autour d’une même table pour débattre du sort de la mer Morte.

Avant d’entamer de quelconques activités, il est bien entendu nécessaire que les autorités de chaque pays acceptent de se parler et de placer les enjeux hydriques à l’ordre du jour. On retrouve souvent les universités, organisations internationales et ONG au départ du processus visant à promouvoir la notion de bassin versant et à argumenter sur les bénéfices de la coopération dans le but d’influencer leurs ministres.

PLUSIEURS TYPES DE PROJETS

Avec l’aide des agences de développement (AFD, SIDA, USAID, JICA…) les gouvernements s’accordent ensuite pour lancer des programmes et projets communs. Ce sont ces projets qu’Entre Deux Eaux a précisément étudié pour comparer leurs structures et leurs organisations et dégager des pratiques innovantes duplicables d’un bassin à un autre. Il existe plusieurs types de projets:

- Les projets d’infrastructures: lorsque l’on parle de projet on pense immédiatement à ceux là car ce sont les plus faciles à identifier. Ils comprennent bien évidement les barrages, mais aussi les canaux, les ponts, les routes… Par exemple, en Afrique de l’Ouest, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a réuni les autorités maliennes, mauritaniennes et sénégalaises pour organiser la gestion commune des barrages de Diama et de Manantali.

- Les projets de sensibilisation: ce sont souvent des actions qui sont destinées aux populations locales. A travers des formations, publications de manuels scolaires ou campagnes d’affichages, la ressource et les moyens de la préserver sont expliqués à tout-un-chacun. Que ce soit sur les berges du Danube ou de l’Okavango, nous ne connaissons que trop peu l’impact de nos actions pour le milieu naturel.

- Les projets de recherche: dans un même bassin versant, les pays disposent de leurs propres données, dans leur propre langue et leur propre unité de mesure. Avant de commencer à travailler ensemble, il est indispensable de rassembler les données existantes sur le fleuve et de les replacer dans un contexte plus vaste. Globalement, de nombreux pays ont une méconnaissance de leurs ressources hydriques : quel en est le débit, la source, les affluents? Et ce fossé s’agrandit lorsque l’on parle des eaux souterraines.

- Les projets de développements: l’eau ne peut pas être abordée sous l’unique angle hydrographique. Les projets doivent être intégrés dans une vision systémique qui nécessite un appui aux différentes parties prenantes. Les pays sont assistés, au sein même de leurs ministères, pour développer de nouvelles aptitudes. Au niveau local, les populations bénéficient de micro projets pour améliorer leur situation sanitaire, scolaire ou financière (artisanat, écotourisme,…).v

LA GUERRE DE L’EAU N’AURA PAS LIEU

D’un bassin à un autre, la coopération n’a pas atteint le même niveau d’avancement. Les porteurs de projets peinent encore aujourd’hui à mener à bien leurs actions, non plus pour des raisons techniques, mais managériales. L’environnement dans lequel ces projets sont initiés est extrêmement complexe car innovant, instable et incertain. Ils intègrent un grand nombre d’acteurs qui n’ont pas nécessairement d’objectif commun et qu’il faut rassembler pour assurer la réussite du projet.

Au travers des projets étudiés, l’implication d’une organisation tierce s’est révélée importante pour assurer l’intermédiaire entre les institutions et mobiliser les parties prenantes dans une démarche commune. Il est plus facile de débuter un projet sous l’égide de l’Europe qu’entre la Turquie et la Syrie ou la législation internationale fait cruellement défaut.

Beaucoup de projets rencontrés dépendent aujourd’hui des bonnes volontés des organisations donneuses. Sans ce soutien financier les programmes de développement seraient laissés à l’abandon. Pour qu’un projet ou un programme soit pérenne, il doit faire partie intégrante des plans stratégiques des pays bénéficiaires. Les pays doivent être porteurs et moteurs de son implantation et il nous semble primordial que les communautés locales soit partenaires du projet dès la formalisation des activités.

Lors de nos 18 mois sur le terrain, nous n’avons jamais envisagé le déclenchement d’une guerre de l’eau. Les conditions climatiques, l’émergence d’une classe moyenne dans les pays en développement et la démographie vont continuer à mettre notre ressource la plus chère sous pression. Cependant, la prise de conscience est générale et les convaincus de la coopération accueillent sur leurs bancs de plus en plus de membres appartenant aux plus hautes sphères des gouvernements.


Source : Entre deux Eaux : http://entre2o.free.fr/?p=324

Mon avis

Émeline et Benjamin sont optimistes.
A l'instar d'Yves Cochet, par exemple, je ne partage pas cette position.
Je risque me parait bien réel et non négligeable que la prochaine raréfaction des ressources, pétrole, minerais en tous genres, et surtout ressources alimentaires et eau potable, ne fassent l'objet de fortes tensions internationales pouvant déboucher sur des conflits.

jeudi 17 juin 2010

Entre deux Eaux - News Letter n°12 - Quelle mise en valeur pour le Sénégal ?

Émeline et Benjamin, de l'association Entre deux Eaux, nous proposent leur douzième et dernière newsletter.

La forte présence des ONG de toutes nationalités est incontournable lorsque l’on arrive dans le bassin du Sénégal: que ce soit au Mali, en Mauritanie ou au Sénégal, les panneaux indiquant la réalisation de projets pullulent à l’entrée de chaque ville et village. Le Sénégal, par exemple, est le pays les plus aidé du continent africain, recevant aujourd’hui l’équivalent de 100 US$ par habitant et par an (Source : « Accroître l’efficacité de l’aide au Sénégal », Jacques Morisset, Economiste principal de la Banque mondiale pour le Sénégal). Il faut dire que l’Afrique de l’ouest a toujours attiré les européens : les portugais d’abord, suivis de près par les hollandais, qui finirent par laisser place aux colons français. Saint Louis, à l’embouchure du fleuve, devint dès le XVIIème siècle un port commercial de première importance, notamment pour la gomme arabique et l’or, puis la traite négrière. Encore aujourd’hui, ce lourd passé a laissé de nombreuses traces dans les trois pays riverains.

SOMMAIRE

  • Caractéristiques hydrologiques du Bassin du Sénégal

  • Le Sénégal au fil de l’histoire…

  • Deux barrages plus que controversés : Manantali et Diama

  • L’OMVS, une vision commune pour des enjeux de taille

  • Eléments de conclusion



Pour plus d’information

Lisez la newletter.

Mon avis

Émeline et Benjamin sont arrivés au terme de leur expédition après 19 mois à parcourir 10 bassins hydrographiques transfrontaliers, étudier 10 projets de coopération et rencontrer 273 parties prenantes. Aujourd’hui ils entament la deuxième étape de leur projet. Grâce à toutes les informations récoltées sur le terrain ainsi que les interviews menées, ils comptent publier 10 études de cas sur chacun des projets étudiés puis une analyse comparative des « bonnes pratiques » du management de projets transfrontaliers liés à l’eau. En parallèle, ils comptent continuer à développer l’axe de sensibilisation via : des conférences, des articles dans des revues spécialisées, la création d’une plateforme internet sur les bassins transfrontaliers et la rédaction d’un livre.

Merci à Émeline et Benjamin pour nous avoir fait partager leur aventure.

Après un an et demie à les avoir suivi dans leur périple, le blog Cent pour cent naturel continuera à relayer les actions d'Entre Deux Eaux.


vendredi 7 mai 2010

Entre deux Eaux - News Letter n°11 - LE NIL, Hégémonie égyptienne ?

Emeline et Benjamin, de l'association Entre deux Eaux, nous proposent leur onzième newsletter consacrée au Nil



Au même titre que le Gange, le Jourdain ou l’Amazone, le Nil a quelque chose de mystique. On imagine aisément les felouques voguant le long de rives verdoyantes entourées de dunes, les trésors laissés par les pharaons à l’écart des berges ou, plus en amont, les villages éthiopiens et kényans vivant sur sa ressource. Et pourtant, depuis la fin du XIXème siècle, le Nil a également revêtu le costume d’un fleuve aux tensions géopolitiques majeures, cadre d’abord de la domination européenne en Afrique, puis de la guerre froide et enfin d’un développement économique et d’une ouverture internationale aux accents de démocratie. Quelle a été son évolution et quels en sont les enjeux aujourd’hui ? Si l’on entend souvent parler de « guerre de l’eau », le Nil est souvent un des premiers fleuves visés, de par une politisation et une militarisation des relations hydropolitiques dans le bassin. Quel avènement pour le plus long fleuve du monde ?

Plus long fleuve du monde, il l’est : depuis le XVème siècle les explorateurs se sont succédés pour en trouver la source. La géographie du bassin ne leur a pas rendu la tâche facile. Le Nil a en réalité deux sources distinctes : en premier lieu le Nil Blanc , originaire du Lac Victoria en Ouganda et traversant l’Ouganda, le Soudan et l’Egypte sur une longueur de 5584 km au total. C’est ce qu’on appelle les pays des « Lacs Equatoriaux du Nil » (Nile Equatorial Lakes), incluant également la République Démocratique du Congo, le Zaïre, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, et le Burundi dont les affluents se jettent dans le Nil ou le Lac Victoria. En second lieu, le Nil Bleu , originaire du Lac Tana en Ethiopie et rejoignant le Nil Blanc à hauteur de Khartoum pour aller se jeter ensemble dans la Méditerranée. Ce sont les pays du « Nil Oriental » (Eastern Nile). Ainsi, depuis sa source la plus reculée dans la rivière Ruvyironza au Burundi, le Nil a une longueur totale de 6671 km , avec un bassin couvrant une surface de plus de 3 349 000 km2 (environ 5 fois la superficie de la France). Des 11 pays composant le bassin, tous sont membres de l’Initiative du Bassin du Nil, créée en 1999, sauf l’Erythrée, qui tient une position d’observateur.

SOMMAIRE
Nil Blanc, Nil Bleu…

De 1929 à 1959, une répartition bipolaire

  • « L’accord sur les eaux du Nil » (1929)
  • Entre Seconde Guerre Mondiale et Guerre Froide
  • « Le Traité sur les eaux du Nil » (1959)

Les prémices de la coopération

  • Hydromed (1967)
  • Tecconile (1994)
  • Initiative du Bassin du Nil – IBN (1999)

Les enjeux à venir

  • Si les frontières n’existaient pas
  • L’accord cadre de coopération – CFA
  • Une division possible : Nil Oriental et Lacs Equatoriaux

Lisez la newletter

http://entre2o.free.fr/?p=313


Steamer anglais échoué, Karima, Soudan

jeudi 15 avril 2010

Entre deux Eaux : 3 barrages le long du Nil

Émeline et Benjamin, nos amis d'Entre deux Eaux nous proposent un intéressant article sur trois barrages du Nil.
Je leur laisse la plume...et résume un peu ici leur article.


1970, 2009, 2013 : En descendant le Nil, nous avons croisé la route de trois barrages extraordinaires, autant par leur taille que par leur ambition. En premier lieu, le barrage d’Assouan, connu dans le monde entier pour être la fierté de Égypte et permettant entre autres d’en réguler les crues. Mais la fierté n’a que peu duré puisque le barrage s’est révélé être en quelques années une catastrophe écologique. Depuis, les connaissances techniques, ainsi que la notion de responsabilité sociale et environnementale ont fait un bout de chemin, permettant de peser le pour et le contre et, dans la mesure du possible, d’identifier les « bons » des « mauvais » barrages. (Voir article) Malheureusement, ces notions ne sont pas mises en exergue par tous les investisseurs, et si l’Europe y met un point d’honneur, il n’en est pas de même pour la grande puissance asiatique chinoise, dont les entrepreneurs grouillent sur les chantiers africains. Dans cette lignée, le barrage de Merowe, dans le nord du Soudan, a déclenché de nombreuses polémiques. Enfin, Gibe 3 est le troisième d’une lignée de barrages entrepris par Éthiopie afin de se placer comme puissance hydroélectriques régionale. Saura t-elle tirer les leçons de ses prédécesseurs ? Présentation de 3 infrastructures emblématiques du Nil de l’Est : passé, présent et futur.

ASSOUAN

Le Barrage d’Assouan prête son nom à deux barrages, tous deux situés à Assouan, dans le sud de Égypte. Par habitude, celui qui se réfère le plus souvent à cette dénomination est cependant le plus grand des deux et le plus jeune en date : le Haut Barrage d’Assouan (ses 111m de haut lui font bien porter son nom). Ce dernier fut terminé en 1970, tandis que son prédécesseur le précédait de plus d’un demi-siècle, achevé en 1902. Les deux projets ont pour but de réguler les crues du Nil, de stocker de l’eau pour l’irrigation et de produire de l’électricité. Sur ce point, rien d’extraordinaire, les deux barrages suivant de cet article ayant à peu de choses près les mêmes fonctions. Ce qui distingue les deux barrages d’Assouan, c’est entre autres leur proximité : 4km.

Tout le monde connaît plus ou moins l’histoire de Égypte dont on se fait une image idyllique, visualisant les plaines vertes du Nil, cultivées et irriguées depuis des siècles. Mais les leçons d’histoire et de géographie nous apprennent aussi l’instabilité de ces crues, étant régulièrement symboles de sécheresses ou d’inondations. Faisant face à une croissance économique et démographique importante, Égypte a voulu réguler ces crues, notamment dans le but d’améliorer le rendement du coton. L’idée est apparue dès les années 1000. Seulement, les crues, en plus d’être un phénomène naturel, sont également un apport important de nutriments et de minéraux.

En 1882, les anglais envahissent Égypte et commencent la construction du premier barrage d’Assouan peu de temps après, en 1898. Le 10 Décembre 1902, le barrage est inauguré. Un manque de connaissances techniques et d’études préliminaires rendent rapidement le barrage inadéquat et la hauteur du barrage est augmentée à deux périodes successives : de 1907 à 1912 puis de 1929 à 1933. Mais en 1946, le barrage est presque inondé à nouveau. Plutôt que de l’élever à nouveau, Égypte anglaise décide d’en construire un deuxième à 4km en amont. En 1952, Gamal Abdel Nasser libère Égypte de ses occupants grâce à une révolution menée avec les “Free Officers » et immédiatement après, il commence les plans du nouveau barrage.

Les États-Unis et l’Angleterre offrent leur soutien financier au leader avec un prêt de 270 millions de dollars, à condition que Nasser résolve le conflit israélo-arabe. Non seulement Nasser se rend-il rapidement compte qu’il n’est pas en position de le faire, mais il se rapproche de l’URSS. Que ce soit pour cette raison ou une autre reste encore un mystère, toujours est-il que les deux donneurs retirent leur proposition. Le reste est connu des livres d’histoire : en 1956, Nasser nationalisa le Canal de Suez, dans l’objectif de financer le barrage par les frais de passage. Cet épisode donna lieu à la fameuse Crise du canal de Suez, qui se termina par l’ordre de l’ONU à la France, la Grande-Bretagne et Israël d’évacuer le territoire égyptien, et donc à la victoire de Nasser. En 1958, l’URSS accepte de financer le projet du Haut Barrage d’Assouan. En 1960, la construction commence, achevée le 21 juillet 1970.

Les points positifs du Haut Barrage d’Assouan
Remplissant ses fonctions premières, le barrage fournit une grande partie de l’électricité à Égypte. À sa création, il contribuait à la moitié de la production électrique du pays. Depuis, ce pourcentage a baissé à moins de 13% suite à la construction d’autres infrastructures hydroélectriques.

Deuxième fonction, la régulation des crues. Avant sa construction, Égypte était sujette à des inondations importantes, et en parallèle, à des sécheresses. Le barrage a permis de réguler ces crues, distribuant plus d’eau en saison sèche et retenant les pluies en saison humide. Aplanir ces différences saisonnières a eu un impact important sur les cultures puisque les paysans des plaines du Nil sont passés d’une à deux récoltes par an (sauf pour la canne à sucre ayant une longue période de gestation), doublant donc leurs revenus. Globalement, on peut dire que les systèmes d’irrigation dans les plaines du Nil sont plutôt efficients.

En outre, un impact indirect créé par le barrage fut le développement d’une industrie de poisson sur les bords du lac Nasser. Cependant, même si cette industrie a connu de bons débuts, elle connaît aujourd’hui des jours plus difficiles, en partie à cause de la distance vis-à-vis de marchés de taille significative. Enfin, le barrage a permis d’améliorer la navigation, rendant le Nil praticable tout au long de l’année.

Les points négatifs du Haut Barrage d’Assouan
Pas très difficile de peser le pour et le contre de ce barrage, dans la mesure où il est publiquement réputé être une véritable catastrophe. Outre le fait de remplir ses fonctions, les conséquences de sa construction sur son environnement au sens large sont déplorables.

D’abord, le remplissage du lac Nasser a entraîné l’inondation de nombreux sites archéologiques. Le site se trouve en effet dans l’axe de la vallée des rois, dont les pyramides et les tombeaux, connus dans le monde entier, s’étendent jusqu’au nord Soudan. Dans les années 1960, immédiatement après le début de la construction, une grande campagne de sauvetage a donc été entamée par l’UNESCO, permettant de déplacer de nombreux sites, notamment Abu Simbel, le Fort de Buhen et le Temple de Philaé. Dû au réservoir également, de nombreux villages modernes furent inondés, entraînant le déplacement d’environ 60 000 personnes.

Mais le principal point négatif d’Assouan sur l’environnement est lié aux sédiments, dont la retenue par le barrage entraîne de nombreuses conséquences : - Le limon auparavant déposé chaque année par la crue et rendant les plaines du Nil fertiles est maintenant retenu par le barrage. En conséquences, les terres sont plus pauvres et les fermiers se voient obligés d’utiliser des fertilisants chimiques pour maintenir leur rendement. Or, ces fertilisants provoquent une pollution des sols et sont un poids financier important pour les agriculteurs. - Les nutriments ne coulant plus jusqu’à la Méditerranée, les poissons diminuent, et avec eux le niveau de vie des pêcheurs, - Le manque de sédiments provoque également l’érosion des bords du Nil, et entre autres du delta. Les industries de briques rouges qui utilisaient le limon du delta en tant que matière première furent sévèrement affectées. L’érosion, alliée à de mauvaises pratiques d’irrigation en aval du barrage, tendent à accroître la salinité de l’eau, à la fois dans le fleuve, le delta et la Méditerranée, cela impactant à son tour le flux vers l’Océan Atlantique (Je n’ai pas trouvé de source scientifique à cette dernière affirmation qui doit donc être prise avec des pincettes). Enfin, le débit du fleuve étant diminué, il fournit des conditions de développement idéal pour les escargots porteurs du parasite bilharzia, deuxième fléau parasitaire en Égypte après la malaria.

MEROWE (ou Hamdab)

Situé au nord du Soudan, à proximité de la ville de Merowe, le barrage homonyme atteint des sommets : en termes de taille, il fait plus de deux fois la longueur d’Assouan ; en termes de partenariat, c’est le plus grand projet international auquel la Chine ait participé ; enfin, en termes économiques, c’est le plus vaste projet contemporain d’hydroélectricité en Afrique. Ce projet, avec une capacité installée de 1250 MW, est vu comme la solution à tous les problèmes énergétiques du Soudan, confronté quotidiennement à plusieurs coupures de courant.

L’idée du barrage de Merowe est issue de l’époque où le Soudan était encore appelé « condominium anglo-égyptien » au début du XXème siècle. Mais le plan ne fut jamais vraiment considéré sérieusement avant le gouvernement militaire du Président Nimeiri qui y ajouta l’idée de produire de l’hydroélectricité afin de faire face à la demande croissante des soudanais, en 1979. Nimeiri ordonna la réalisation de 4 études de faisabilité. Cependant, l’insuffisance des fonds ainsi que le désintérêt des investisseurs glacèrent le projet à l’étape de planification. Dans les années 1999/2000, le pays commença à exporter du pétrole en quantité commerciale, apportant un nouveau cash-flow. Le projet fut ravivé et les contrats pour le « Projet de Barrage de Merowe » furent signés en 2002 et 2003. Le coût total du projet est de 1 200 millions d’euros, dont 800 millions apportés par des fonds de développement de la péninsule arabe (Arabe, Saoudien, Oman, Abu Dhabi, Koweït) et 400 millions par le gouvernement soudanais. Le 27 Août 2007, le Rapporteur Spécial des Nations Unies demanda l’arrêt de la construction du barrage de Merowe d’ici à ce qu’une évaluation indépendante sur le relogement des 60 000 personnes impactées par le barrage soit réalisée. En effet, le remplissage du barrage avait commencé avant que toutes les familles puissent être compensées. Aujourd’hui, la construction de Merowe est terminée, mais plusieurs sujets polémiques plannent au dessus du barrage. En premier lieu, les revendications des pays en amont du bassin à obtenir leur part des eaux du Nil, suite aux accords de 1929 et 1959 signés entre le Soudan et en Égypte, allouant respectivement 18% et 82% des eaux à ces deux pays. (Note : En 1929, les deux pays étaient alors sous occupation britannique). En second lieu, les mouvements des guerillas provenant du Drafour, notamment le Front de Libération de la Nubie, qui a issu des menaces contre certaines infrastructures du Nord Soudanais, notamment à Kajbar.

Les points positifs du barrage de Merowe
Remplissant son contrat, le barrage a permis la production d’une grande quantité d’hydroélectricité, doublant la capacité énergétique préexistante du Soudan. Avant la construction, le pays souffrait d’un manque d’électricité empêchant son développement économique et social. En parallèle du barrage, un programme de développement du réseau électrique soudanais est en cours. Selon le site officiel du projet (http://www.merowedam.gov.sd/en/index.php), les utilisations de l’hydroélectricité produite sont multiples : - Irrigation, - Alimentation de pompes électriques permettant de pomper l’eau souterraine et d’étendre le secteur agricole, - Industrie et mines.

Outre la production d’électricité, le barrage présente un certain nombre d’autres avantages : - Le développement de la pêche dans le réservoir, - La prévention des inondations en aval, - L’amélioration du transport, - La création d’investissements et d’emplois, - La réduction de la pression due à la forte demande (pour l’irrigatio et l’électricité) vis-à-vis des barrages existants

Les points négatifs du barrage de Merowe
Étant de taille largement inférieure au barrage d’Assouan (12,5 km3 contre 111km3 pour le Lac Nasser), le barrage de Merowe pose moins de problèmes écologiques. D’autre part, la réalisation de plusieurs études de faisabilité a permis la réalisation de plans plus « propres ».

Concernant les sites archéologiques, il semble que la région en soit truffée puisque de nombreuses dynasties avaient élu domicile en Nubie. Cependant, le Soudan attire beaucoup moins l’attention que Égypte et au contraire de la Vallée du Nil, les investisseurs ne se sont pas précipités pour excaver les vestiges des civilisations anciennes à l’annonce du projet. D’autre part, le gouvernement soudanais a toujours eu des moyens financiers limités et un intérêt moindre pour les fouilles archéologiques, si bien que si certains sites se trouvaient dans la région, ils sont maintenant inondés. Plusieurs ONG avaient bien commencé les fouilles mais s’étaient vite arrêtées par manque de moyens.

L’évaporation est assez importante, estimée jusqu’à 1,5 milliards de m³, soit environ 8% du montant total de l’eau accordée au Soudan dans le traité de 1959 (18 milliards de m3). Mais la principale critique émise contre le barrage de Merowe ne réside dans rien de tout cela. Elle concerne la population des déplacés. Une estimation place à 55 à 70 000 le nombre de déplacés dans la zone occupée aujourd’hui par le réservoir. Ce sont des personnes appartenant principalement aux tribus Manasir, Hamadab et Amri et qui vivaient la culture des haricots, du millet et des palmiers datiers. Suite à l’annonce du barrage, beaucoup de familles désiraient rester vivre sur les bords du lac mais le gouvernement avait déterminé 3 sites de relogement à Al-Multaqah, Al-Makabrab et Al-Muqadam. Des plans de compensation ont été dessinés, refusés par les fermiers pour un certain nombre de raisons, entre autres : - Le sol des 3 sites de relogement est sablonneux, et pas aussi fertile que le précédent, - Le gouvernement a annoncé fournir un approvisionnement en eau, le désensablement et des fertilisants pour les deux premières années seulement, - Les compensations sont faibles par rapport aux pertes encourues. D’autre part, un grand nombre de personnes vivant sur le site étaient des nomades, qui n’ont pas été compensés pour leur déplacement.

La construction de barrages nécessite systématiquement le déplacement d’un certain nombre de personnes. Ce qui est reproché est plus la façon dont ces plans de compensation sont réalisés, sans consultation ni information préalable, que leur existence en soi.

GIBE 3

Le seul des 3 barrages de cet article n’étant pas localisé sur le Nil, Gibe 3 fait partie d’un programme éthiopien de 5 barrages en cascade sur la rivière Gilgel Gibe. Topographiquement, Éthiopie est en effet le pays idéal pour développer l’hydroélectricité. Les A l’heure actuelle, les visions de coopération autour du Nil envisagent Éthiopie comme le futur fournisseur énergétique du bassin du Nil. Gibe 3 pourrait-il servir de pierre angulaire à d’autres projets encore plus ambitieux ?

Les premières annonces de la série de barrages sur la rivière Gilgel-Gibe ont été faites dans les années 1980. Le premier projet, Gibe I, concerne l’usine de Gilgel Gibe dont la construction a eu lieu de 1986 à 2004 (elle fut interrompue dans le début des années 1990). Le deuxième phase est l’usine de Gibe II pour laquelle le flux de la rivière Gilgel Gibe est conduit le long d’un tunnel hydraulique de 26 km jusqu’à la rivière Omo, à 2km en aval du barrage de Gibe I. Cette deuxième phase était complète à 97.5% en août 2009 (chiffres les plus récents que j’aie pu trouver) et devait passer devant une commission à partir de septembre 2009. La troisième phase, le barrage de Gibe III, est en discussion. Le coût total du projet 1,55 milliards d’euros pour le barrage et l’usine hydroélectrique. Cependant l’objectif du barrage est l’approvisionnement d’Addis Abeba ainsi que l’export dans les pays voisins de Éthiopie et ce coût n’inclut pas les lignes de transmission ni le réseau électrique attenants. Selon le site officiel du projet (http://www.gibe3.com.et/), la plupart des coûts de construction seront financés par le gouvernement éthiopien avec ses fonds propres. La Banque Africaine de Développement a retardé sa décision de financement avant la fin d’une étude d’impact environnementale réalisée par une ONG.

Les points positifs du Barrage de Gibe 3
L’objectif de Gibe 3 est de fournir la moitié de sa capacité installée totale (1870 MW) à Éthiopie, et d’exporter l’autre moitié vers le Kenya (500 MW), le Soudan (200 MW) et Djibouti (200 MW). Cependant, aucun accord d’achat n’a encore été signé. Seul le Kenya a signé un Protocole d’Entente avec Éthiopie s’engageant à acheter l’électricité du barrage.

En parallèle du barrage de Gibe 3, le gouvernement Éthiopien mène un projet ambitieux d’expansion du réseau rural d’électricité supporté par la Banque Mondiale et appelé « projet Éthiopien d’accès à l’énergie » (« Ethiopia Energy Access Project »). Le barrage de Gibe 3 a également un volet de protection des inondations afin d’éviter des catastrophes comme celle de 2006 qui avait tué 360 personnes.

Les points négatifs du Barrage de Gibe 3
A nouveau, une des critiques du barrage de Gibe 3 est liée à l’aspect social. Les opposants au projet craignent un impact sur le flux saisonnier de la rivière Omo et sur le Lac Turkana en aval. L’ONG Friends of Lake Turkana, entre autres, avance que la réduction du flux pourrait augmenter la salinité du lac et rendre l’eau non potable pour les communautés riveraines ainsi que diminuer la quantité de poissons dont nombre de ces villages dépendent. D’autre part, la modification du flux pourrait perturber les cultures sur le bord de la rivière, portant atteinte à la sécurité alimentaire de 8 communautés indigènes : Mursi, Bodi (Mekan), Muguji (Kwegu), Kara (Karo), Hamar, Bashada, Nyangatom et Daasanech. Le gouvernement éthiopien a répondu à ces critiques en affirmant que le barrage n’affecterait pas le niveau du Lac Turkana sauf pendant le remplissage du réservoir (où il baisserait de 2m).

L’ étude d’Impact Social et Environnemental s’est terminée en 2008, deux ans après le début des travaux pour la construction du barrage. Les critiques opposent que les consultations publiques liées à cette étude n’ont été que très minimes. En juillet 2009, un panel indépendant de conseil environnemental a été établi, notamment dans l’espoir d’apaiser les critiques à propos du barrage. Un peu trop tard peut-être.

Le contrat de 1,7 milliard de dollars a été signé avec le constructeur italien Salini, sans aucun appel d’offre préalable. On peut aujourd’hui voir les panneaux du projet sur le bord du fleuve Gilgel Gibe, que nombreux de nos rendez-vous éthiopiens se sont empressés d’aller photographier, comme preuve de manque d’intégrité du projet. Les estimations placent la fin de la construction à décembre 2013, bien que la totalité du budget n’ait pas été bouclée. Gibe 3 s’annonce aujourd’hui comme un pari économique et financier risqué pour un des pays les plus pauvres au monde. Les habitants craignent que la production d’électricité du barrage n’ait pas d’impact économique positif sur leur niveau de vie, étant trop pauvres pour pouvoir accéder à une ressource certes propre, mais encore très chère.


Texte et photos par Entre deux Eaux.

Pour plus d’information

Lisez l'article complet sur le site d'Entre deux Eaux.



Mon avis

Émeline, Benjamin, j'adore ce que vous faites !

samedi 20 février 2010

Entre deux Eaux - News Letter n°10 - Vol au dessus de l’Okavango

Voici déjà la dixième newletter d'Emeline et Benjamin qui nous la présentent ainsi :

Notre huitième bassin nous a cette fois amené sur les bords de l’Okavango, fleuve prenant sa source en Angola, marquant la frontière avec la Namibie puis se jetant dans un delta majestueux au beau milieu du désert. Outre sa situation géographique originale, l’Okavango est un des bassins les plus propres et les mieux préservés d’Afrique et du monde. Paradoxalement, il doit son état actuel à un fort passé colonial et à des guerres qui ont pendant longtemps paralysé le développement socio-économique de la région. Depuis 1994, les trois pays ont formé l’OKACOM, la Commission de Bassin de l’Okavango, afin d’essayer d’envisager intelligemment le futur de leur ressource commune. Nous avons survolé et arpenté le fleuve afin d’en retenir la substantifique moelle, que vous retrouverez entre ces lignes. Notre prochaine newsletter et avant dernier bassin, au mois d’avril, parlera du politiquement et militairement complexe Nil et de ses 9 pays.


« Cubango » en Angola, « Kavango » en Namibie, « Okavango » au Botswana, autant de noms pour un écosystème si particulier. L’Okavango (car c’est cette dénomination qui est utilisée par la Commission) est un fleuve extraordinaire. En premier lieu, et à œil nu, parce qu’il ne se jette pas dans la mer. De par une fracture géologique qui a eu lieu il y a des millions d’années, le fleuve a arrêté sa course vers l’Océan Indien et, au lieu de cela, éclate en une multitude de branches au beau milieu du désert. Hydrologiquement maintenant, c’est un des écosystèmes aquatiques les mieux préservés d’Afrique, voire du monde, tant au niveau de la qualité de l’eau que de la faune et de la flore. Enfin, la Namibie en 1995, suivie par le Botswana en 1997, ont signé la Convention de Ramsar sur la protection des zones humides, faisant du delta le plus grand site Ramsar au monde. (Cf article sur les Zones Humides).


Carte d’identité de l’Okavango

Longueur: 1 100 km,
Surface totale du basin (active hydrologiquement): 323 192 km2 (Source : Rapport annuel de l’OKACOM 2009) dont : Angola (48%), Namibie (37%),Botswana (15%),
Population dans le bassin : 600 000 (Source: P. HEYNS 2007 & HOORC 2009),
Densité de population : Environ 1,2 personne par km2 (Source: P. HEYNS 2007),
Flux entrant annuel : 10 km3 d’eau, dont 95% viennent de l’Angola,
Usages : Roseaux et herbes de chaume (pour les maisons et l’artisanat), bois pour le feu, pêche, nutriments pour l’agriculture lorsque les inondations se retirent, eau potable pour les animaux, les troupeaux et les hommes,
Principaux affluents pérennes de l’Okavango : Rivières Cubango (nom de l’Okavango en Angola) et Cuito.

En kayak dans le delta

Visuellement maintenant, l’Okavango est sans contexte un des fleuves les plus majestueux et les plus sauvages qu’il nous ait été donné de visiter. Nous avons commencé notre tour en Afrique par Gaborone (à prononcer « Ra-bo-ro-ni » en roulant les R), la capitale du Botswana. Là, nous avons pu rencontrer diverses personnes travaillant sur le delta : l’ONG Kalahari Conservation Society (KCS), l’UNDP, SADC (« Southern African Development Community »), ainsi que des personnes du Ministère de l’Environnement et du Département des Affaires en Eau. Beaucoup s’affairent autour du delta. Après les diamants, le tourisme est la seconde source de revenus pour le pays. Et pour dire : le gouvernement motswana trie ses touristes sur le volet : loges luxurieuses, safaris, balade en bateau sur le delta, croyez-moi, peu de touristes au monde peuvent se permettre d’y mettre le prix. (Exemple d’Abu’s Camp, 11 000$ les 5 nuits en basses saison, 17 000$ en haute saison. Une loge coûte en moyenne 350$ la nuit).Heureusement, nous avons été chanceux. Tout d’abord la « chaîne de l’amitié » africaine nous a sourit. Si vous connaissez une personne dans une ville en Afrique, c’est suffisant : chacune vous indiquera une personne dans la ville suivante et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés passés de mains en mains et de villages en villages, à bénéficier pour notre plus grand bonheur d’une immense hospitalité.

Dans le delta, encore une fois, nos expériences ont été plus qu’originales. Alors que nous désespérions en regardant les prix des tours opérateurs pour visiter la zone humide, nous sommes tombés sur Sarah-Lee, une infirmière motswana blanche qui nous a fait partager son amour de la nature : un cottage au milieu des arbres envahis par les araignées, serpents et toute sorte d’autres bestiaux que nous avons pour habitude de fuir en Europe. Eh bien, nous avons appris à vivre avec. Deux jours plus tard, nous voilà à bord de kayaks à pagayer entre les roseaux, provoquer des envolées d’aigrettes, de jacanas et d’openbill stocks (grands oiseaux noirs avec un bec en forme de casse-noix pour déguster les crustacés). Lorsque Sarah-Lee me fait un signe de la main en poussant mon kayak jaune à l’eau, ses derniers mots, empruntés d’un air extrêmement sérieux, sont : « If you see a hippo, don’t get close to it and concerning crocodiles, they usually don’t approach us. » (« Si tu vois un hippopotame, ne t’approche pas trop près et concernant les crocodiles, ils ne viennent généralement pas des humains »). Ce jour là, hormis des oiseaux, nous n’avons vu que des paysages magnifiques, admiré la corolle des nénuphars se retournant au souffle du vent, pagayé entre les herbes hautes et avancé au doux son de la nature, droit vers le soleil couchant.

Notre rendez-vous avec l’OKACOM

Notre passage à Maun a surtout été l’occasion de rencontrer le Secrétariat de l’OKACOM, la Commission de Bassin de l’Okavango. Les trois pays, comme de nombreux autres en Afrique, ont une histoire marquée par la colonisation : anglaise au Botswana, alors appelé Bechuanaland, allemande puis sud-africaine en Namibie et portugaise en Angola. Les trois pays ont obtenu leur indépendance à des périodes différentes, soit par désintérêt de la puissance coloniale, comme au Botswana le 30 septembre 1966, soit par des conflits sanglants, comme en Angola en 1975, soit par insurrection et décision des Nations Unies comme en Namibie en mars 1990. Quelque soit le processus, l’important reste qu’au début des années 1990, les trois pays sont enfin maîtres de leurs ressources et décident communément d’en faire bon usage. Un certain nombre d’accords sont signés sur les cours d’eau transfrontaliers comme le Kunene entre la Namibie et l’Angola, le fleuve Orange, le Zambèze, et enfin, celui qui nous intéresse le plus, l’Okavango.

En 1992, des discussions tripartites commencent et aboutissent en 1994 à la création de l’OKACOM. A cette période, elle n’est composée que de deux entités : la Commission en elle-même, ayant un rôle de gouvernance, et l’ « Okavango Basin Steering Committee » (OBSC) dont la mission est plus technique. Au départ, les échanges entre les trois gouvernements sont plutôt hostiles : la Namibie a annoncé son plan de construction d’un canal pour approvisionner Windhoek depuis l’Okavango et le Botswana, qui craint pour son industrie touristique, s’y oppose fermement. En 1997 cependant, après plusieurs workshops et discussions destinés, avec succès, à calmer les esprits, un premier projet est entamé : le « Transboundary Diagnostic Analysis » (Diagnostic Analytique Transfrontalier) ou TDA. L’objectif est d’évaluer les ressources et les besoins des trois pays, en résumé, mieux connaître l’Okavango. L’étude sera terminée en 1999 mais ne fera malheureusement jamais l’objet d’un consensus. Il faut dire que la situation politique n’aide pas : la même année éclate en Angola une guerre civile entre l’UNITA (Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola) au sud, et le gouvernement de Luanda. Malgré le support du gouvernement namibien de Sam Nujoma, la guerre fait des ravages et paralyse complètement le pays, qui n’a en outre plus accès à l’Okavango.

Même lorsque les discussions trilatérales reprennent à partir de 2003, l’atmosphère est tendue et complexe. La langue est une barrière importante : alors que le Botswana et la Namibie, malgré de nombreux dialectes tribaux, ont adopté l’anglais comme langue officielle, l’Angola parle portugais. La culture joue également un rôle : alors que les deux pays en aval ont bénéficié d’un héritage anglo-saxon, leur voisin en amont a une culture plus méditerranéenne. Malgré des liens historiques forts entre la Namibie et l’Angola, les commissionnaires ont du mal à trouver un accord, tout comme le Botswana et la Namibie, que les projets de ce dernier inquiètent. Ces mésententes provoqueront de nombreux retards, notamment dans l’établissement d’un Secrétariat pour l’OKACOM. Cependant, grâce à l’arrivée de financements internationaux (Gouvernement Suédois, USAID, GEF), des projets sont entrepris et permettent à l’OKACOM se de mettre en route.

Aujourd’hui, l’OKACOM est un exemple de coopération pour de nombreux bassins d’Afrique. Le Secrétariat, même de petite taille, commence à assumer pleinement son rôle « terrain ». Reste à savoir sir les trois gouvernements prendront le relai du Gouvernement Suédois, qui assure aujourd’hui le financement de l’OKASEC. Un deuxième TDA a été rédigé et devrait paraître officiellement en avril ou mai de cette année. Il sera suivi d’un Plan d’Action Stratégique (SAP) destiné à assurer l’implémentation des décisions prises. Il semble que les trois pays aient compris l’importance de travailler ensemble et de partager cette ressource commune d’une grande rareté. Cette étape est primordiale à l’aube d’une phase de développement imminente de l’Angola, qui verra probablement émerger plusieurs projets de barrage sur l’Okavango, tandis que le canal d’urgence vers Windhoek est toujours d’actualité dans l’esprit namibien. (Voir Informations Supplémentaires en fin d’article)

Survolée du delta en avion (Voir vidéo)

Il nous a fallu attendre deux jours de plus pour passer à la taille au dessus (quoique visuellement parlant, ils ne furent pas plus gros qu’une mouche) : lors d’une survolée du delta. Nous apprîmes par une américaine volontaire pour « Peace Corps » (une organisation travaillant dans le développement de communautés) l’existence d’un avion de fret qui devait ravitailler le village de Seronga, en amont du delta. Ni une, ni deux, nous sautons sur l’occasion et réussissons à trouver deux sièges au milieu des paquets de chips et soupes en sachet. Pour l’évènement, nous faisons une croix éphémère sur nos préoccupations environnementales (qui n’en aurait pas fait autant ?). En guise d’avion, nous nous retrouvons donc sur le tarmac devant une minuscule coque flanquée de deux ailes. La survolée dure en tout 45mn. Moi qui m’attendais à voir de l’eau partout, en réalité, on ne la voit pas : elle est partout et nulle part, cachée sous les herbes, les nénuphars ou si peu profonde que l’altitude la rend transparente. En quelques secondes, nous survolons une des plus vastes zones humides de la planète. Tout autour de nous, jusqu’à l’horizon et dans toutes les directions, ce n’est que vert et eau. Pas le moindre petit caillou ne vient troubler la platitude absolue du paysage. Aucune infrastructure humaine visible à des centaines de kilomètres à la ronde. Seules des pistes ocre, parfois coupées par de récentes inondations, relient les îlots encore émergés entre eux. Ça et là, des espaces un peu plus larges et entièrement défrichés marquent des pistes d’atterrissage, souvent jouxtées par des camps faits d’une quinzaine de bungalows. Au bout d’une demi-heure, nous apercevons les premiers animaux : un troupeau d’éléphants traversant un cours d’eau. C’est un ravissement que de constater que cette nature infinie leur appartient. Même si on les imagine battre des oreilles, l’altitude permet à peine de les distinguer, seuls points mobiles dans ce repère immuable. Un peu plus loin, un point d’eau rassemble ce que nous croyons être des hippopotames et des lions. Zoomer sur nos photos un peu plus tard nous permettra de reconnaître à leur place des buffalos et des antilopes. La chaleur (il fait environ 40°) est source de trous d’air et l’avion fait des siennes. Lorsque mon estomac commence sérieusement à crier « A l’aide ! », nous entamons notre descente.


Conclusion

La visite de l’Okavango aura été pour nous une véritable source de réflexion et d’apprentissages. Au-delà des paysages, la dimension humaine du bassin est une composante primordiale de son développement, si ce n’est essentielle. Le projet sur lequel nous avons décidé de nous pencher porte sur le développement des communautés entourant le fleuve. Portant le doux nom de «Every River Has Its People » (ERP), sa tâche n’est pas moins complexe : tenter de faire remonter les problématiques vécues quotidiennement par les communautés sur le terrain au niveau des politiques et, parallèlement, tenter d’expliquer les décisions politiques aux villageois. Lorsque l’on se retrouve assis sous un baobab, à discuter avec des hommes et des femmes qui essaient tant bien que mal de vendre leur artisanat ou de créer des structures pour accueillir des touristes dans le but, non seulement d’avoir des revenus, mais tout simplement de vivre, toute une flopée de questions nous viennent à l’esprit : comment développer des initiatives durables au niveau local ? Quelle direction a pris le développement de l’Afrique ? Qu’adviendra t-il de la présence exponentielle des chinois sur ce continent ? Quand disparaîtra la distinction entre blanc et noir ? Comment diminuer la corruption ? Quelle différence entre éducation et formation ? Jusqu’à quel point les agences de développement doivent-elles s’impliquer et doivent-elles seulement encore le faire ? Quelle différence entre aide et assistance ? Ce ne sont pas six mois en Afrique qui nous permettront de répondre à ces problématiques sur lesquelles des milliers de personnes se penchent déjà. Cependant, être ici, confrontés à ce quotidien, nous aidera peut-être, si ce n’est à le comprendre, au moins à en saisir quelques clés. Espérons que notre newsletter vous aidera à faire de même. T.I.A. This Is Africa.

INFORMATIONS SUPPLEMENTAIRES

Situation par pays

BOTSWANA
o N’apporte virtuellement aucune contribution en terme de flux à l’Okavango, très peu de précipitations et donc peu d’eau de surface disponible
o Le Delta a été déclaré site protégé par la Convention de Ramsar en 1997.
o Le Delta abrite de nombreuses communautés tribales relativement pauvres, peu éduquées et souvent isolées.
o L’importance du tourisme dans le delta est la principale préoccupation du Botswana quant à la préservation du fleuve: maintenir un écosystème de qualité et donc attractif pour les touristes.
o Le Botswana a une excellente réputation de démocratie (c’est la plus vieille démocratie d’Afrique) et de bonne gouvernance (c’est le pays le moins corrompu d’Afrique). (Source: Transparency internationals Corruption Perception index 2007)
o La rareté des ressources en eau affecte de nombreux aspects de l’économie nationale: les infrastructures hydrauliques notamment sont très coûteuses. Le Botswana doit envisager un futur avec une demande croissante et une disponibilité des ressources en baisse, en envisageant entre autres un management par la demande, la récupération des eaux de pluie et le mangement des eaux souterraines.
Législation :
o «Environmental Management Act» préparé en 2006 pour harmoniser les différentes législations.
o Le développement dans le secteur de l’eau est fait à travers une approche par les « Strategic Environmental Assessment » (SEA)
o Mise en place de l’« Okavango Delta Management Plan » (ODMP) présenté officiellement au Symposium international sur les zones humides qui s’est tenu du 1er au 3 février 2010 à Maun

NAMIBIE
o Contribue pour moins de 3% au flux de l’Okavango.
o La Namibie a signé la Convention de Ramsar en 1995.
o Cinq « Autorités Traditionnelles » vivent le long de l’Okavango, regroupant plusieurs centaines de communauté comparativement plus pauvres qu’au Botswana mais avec un niveau de vie encore supérieur qu’en Angola.
o La Namibie a un climat extrêmement aride, c’est le pays le plus sec de l’Afrique sub-saharienne. Le pays doit donc puiser de l’eau à ses frontières pour approvisionner le centre du pays. Le manque d’eau douce est une menace majeure pour le développement national.
o Le secteur agricole est le principal consommateur avec 75% des ressources en eau.Législation :
o Water Supply and Sanitation Sector Policy (WASSP), 1993
o National Water Policy White Paper, 2000
o Water Resources Management Act, 2004

ANGOLA
o Fournit 95% des eaux de surface à l’Okavango.
o La Guerre Civile qui a duré près d’un quart de siècle a empêché tout développement socio-économique et le pays utilise donc très peu d’eau de l’Okavango. o Le rapatriement de 6 millions de réfugiés va accroître fortement la demande en eau.
o L’Angola a aujourd’hui un besoin urgent de développer son économie, d’entamer sa reconstruction et d’assurer la sécurité alimentaire et professionnelle de son peuple, ce qui va faire naître dans la prochaine décennie de nombreux projets industriels et agricoles risquant d’avoir des conséquences importantes sur les pays en aval si un plan à l’échelle du bassin n’est pas mis en œuvre.
Législation : Je n’ai pas trouvé de données à ce sujet.

Cadre légal Ratifié par les 3 pays :

International :
o Règles d’Helsinki, 1966
o Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC)
o Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique (UNCBD)
o Convention des Nations Unies pour combattre la Désertification (UNCCD), 1994
o La Convention des Nations Unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation(UNCSW), 1997

Régional :
o Protocole Révisé de SADC sur les cours d’eau partagés, 1995
o L’accord de l’OKACOM, 1994
Ratifié uniquement par le Botswana et la Namibie :
o Convention de Ramsar sur les Zones Humides d’Importance Internationale, 1971

Infrastructures
ANGOLA
Peu ou pas d’infrastructures du fait de la Guerre Civile en Angola.

NAMIBIE
o Barrage sur la rivière Omatako, d’où l’eau est redirigée à but domestique et industriel vers le complexe d’Okahanja-Windhoek en Namibie Centrale,
o L’ « Eastern National Water Carrier » (ENWC) en Namibie don’t une des composantes est le canal entre Rundu et Windhoek.

BOTSWANA
o Barrage de Mopipi pour fournir de l’eau à la mine de diamant d’Orapa.

PROJETS INTERNATIONAUX
o Plan de transfert international interbassin entre le fleuve Zaïre en République Démocratique du Congo, via l’Angola, et qui se déchargerait dans l’Okavango ou le Kunene,
o Proposition du Complexe Hydropolitique Sud-Africain d’un transfert international interbassin, par exemple en utilisant le fleuve Zambèze pour approvisionner Gaborone ou d’autres villes motswana dans l’ouest du pays.

Sources Green cross, Okavango river basin, (date inconnue)
HEYNS P. S. vH., Governance of the Okavango, 2007
HOORC, Water balance of the Okavango, 2007
MBAIWA J., Causes and possible solutions to water resource conflicts in the Okavango River, 2004
MONGGAE F., Participation of basin stakeholders through transboundary river basin institutions, a case study from the Okavango River Basin, (date inconnue) SIDA, Botswana Environmental and Climate Change Analysis, 2008
SIDA, Namibia Environmental and Climate Change Analysis, 2008
Site Internet de l’OKACOM: www.okacom.org
TURTON T., AWIRU, Water Sharing to Benefit Sharing, (date inconnue)


Texte, vidéo et photos par Entre deux Eaux.

jeudi 7 janvier 2010

Entre deux Eaux News Letter n°9 : L’Aquifère Guarani, 4 pays pour 1 robinet

Émeline et Benjamin, nos amis de l'Association Entre deux Eaux, nous offrent leur neuvième newsletter.
Elle est consacrée à l'aquifère Guarani dont je vous ai déjà parlé ici.
Je leur laisse la plume...


Aquifère et Guarani sont des mots plutôt équivoques. Nous les avons entendus mille et une fois pendant cette étape américaine. Découvrons ensemble les caractéristiques de cette ressource en eau qui fait 2 fois la taille de la France et qui a retenu toute l’attention de ses 4 pays limitrophes pour monter un projet de gestion commune.


Puit artisanal

Discussion sur un aquifère :

- Qu’est-ce qu’un aquifère ?
C’est une réserve d’eau souterraine.
- C’est donc une nappe phréatique ?
Oui, une nappe phréatique est un aquifère à faible profondeur. Un aquifère peut se situer juste en dessous de la surface ou à des centaines de mètres de profondeur.
- En fait, c’est comme un grand lac souterrain ?
Cette image d’un aquifère est un peu trop simpliste. L’eau n’est pas telle quelle dans le sous-sol, elle est contenue dans de la roche. L’aquifère est en fait une couche de terrain ou de roche poreuse et perméable.
- Mais alors comment l’extraire ?
Par des puits, principalement, que l’on creuse à partir de la surface pour atteindre cette couche de terrain. Grâce à un système de forage et de tuyaux, l’eau peut être immédiatement extraite de la réserve souterraine. Lorsque l’eau est peu profonde, un puits artisanal peut l’atteindre; par contre, dès que la profondeur dépasse plusieurs dizaines de mètres, des ressources plus importantes, à la fois techniques et financières, sont nécessaires.

Aquifère Guarani – Au coeur de l’Amérique latine.
Cargado por EntreDeuxEaux. - Explora exóticos parajes en vídeo.

Présentation du Guarani

L’Aquifère Guarani est une de ces vastes ressources d’eau souterraine qui s’étend sous pas moins de quatre pays: le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Il y a quelques années, on pensait que l’aquifère Guarani était le plus grand aquifère au monde. Un projet a donc été entamé, initialement par des scientifiques des quatre pays, puis repris par les quatre gouvernements, pour étudier cette ressource, évaluer sa taille et ses propriétés et enfin comprendre ce qu’il y avait sous leurs pieds. C’est ce projet, financé par le GEF (Global Environment Facility), administré par la Banque Mondiale et implanté par les quatre pays avec l’aide de l’OAS (Organization of American States), que nous avons étudié.

Aujourd’hui, l’attention internationale commence petit à petit à se porter sur ces immenses réserves d’eau souterraines. Il y a peu, le programme ISARM de l’UNESCO-PHI (Gestion des ressources aquifères partagées) a produit l’« Atlas des aquifères transfrontaliers- cartes mondiales, coopération régionale et stocks locaux ». Cet atlas a été présenté à la Semaine mondiale de l’eau 2009 à Stockholm. (Disponible en ligne). A l’heure où la population mondiale ne cesse de croître et où l’on se rend compte que nos ressources sont limitées, les aquifères se révèlent être de formidables poumons aquatiques permettant aux pays en manque d’eau un répit supplémentaire. Mais que l’on ne s’y trompe pas : ces aquifères sont exploités depuis des années et partout dans le monde. Nombreuses sont les communautés, en France, au Paraguay ou dans le Sahara, qui survivent uniquement grâce à leurs puits. Cependant, ils sont méconnus : souvent profonds, ils sont difficiles à étudier et l’habitude est devenue de les exploiter sans en connaître la teneur et donc les conséquences.

Sur le Guarani, c’est justement l’exploitation qui a attisé la curiosité des chercheurs : par endroits, l’eau extraite est très pure et quasiment immédiatement potable, tandis qu’à d’autres, elle est saline ou chargée en arsenic et autres produits chimiques. Parfois, les puits creusés permettent d’extraire des centaines de milliers de m3 d’eau, et parfois la réserve s’épuise en quelques semaines. Quelle est donc la magie de cet aquifère ? Combien d’eau est-il possible d’extraire et quelles en seront les conséquences ? Et, à l’inverse, quels sont les impacts des activités humaines sur cette ressource si précieuse ?

Le projet SAG

Le projet de « Protection Environnementale et de Développement Durable du Système Aquifère Guarani » (SAG) est né dans les années 1990 de l’impulsion de chercheurs des quatre pays, qui avaient jusque là mené indépendamment des recherches sur cette nappe profonde. Attisant l’intérêt des quatre gouvernements, qui y voyaient l’opportunité de créer un système de gestion commun aux quatre pays, le projet fut plus tard financé par le GEF. L’étape de préparation commença en janvier 2000 tandis que la réalisation du projet eut lieu de mai 2003 à janvier 2009. Le projet a permis de rassembler bon nombre d’informations sur l’aquifère, d’évaluer sa taille réelle et de proposer un cadre technique, légal et institutionnel au management de l’aquifère entre les quatre pays.

Le projet a connu de très nombreuses critiques et a été sujet à beaucoup de polémiques. La plus importante fut lancée par plusieurs journaux régionaux dont le fer de lance était que le projet, financé par des institutions internationales, allait permettre aux Etats-Unis de faire main basse sur la région, ses ressources en eau, et d’y imposer ses troupes, notamment dans la ville de Ciudad del Este, plaque tournante du commerce et du trafic, à l’est du Paraguay. Lorsque nous posâmes la question à nos interlocuteurs, tous, scientifiques, politiciens, financeurs ou chercheurs, s’en offusquèrent. Je passerai l’expression qu’ils utilisèrent et qui reflète la difficulté qu’ils eurent à faire face à cette polémique. En effet, les fonds du GEF furent distribués aux gouvernements des quatre pays, et en aucun cas les Etats-Unis n’ont quoi que ce soit à voir avec sa réalisation. On ne peut pas nier le déploiement des troupes dans la région, quant à le lier directement avec le SAG, il y a un fossé à ne pas franchir. On peut cependant reprocher à l’équipe projet de ne pas avoir anticipé cette propagande, notamment en communiquant plus sur le projet et sur l’aquifère Guarani en lui-même.

Dans la région, tout comme dans la majorité des pays, les ragots vont bon train. Il suffit de mettre le feu aux poudres pour déclencher un incendie. Ajoutez à cela une population mal informée sur l’aquifère, et vous vous vous brûlerez en plus les doigts. Lorsque nous avons interrogé un professeur sur le sujet, sa réponse fut : « Avant, les gens d’ici ne connaissaient rien au Guarani. Aujourd’hui, si vous demandez à un chauffeur de taxi s’il connaît l’aquifère Guarani, il vous dira peut-être que c’est au Canada, mais au moins il saura qu’il s’agit d’une réserve d’eau souterraine » (Interview avec Miguel GIRAUT, géologue et ancien Coordinateur National du projet). L’idée est assez bien résumée. Difficile avec un seul projet, surtout le premier en la matière, d’informer toute la population. Nous avons pu constater de nos propres yeux sur le Mékong que 30 millions de dollars permettent à peine d’impacter une vingtaine de communautés. La question de savoir comment améliorer l’efficacité de l’impact du projet sur le terrain est une autre de ces problématiques que nous étudions et nécessite une bien plus vaste analyse.

Une autre critique, justifiée, qui fut opposée au projet fut que toutes les entreprises employées à la suite des licitations organisées par la Banque Mondiale ne venaient pas de la région : Tahal, employé en tant que facilitateur technique, est une compagnie d’ingénierie israélienne, SNC Lavalin qui a fait les études terrain est une entreprise canadienne, tout comme AECOM Tecsult qui a réalisé les cartes digitales. Le fait est que les critères internes de la Banque Mondiale impliquent d’embaucher des compagnies suffisamment solides financièrement et techniquement pour répondre à l’appel d’offre. Le projet sur le Guarani étant très technique, peu d’entreprises dans la région étaient susceptibles de remplir ces critères. C’est d’ailleurs souvent le cas, a fortiori dans les pays en développement. Cela dit, il faut souligner que les trois entreprises citées ci-dessus et à la tête des recherches terrain ont sous-contracté des entreprises locales et une université pour faire le travail. Beaucoup d’intermédiaires, pensent certains, et ils ont raison. Nous avons voulu nous pencher sur les critères internes de la Banque Mondiale mais ils sont malheureusement confidentiels. Cependant, il faut leur accorder que financer des projets dans le monde entier implique une certaine rigueur, qui malheureusement laisse peu de place à la flexibilité.

La communauté scientifique en désaccord

L’aquifère fut nommé « Guarani » pour la première fois en 1996 par le géographe uruguayen Danilo Antón. Ce nom lui fut donné car la zone où s’étend l’aquifère est approximativement celle où vécurent, et vivent encore par endroits, la population native des indiens Guaranis. Au Paraguay, la langue la plus parlée n’est d’ailleurs pas le castillan mais l’idiome homonyme. C’est là que réside le plus grand désaccord sur l’aquifère qui divise depuis une vingtaine d’années la communauté scientifique selon les professions : géologues et hydrogéologues. Le nom n’est pas un problème en soi, c’est plutôt l’entité qui partage les avis.

Les hydrogéologues pensent que le Guarani n’est qu’un seul et même aquifère dans les quatre pays et qu’il doit être traité comme tel. De plus, la profession se représente l’eau comme un système complet, avec le cycle que l’on connaît. Ainsi, eau de surface et eau souterraine ne sont qu’une seule et même ressource : l’eau souterraine puisée est rejetée en surface, elles sont donc interdépendantes et il serait illogique de les gérer séparément.
Les géologues, de leur côté, ne sont pas du même avis. Se référant aux formations géologiques, ils considèrent donc, d’une part, que l’eau souterraine et de surface sont deux choses différentes, et d’autre part que l’aquifère en lui-même est compartimenté par des lignes de fractures géologiques qui le divisent en plusieurs centaines de « boîtes » d’eau indépendantes les unes des autres. C’est pourquoi certains puits fournissent une eau de bonne qualité et d’autres non, que certains contiennent une grande quantité d’eau et d’autre non. Selon de nombreux géologues de la région, il faudrait donc appeler l’aquifère en fonction de ses formations géologiques : Botucatu et Piramboia au Brésil, Misiones au Paraguay, Tacuarembo en Argentine et Buena Vista / Tacuarem-bo en Uruguay. Dans ce genre de dilemme, le plus difficile est qu’il n’y a pas de vérité absolue : tous deux ont raison, le tout est de choisir la définition qui permettra de gérer l’aquifère au mieux. Géologiquement, la compartimentation est indiscutable, mais elle implique que l’aquifère, bien que transfrontalier, a peu d’interdépendances d’un pays à l’autre. C’est pourquoi le projet, afin d’établir une coopération régionale, a choisi l’aspect des hydrogéologues.

Car un aquifère, dans son ensemble, possède des zones dites « de recharge ». Ce sont des zones où l’eau de surface permet de recharger, comme son nom l’indique, la nappe souterraine. Cette recharge peut se faire par infiltration, lorsque les couches de terrain supérieures sont perméables, et par les rivières, les cours d’eau et les lacs dont le lit permet à l’eau de pénétrer les couches plus profondes. Cette recharge est calculée en volume annuel (166 km³ par an pour l’aquifère Guarani). Or le Guarani est dans sa grande majorité confiné car il est recouvert d’une couche de basalte entièrement imperméable. La recharge est donc impossible en son centre, mais uniquement à travers des zones d’affleurement, c’est-à-dire autour de sa circonférence, où l’aquifère est peu profond. Mais c’est également dans cette zone que le danger est le plus grand pour la ressource : l’aquifère étant peu profond (5 à 50m environ), il est plus facile d’en extraire l’eau et le risque de surexploitation est donc plus important. Dans les zones confinées, il faut parfois forer jusqu’à 150 m pour atteindre l’aquifère. Cette activité est donc majoritairement réservée aux grandes entreprises et aux municipalités. D’autre part, la contamination, provenant des usines, des eaux usées, de l’élevage ou des pesticides est également plus forte dans cette zone. Si l’eau de pluie peut infiltrer le sol, les autres liquides et déchets aussi. Quatre projets pilotes ont été mis en place dans le projet SAG afin de traiter de quatre problématiques différentes liées à la recharge et à l’aspect transfrontalier de l’aquifère :
- Rivera (Uruguay) / Santana do Livramento (Brésil): problèmes transfrontaliers potentiels avec une grande concentration d’activités dépendant de la ressource,
- Concordia (Argentine) / Salto (Uruguay) : zone d’important développement touristique avec des conflits potentiels liés à l’exploitation des eaux thermales,
- Itapúa (Paraguay) : impact de l’agriculture sur l’aquifère,
- Ribeirão Preto (Brésil) : impact de l’utilisation urbaine de l’aquifère, la ville de Ribeirão Preto est approvisionnée à 100% par l’aquifère Guarani.

Afin de gérer un aquifère de façon durable, il est nécessaire que le volume extrait soit inférieur à la recharge. Il est également primordial d’assurer la conservation des systèmes qui dépendent de l’eau souterraine, comme les rivières et les zones humides. On voit encore trop souvent une extraction ininterrompue provoquant un gâchis irréversible. Il semble également impératif d’étudier la ressource avant de l’exploiter. Dans certaines zones au monde, l’extraction d’eaux fossiles a déjà commencé alors même que les conséquences de cette action sont méconnues. Qu’en sera-t-il lorsque ces réserves seront épuisées ? Aujourd’hui, les aquifères sont des ressources attractives car l’investissement de départ ayant beau être plus élevé (coûts du forage, des puits et de l’extraction), l’eau une fois obtenue nécessite moins de traitements que l’eau de surface, permettant des économies à long terme. Mais encore une fois, cela implique que seules les entreprises privées et publiques possédant un budget initial important aient accès à cette ressource, répercutant parfois sur le prix de cet investissement sur les usagers. Le bon management des ressources en eau souterraines est une composante à prendre en compte aujourd’hui, alors que des outils deviennent disponibles pour les étudier et que l’attention internationale se porte de plus en plus sur elles. Plutôt que de montrer du doigt, il faut anticiper, apprendre des autres et de ses propres erreurs. C’est peut-être là ce que la globalisation est capable de nous apprendre : tomber pour qu’un autre puisse mieux se relever.

Carte d’identité de l’Aquifère Guarani

Surface totale: 1.200.000 km² dont 840.000 km² au Brésil (70%), 225.500 km² en Argentine (19%), 71.700 km² au Paraguay (6%) et 58.500 km² en Uruguay (5%)
Quantité totale d’eau: 45.000 km³ (approximation)
Température de l’eau : 50º C à 65º C
Profondeur : entre 10 (dans les zones de recharge) et 1800 mètres (approximation)
Dépôt des roches sablonneuses de l’aquifère: il y a 245 à 144 millions d’années
Localisation: Sud est de l’Amérique du Sud entre la 12° et la 35° latitude sud et la 47° et la 65° longitude ouest
Volume annuel de la recharge: 166 km³/an

A voir:

www.sg-guarani.org : Site officiel du projet (en cours de fermeture)

Film développé par le projet « Acuifero Guarani », disponible sur You Tube (en 2 parties) :
Partie 1 : http://www.youtube.com/watch?v=iKHbf1qb8qY
Partie 2 : http://www.youtube.com/watch?v=d-yxNTWTqYk&feature=related

« Sed, invasion gota a gota”, disponible sur YouTube : Film critique à propos du projet SAG
www.isarm.net : Site de l’ISARM (Internationally Shared Aquifer Resources Management), Initiative de l’UNESCO

Article Entre Deux Eaux sur le cycle de l’eau http://entre2o.free.fr/?p=282

Film de France5 « Aquifère Guarani - Main basse sur l’eau »
http://wiki.france5.fr/index.php/GUARANI_MAIN_BASSE_SUR_L%27EAU

« Strategic Action Program » (SAP) : document final du projet résumant les informations apprises et les futures actions à mettre en place.

Texte, vidéo et photos par Entre deux Eaux.


Mon avis

Le reportage « Aquifère Guarani - Main basse sur l’eau » diffusé sur France 5 durant l'été 2008 m'avait marqué ainsi que je vous en avait parlé. Il décrivait une situation "terrible" où la banque mondiale, le FMI, les états et les sociétés privées volent ou convoitent les richesses naturelles. Tous s’entendent à merveille pour s’organiser au mépris de l’environnement, de l’intérêt collectif et de l’avis des populations. La prise de conscience par les paysans « sans terre » représentatifs des populations « pauvres » (au sens de nos sociétés capitalistes) de la nécessité vitale de protéger l’aquifère et de le considérer comme un bien public inaliénable est remarquable. Leur engagement, leurs motivation et implication est à méditer quand, dans nos pays occidentaux, la majorité d’entre nous se préoccupe essentiellement de sa situation matérialiste.

Un an et demie après ce reportage, Émeline et benjamin nous donnent des nouvelles et des informations sur l’évolution plutôt positive de la situation :

La menace était réelle, notamment au Paraguay, mais des mesures légales ont rapidement étaient prises. L’ennui, c’est que ce changement de législation n’a pas été repris médiatiquement et que la population est toujours en attente.

vendredi 25 décembre 2009

Les zones humides ou « wetlands »

Pourquoi parler des zones humides ?
Il faut dire qu’en français, le terme semble relativement vaste.
En réalité, ce que l’on appelle « wetland » en anglais est une zone bien particulière qui recèle de caractéristiques écologiques propres.
Comme son nom l’indique, une « zone humide » est une région où le principal facteur d’influence du biotope est l’eau.
Le biotope est un milieu biologique homogène propre au développement d’espèces animales ou végétales.
Une zone humide est donc une région où l’eau est le principal facteur qui contrôle le milieu naturel et la vie animale et végétale qui y est associée.
Elle apparaît là où les nappes phréatiques sont proches de la surface (zone d’affleurement) ou encore, là où des eaux peu profondes recouvrent les terres.


Après cette brève explication informelle, citons les sources officielles.
On peut retenir deux définitions de « zone humide ».
La première est donnée, à juste titre, par la Convention de Ramsar sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971) dans son article premier : « les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ».

En France, une définition plus nationale est donnée par l‘article 2 de la loi sur l’eau de 1992, « on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire ; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année. »

Mais les zones humides ne sont pas que de l’eau.
Ce sont en réalité des interfaces complexes entre trois des quatre éléments source de la vie : l’eau, l’air et le sol.

Explication par Entre Deux Eaux

Texte et photos par Entre deux Eaux.

dimanche 13 décembre 2009

Rio par Entre deux eaux

Emeline et Benjamin, de l'association Entre deux Eaux nous proposent quelques images de Rio...


Le Christ de Corcovado qui protège la ville


Tram


Vue globale depuis le Corcovado


Quartier de Ste Thérèse


Plage de Ipanema

Photos par Entre deux Eaux.

Pour en voir plus

Consultez l'album photo d'entre deux eaux.

mercredi 4 novembre 2009

Pour tout l'or du Mékong

Entre deux Eaux nous propose sa newsletter n°8

A notre arrivée sur le Mékong il y a trois mois, nous savions vouloir travailler sur un des programmes menés par la Commission du Mékong ou MRC. Très vite, la pêche s’est imposée comme un sujet incontournable dans la région. En occident, nous imaginons souvent la pêche comme une activité de loisir avec des bottes et un ciré. Mais dans la région, ce domaine prend une toute autre ampleur, celle de la survie. Le bassin compte plus de 60 millions d’habitants dont les trois-quarts dépendent directement ou indirectement de cette ressource. Le poisson est la première source d’alimentation, le revenu du foyer et donc la base de la vie.

Tandis que les pêcheries d’eau douce mondiales rassemblent une production totale de 8 millions de tonnes, le Mékong à lui seul représente 2,6 millions de tonnes (données de la MRC), soit près de 30% des pêcheries fluviales au monde ! Lorsque l’on écoute les experts, on se rend rapidement compte que la quantité de poisson dans le principal fleuve du sud-est asiatique dépasse tout entendement : elle est si élevée qu’elle est presque incalculable et a longtemps été considérée comme inépuisable. Ainsi, de nombreuses mauvaises pratiques s’y sont développées : les pêcheurs se sont mis à employer des méthodes barbares comme la dynamite ou les électrochocs à l’aide de batteries de voitures ou à utiliser des filets à très petits maillages. Des espèces exotiques, comme la carpe indienne ou le tilapia nilotique, ont également été introduites qui ont contribué à détruire l’écosystème.

Depuis de nombreuses années, les organisations de la région tendent de remédier à ce fléau. C’est le cas de la Commission du Mékong (MRC), créée en 1995 et qui, à travers son Programme Pêche, s’applique à recenser les données sur les ressources halieutiques, à restaurer les écosystèmes et à améliorer au quotidien la vie des habitants du bassin. Nous avons eu la chance, grâce au Ministère de l’Agriculture Cambodgien, de nous rendre deux jours en visite dans des communautés de pêcheurs au Cambodge, à l’est de Phnom Penh, dans les provinces de Kandal, de Kampong Cham et de Prey Veng. Cette visite terrain, ajoutée à nos rendez-vous, nous a permis de dresser un portrait de ce fleuve extraordinaire et de ses enjeux. Récit de ces découvertes au fil de l’eau.

SOMMAIRE :

Le Mékong, carte d’identité
La Commission du Mékong (MRC)
La pêche, un secteur vital !
Entre protection de l’environnement et diminution de la pauvreté : les enjeux
Conclusion : futur et expérience

LE MEKONG, CARTE D’IDENTITE

Le Mékong s’étend des montagnes Tanghla Shan sur le plateau Tibetain à la mer de Chine méridionale au Vietnam sur une longueur de 4800 km. Sur ces milliers de méandres, nous n’en aurons expérimenté qu’une petite partie: quelques dizaines dans le nord du Laos entre Huay Xay et Luang Prabang (voir carte), quelques autres en remontant le delta d’Ho Chi Minh à Phnom Penh et enfin lors de notre visite de communautés en barque. Cependant, le fleuve est navigable presque huit mois par an sur toute sa longueur, excepté sur 14km à la frontière entre le Laos et le Cambodge, aux chutes de Khone.

Lire la suite sur le site de l'association Entre deux Eaux

lundi 26 octobre 2009

Riz et Riziculture, par Entre deux Eaux

Nos amis de l'association Entre deux Eaux se sont penches sur le Riz, aliment fondamental pour nombre d'humains...
Je leur laisse la parole...

Ayant parcouru les rizières de Sapa (Nord du Vietnam) pendant plusieurs jours, il nous a semblé impératif d’écrire un article sur le riz. Pour qui s’est rendu dans cette région aux milles terrasses, le lien sera évident. Pas un pan de montagne n’arbore le panel de couleurs complet que peut prendre le chaume lorsque vient le temps de la récolte. Entre les verts, les jaunes et les dorés, les paysans armés de leurs faucilles et vêtus de leurs tenues traditionnelles ethniques, coupent, battent, trient, sèche, brûle, transportent. C’est toute une armée qui se met en marche pour récolter la production du 2eme exportateur mondial. Un manège inoubliable…

Introduction botanique

Comme avant d’écrire chaque article, j’ouvre donc mon ordinateur de poche et tapote sur le clavier. J’ai bien réussi à identifier les différentes étapes de la récolte, facilement identifiables, pendant notre randonnée, mais d’autres informations me manquent. Wikipédia et la FAO complètent les trous. On y apprend notamment que les riz appartiennent au genre Oryza L. qui comprend plus d’une vingtaine d’espèces, dont deux seulement sont cultivées, Oryza sativa L., originaire de l’Asie, et Oryza glaberrima Steud., ou riz de Casamance, originaire d’Afrique centrale. Ces plusieurs milliers de variétés ont été classées historiquement en trois groupes :
• japonica à épillet court,
• indica à épillet très long,
• un groupe intermédiaire anciennement nommé javanica.

J’espère que les botanistes ne m’en voudront pas si j’ai arrêté là ma recherche scientifique pour me concentrer sur des aspects un peu plus socio-économiques (que nous le voulions ou non, les chats ne font pas des chiens…).

Lorsque l’histoire s’en mêle

Ce sont donc les chinois qui ont les premiers découverts les vertus nutritives de cette céréale et ont commencé à la cultiver il y a de cela près de 10 000 ans lors de la révolution néolithique. Ce savoir-faire se développa rapidement dans le reste du monde jusqu’à devenir aujourd’hui un des aliments de base de la population mondiale, surtout sur les continents africains et asiatiques. Car le riz a l’énorme souplesse de pouvoir être consommé sous toutes les coutures : si en France nous ne le connaissons que dans très peu de robes, les populations de ces deux continents ont de nombreuses recettes à nous fournir (voir recette en fin d’article): en grains, en pâte, en soupe, ou en dessert, il n’y a pas de limites !

L’Asie a de quoi se targuer : près de 90 % de la production mondiale est fournie par les cultures asiatiques de moussons. À elles seules, les productions totales additionnées de la Chine et de l’Inde dépassent la moitié de la production mondiale. L’Asie du Sud-Est, elle aussi, avait fait le pari –tenu- il y a quelques années de devenir autosuffisante en termes de riziculture. Si le Laos reste un pays importateur dû en majeure partie à sa topographie, la Thaïlande et le Vietnam sont respectivement premier et second exportateurs mondiaux.

Outre le fait de nourrir les foules, le riz leur fournit également un emploi. Près d’1 milliard de personnes travaillent directement ou indirectement pour sa culture. Celle-ci est réalisée majoritairement (près des 4/5 du riz mondial) par de petits agriculteurs dans des pays en développement à faible revenu.


Typologie

Lorsque l’on marche sur les parapets de terre qui séparent les terrasses, la riziculture devient un sujet passionnant. On remarque rapidement d’ailleurs que toutes les terrasses ne sont pas identiques et que les systèmes d’irrigation diffèrent d’un endroit à un autre. Cela est dû au type de riziculture employé, qui lui-même dépend en grande partie du terrain. Il existe trois grands types de rizicultures :

- La riziculture pluviale est pratiquée sans inondation du champ. Le pied est donc au sec. Ce type de culture à l’avantage de consommer moins d’eau et on le rencontre donc dans les zones tropicales d’Afrique de l’Ouest. Cependant, ces cultures extensives ou sèches offrent un rendement relativement faible.

- La riziculture inondée, comme son nom l’indique, est pratiquée dans des zones naturellement inondées et le niveau d’eau n’est donc pas (culture à forte profondeur) ou peu (culture à faible profondeur) contrôlé.

- La riziculture irriguée est la plus sophistiquée. Elle implique le contrôle à la fois de la présence d’eau et de son niveau par le cultivateur, et donc l’installation de systèmes d’irrigation, le nivellement des terrains et l’entretien des rizières. C’est le cas des cultures en terrasses par exemple. Les plantules de riz doivent être préalablement germées sous pépinière avant d’être plantées (voir ci-dessous). Comme la parcellisation est grande, la récolte doit obligatoirement être faite à la faucille, ce qui implique une main d’œuvre importante. Cependant, c’est la culture rizicole la plus intensive car ayant les meilleurs rendements et permettant plusieurs récoltes par an (jusqu’à trois dans le delta du Mékong).


Au niveau de la céréale en elle-même, il existe plus de 2000 variétés de riz cultivées, telle le riz blanc (Chine, Inde, France), riz cargo (Chine), jaune (Iran), violet (Laos), ou riz gluant (Chine, Indonésie, Laos). Il existe plusieurs systèmes de classification de ces variétés. L’une d’entre elles correspond à différentes étapes de traitement des grains :
• le paddy à l’état brut, correspond au fruit du riz, le caryopse, encore enveloppé dans deux glumelles grandes, coriaces et adhérentes

• Une fois que les deux glumelles ont été ôtées, on obtient le cargo ou riz complet, de couleur beige et dont le grain est entier.

• Enfin, la cosse, le son et le germe sont retirés afin d’éviter la dégradation du riz et prolonger ainsi sa durée de conservation. Ce riz blanc est ensuite poli lui donnant une apparence blanche et brillante mais retirant en contrepartie une grande partie de ses qualités nutritionnelles.

Un autre système de classification souvent utilisé distingue les variétés en fonction du système de culture et des catégories d’eau : riz aquatique à variété pluvial, riz de submersion profonde, riz des zones humides à marée, riz pluvial et riz irrigué.


Pour en savoir plus

Les principaux producteurs de riz; les étapes de la culture du riz; les dilemmes de la riziculture; proverbes de riz vietnamiens; recette : le Banh Chung vietnamien...
Lisez le passionnant article d'Emeline et Benjamin sur le site d'Entre deux Eaux.


Texte et photos par Entre deux Eaux.

mercredi 9 septembre 2009

Luang Prabang (Laos) par Entre deux Eaux

L'équipe d'Entre deux Eaux se trouve au Laos.
Emeline et Benjamin nous offrent une magnifique image de Luang Prabang.
Le Mekong vu depuis le mont Phu Si.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir et profitez en pour voir les autres images publiées par Entre deux Eaux sur Luang Prabang

Pour prolonger le voyage

Regardez l'album photo d'Entre deux Eaux : http://picasaweb.google.co.in/entredeuxeaux
Et consultez le site de l'Association : http://entre2o.free.fr/

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samedi 1 août 2009

Le Gange : rivière masala*


Le masala est un mélange d’épices utilisé dans de nombreux plats indiens, et surtout dans la préparation du fameux thé masala.

Voici la sixième newsletter de l'Association Entre Deux Eaux.

Emeline et Benjamin nous invitent à les suivre dans la poursuite de leur voyage autour du monde à l'étude des projets transfrontaliers relatifs à l'eau :

Après nos péripéties dans le sud de l’Inde, nous nous sommes attaqués au nord du pays. La descente du Gange fut un passage magnifique. Elle commença d’ailleurs par la fin : au Bengladesh, où le fleuve atteint 20km de large avant le début de la mousson. Cette année, une fois n’est pas coutume, la pluie se fait à nouveau attendre. A Varanasi, les ghats permettent de se promener tranquillement le long de leurs marches. Dans les campagnes, les rizières ont soif. A la source du fleuve, nous avons pu assister au pèlerinage extraordinaire de dizaines de milliers de dévôts qui remontent la vallée à pied, parfois sur plus de 1000 km afin de recueillir un échantillon de l’eau curative. Entre hindouisme, bouddhisme, islamisme et autres isthmes, nous vous proposons de descendre avec nous le fleuve sacré et d’en découvrir les secrets.


Le Gange, juste avant la confluence avec le Yamuna

Le jour où Michael Jackson est mort, la mousson a commencé. Le 25 juin 2009, alors que des hordes de fans en pleurs exprimaient leur chagrin dans les rues de New York, Londres ou Paris, autant de bangladeshis endossaient leur pagne blanc et sortaient sur les toits de leurs immeubles, une barre de savon à la main. Au moment même où toutes les larmes du monde ont commencé à tomber du ciel, les 150 millions d’habitants du petit pays asiatique se sont précipités à leurs fenêtres, un sourire au coin des lèvres. Mort d’une étoile, naissance d’un espoir.

Nous n’avions pas du tout prévu de commencer notre descente du Gange par le Bangladesh, soit dit par la fin, mais le destin en a décidé autrement. En faisant notre visa à Amman, l’employée de l’ambassade indienne nous a remis notre passeport avec un grand sourire, quelques secondes après avoir écrit sous nos yeux : « date d’expiration du visa : 23 juin ». Rien ne servit d’expliquer que nous avions fourni dans notre dossier des billets d’avion attestant de notre sortie de territoire le 1er juillet. En Inde, nous l’apprendrions par la suite, il n’y a pas de cas-par-cas. Qu’il en soit ainsi, nous quittâmes donc l’Inde le 23 juin 2009 en direction de Dhaka, avec la ferme intention de refaire notre visa pour redescendre ultérieurement la partie supérieure Gange. Nous vous proposons de commencer par la fin notre épopée le long du fleuve sacré, une descente de 2 525Km dans les gorges de l’Asie du Sud.

Données hydrographiques
Source : Glacier de Gangotri dans l’Himalaya (Uttarakhand – Inde)
Embouchure : Golfe du Bengale
Principaux affluents : Mahakhali, Karnali, Koshi, Gandak, Ghaghra, Yamuna, Son, Mahananda
Pays riverains : 4 pays : Inde, Népal, Bangladesh, Chine
Longueur du fleuve : 2 525Km
Débit minimum : 700 m3/Sec
Débit maximum : 78 000 m3/Sec
Etendue du bassin : environ 900 000 km2
Population du bassin : supérieure à 500 millions d’habitants
Principales problématiques : variabilité saisonnière et densité de population


Le Bangladesh : première victime climatique

En commençant par le delta d’un des plus grands fleuves du monde, on ne peut que constater que l’eau est présente partout. Le Bangladesh est en fait le lieu où se jettent trois fleuves majeurs : le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna. Tous les ans, le pays est sujet à des inondations récurrentes. La moyenne se situe autour de 25% du territoire sous les eaux, tandis que les crues historiques, comme en 1988 ou 1998, ont englouti plus de 70% du pays. Or, d’entrée de jeu, l a pression démographique est très forte : la superficie du pays équivaut à environ la moitié de celle de la France pour une population plus de deux fois supérieure. C’est le principal problème auquel doit faire face le Bangladesh actuellement. L’Inde est même en train de construire des barbelés tout autour du pays pour empêcher ces migrants climatiques de passer la frontière. Mais lors de la prochaine inondation, où iront ces millions de Bangladeshis ?


Concernant le Gange, la situation est très paradoxale. Lors de nos premiers RDV avec les organismes locaux, nous interrogeons nos interlocuteurs sur les problèmes climatiques liés au fleuve. Ils nous répondent qu’il n’y a pas assez d’eau. Nous avons du mal comprendre, avec des inondations pareilles, le pays en a trop, mais pas, assez, non, ce n’est pas possible. Et pourtant. La variabilité saisonnière fait du Bangladesh un des pays les plus désavantagés par la nature. Pendant de nombreux mois, les autorités se battent pour faire face aux désastres, multipliant plans de sauvetage, abris et gestion des risques. Et 5 mois dans l’année, pendant la saison sèche, du 1er janvier au 31 mai, le pays meurt de soif. Nous leur rétorquons : « mais pourquoi alors ne pas construire de réservoirs, pour gérer le flux pendant la mousson et stocker le surplus pour les mois arides ? ». La réponse est celle à toute question : il y a trop de monde. Le pays est si peuplé que construire un réservoir entraînerait le déplacement de milliers de personnes qu’il faudrait indemniser, et le gouvernement n’en a pas les moyens. De plus, lorsque l’on observe la topographie du territoire, on se rend compte que le pays est désespérément plat, il est donc hors de question de construire un barrage. Pour faire face à ces catastrophes climatiques, le gouvernement a mis en place un système de management des désastres le plus performant au monde. Des scientifiques du monde entier viennent au Bangladesh se former sur la technologie et la logistique mises en place au niveau national.

Nous avons visité le centre de prévision et de mise en garde des inondations « Flood Forecasting and Warning Centre » à Dhaka. Le niveau des 310 fleuves et rivières parcourant le pays est contrôlé 4 fois par jour dans 286 stations de surveillance étalées dans tout le pays. 1 ou 2 fois par jour en fonction de la saison, un bulletin d’inondation est imprimé et disponible en ligne. Si le niveau atteint la barre « attention », « danger » ou « sévère », les stations locales sont averties et mettent en place des plans adéquats. (www.ffwc.gov.bd) Le Gange n’est qu’une des 57 rivières transfrontalières partagées par le Bangladesh avec ses voisins. 53 autres sont partagées avec l’Inde et 3 avec le Myanmar. Sur le chemin du retour en direction de Kolkata, nous reprenons le ferry pour traverser le Gange. A cette époque de l’année, alors que la mousson n’a pas encore commencé en amont, le fleuve atteint déjà une largeur de 20km. Allons regarder plus haut ce qu’il en est.

Pèlerinage à la source du Gange (Rishikesh)

12h de bus (Dhaka – Kolkata), 28h de train (Kolkata – Delhi), à nouveau 8h de bus (Delhi – Rishikeh) et un nouveau visa en poche plus tard, nous voilà au pied de la chaîne himalayenne. Les villes de Rishikesh, et un peu plus en aval Haridwar, sont sacrées pour être les deux points où le Gange sort des montagnes avant d’entamer sa longue descente dans la plaine jusqu’à son delta, où nous nous trouvions deux jours plus tôt. D’un fleuve marron, chaud et pollué, nous retrouvons l’essence même d’une rivière de montagne, d’une température glaciale et d’une couleur sablonneuse. Notre bonne étoile nous a encore une fois suivi, puisque nous tombons en pleine période de festival, le yatra, où les dévôts remontent à pied jusqu’à la source du Gange pour remplir des bidons qu’ils rapporteront ensuite à leurs familles. Le spectacle est magique (Voir la vidéo et Lire l’article).


Lisez la suite de l’article sur http://entre2o.free.fr/?p=273

Pour plus d’information

Consultez le site de l'association Entre deux Eaux.

Mon avis

Une fois de plus Emeline et Benjamin nous racontent leur voyage et le contexte et enjeux de l'eau des pays traversés avec leur style agréable qui laisse transparaitre leur passion et inspire la sympathie.
Lecteurs de ce blog, vous n'avez probablement aucun doute sur la réalité du changement climatique.
La partie relative au Bangladesh ne vous surprendra pas plus que moi...

Bonne lecture en attendant la prochaine newsletter dans laquelle nos amis sillonneront la vallée du Mékong et ses territoires ancestraux : la Thaïlande, le Laos, le Vietnam et le Cambodge.

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lundi 13 juillet 2009

La traversée du Gange

La traversée du Gange par Entre deux Eaux...

Selon un article de wikipedia, on estime que chaque jour le Gange reçoit les restes de quelque 475 cadavres humains ainsi que de 1 800 tonnes de bois utilisées pour les crémations, auxquels s'ajoutent les 10 000 carcasses d'animaux qui y sont abandonnées, ce qui est une importante cause de pollution.

D'autres images sur http://picasaweb.google.com/entredeuxeaux/TraverseeDuGange#

Pour plus d’informations et d'images

Consultez le site de l'association Entre deux Eaux.

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vendredi 10 juillet 2009

Le Cauvery : bienvenue dans le bordel indien !

L’association Entre deux Eaux nous offre sa newsletter n°5

Le problème du Cauvery, lorsque l’on commence à s’y intéresser, semble des plus simples : la quantité d’eau disponible dans le fleuve est connue, et nécessite d’être partagée entre des Etats dont les besoins ont été maintes fois évalués.
Alors pourquoi ne pas faire une division bête et méchante en fonction de la surface et des besoins de chacun ?
Répondre à cette question nous a pris deux mois.
Comme de nombreux fleuves interétatiques en Inde, l’histoire du Cauvery est complexe. Et parce que « Water is a matter of States in India » (L’eau est une affaire d’Etats en Inde), il incombe au Karnataka et au Tamil Nadu, deux Etats aillant des ressentiments historiques l’un envers l’autre, de régler leurs différends.
Tous les ingrédients sont rassemblés pour un conflit qui dure encore aujourd’hui et depuis plus de 125 ans.


Cliquez sur l'image pour agrandir la carte du fleuve

Quelle prise de tête !

Le Cauvery s’étend sur une longueur de 765 km (soit presque deux fois la longueur du Jourdain) à travers les plateaux du sud de l’Inde, dans les Etats du Karnataka, du Kerala, du Tamil Nadu et du Pondichéry avant de se jeter dans la Baie du Bengale.
Comme de nombreux fleuves interétatiques en Inde (cf article « Les conflits interétatiques liés à l’eau »), son histoire est complexe.
Il faut dire que la constitution indienne définit l’eau comme une affaire d’Etat.
C’est d’ailleurs la première phrase qui a martelé tous nos rendez-vous dans la région : « Water is a matter of States in India ».
Le Gouvernement indien n’a un pouvoir que très limité quant aux fleuves interétatiques.
Ce sont donc au Karnataka et au Tamil Nadu, deux états aillant des ressentiments historiques l’un envers l’autre, de régler leurs différends.

Lisez la suite de l’article sur le site de l'association Entre deux Eaux.

Visionnez le film : Balade le long du Cauvery

Pour plus d’information

Consultez le site de l'association Entre deux Eaux.

Mon avis

Une situation fort complexe et conflictuelle bien exposée par nos amis Émeline et Benjamin.
Les amateurs de simplicité ne seront pas à la noce...

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mercredi 17 juin 2009

Ca coule de …

...source

Une expression bien connue.

J’ai pioché dans les photos de nos amis Emeline et Benjamin d’Entre deux Eaux dont, vous le savez si vous venez régulièrement sur le blog, le voyage d’étude est consacré aux grands projets transfrontaliers autour de l’eau.

Se fournir en eau potable (ou non…), un besoin fondamental qui ne connait pas de frontières (façon de parler justement).

Photos : © Entre Deux Eaux


Mysore (Inde) Eau non potable


Mysore (Inde) Eau potable ?


Mysore (Inde) De l'eau encore de l'eau


Udaipur (Inde) Fontaine publique


Tiruchirappalli (Inde)


Jerusalem


Jerusalem


Alep (Syrie)


Mardin – Omerli (Turquie)


Harran (Turquie)

Mon avis

Je passe toujours un bon moment à regarder les souvent très belles photos de l’album qu’Emeline et Benjamin mettent à notre disposition. Vous aussi voyagez un peu avec eux… http://picasaweb.google.com/entredeuxeaux

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dimanche 7 juin 2009

Nous buvons 90 % de nos maladies

Pasteur le disait déjà à son époque : Nous buvons 90 % de nos maladies !

Emeline et Benjamin, nos amis d'Entre Deux Eaux, abordent cet important problème de certaines pays du monde.


Photo : © Entre Deux Eaux

Profitons, de nous trouver, malheureusement, dans un des pays les plus touchés par les maladies liées à l’eau pour faire un point sur ces assassins masqués. Non contentes d’ailleurs de perpétrer des meurtres en série, les aquamaladies s’en prennent aux plus jeunes, aux plus faibles et aux plus pauvres. Leur tableau de chasse : 9 millions de morts par an plus 2,3 milliards de personnes en mauvaise santé. Vous avez déjà du entendre cette célèbre citation de Pasteur, selon laquelle, « Nous buvons 90 % de nos maladies ». Et comme tout le monde sait, Pasteur était un visionnaire. Mais aurait-il pu imaginer qu’aujourd’hui, les 3/5 de la population mondiale boivent de l’eau non traitée et contenant des virus ou bactéries et qu’1.9 milliards de personnes ne disposent pas d’installation sanitaire ?

Les modes de transmissions sont finalement peu nombreux, comparés au nombre de maladies qui s’en déclinent :
- Le premier, est tout, simplement, l’eau contaminée par des déchets humains, animaux ou chimiques et par la présence de micro-organismes et d’agents chimiques. La tête de file en est la diarrhée, avec ses 2,2 millions de morts enfantines par an. Autres maladies : le choléra, la typhoïde, la polio, la méningite et les hépatites A et E.

- Ensuite arrivent les vers et larves, avec, notamment, la schistosomiase et l’onchocercose,

- Les moustiques ne sont pas en reste, ni la mouche tsé-tsé, apportant leur lot de paludisme, dengue, fièvre jaune, maladie du sommeil et filariose.

- Et finalement, les aérosols contenant des micro-organismes sont également vecteurs de maladies comme la légionellose.

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mardi 28 avril 2009

Entre Deux Eaux – Newsletter n°4 - Le Jourdain : attention, Eaux politiques !

L'association Entre Deux Eaux continue son voyage consacré à l'étude de projets transfrontaliers autour de l'eau et nous propose sa quatrième newsletter.

Ils nous la présentent ainsi :

Entre les attaques sur Gaza, les pérégrinations de Mahmoud Ahmadinejad au sommet de Genève, les célébrations de commémoration de la Shoah en Israël (21 avril) et le petit aller-retour d’Olivier Besancenot, difficile d’oublier ce qui se passe au Moyen-Orient. Cette période, nous l’avons vécue sur place, voyageant et étudiant le Jourdain et ses politiques sous tous les angles : Jordanie, Palestine et enfin Israël.

Comme à chaque fin de bassin, voilà un résumé de ce que nous avons rencontré, vu et appris dans les 10 dernières semaines. Le Jourdain nous a donné du fil à retordre, de par l’ampleur politique de l’eau dans la région. Impossible de mentionner l’eau sans parler du partage du territoire, des réfugiés, de l’occupation, des settlements, et de tout un tas d’autres choses toutes aussi complexes et liées les unes aux autres. Résultat : il nous a fallu un plus de place que d’habitude pour tenter d’envisager la problématique dans sa globalité : en partant des ressources jusqu’aux relations entre les pays, en passant par l’histoire et les modes de vie, vous trouverez ci-joint quelques-unes des clés pour déchiffrer l’actualité et voir, de vos propres yeux et à travers les nôtres, ce qu’il se passe vraiment dans la région.


Le résulé de la newsletter n°4 d’Entre Deux Eaux

Le Jourdain. Quel fleuve plus politique, religieux, idéologique et historique que celui-là ? Au Moyen-Orient, les guerres font rage, dont nombre sont liées à la situation hydrologique de la région. Partagé par cinq pays (Liban, Syrie, Israël, Palestine, Jordanie) aux richesses en eau diverses et variées, le bassin d’un des fleuves les plus connus au monde est aujourd’hui quasiment asséché. D’où viennent ces tensions, qu’impliquent-elles, que vont-elles devenir ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre après deux mois et demi passés dans la région à ouvrir grand nos yeux et nos oreilles et à noter ces précieuses informations et témoignages dans notre petit carnet bleu…

Au sommaire de ce mois-ci :

L’eau au Moyen-Orient – Etat des lieux

Le Jourdain, un lourd passé

Les problèmes de gestion des ressources dans chacun des 3 pays : Israël, Palestine, Jordanie.

Comment vit-on au Moyen-Orient sans eau ?
Imaginez-vous ouvrir le robinet et que rien ne coule…

La mainmise israélienne sur l’eau palestinienne
- Les accords d’Oslo et de Gaza-Jéricho (1994)
- Les puits et tuyaux, largeurs non autorisées
- Les settlements

Les relations hydropolitiques entre Israël et ses voisins (Turquie, Syrie, Liban, Jordanie)

Les projets de collaboration en cours

Conclusion :
Comment faire avancer le débat ?
Les quelques conseils que nous avons retenu…

Pour lire la newsletter n°4 d’Entre Deux Eaux dans son intégralité

C’est ici.

Mon avis

Un article très complet sur une question difficile de par sa dimension politique.
Émeline et Benjamin nous montrent leur professionnalisme. A lire avec application !

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mardi 21 avril 2009

Entre Deux Eaux : Pour ou contre les barrages ?

L’association Entre Deux Eaux nous propose son analyse des arguments pour ou contre les barrages.

Je ne pouvais, ni ne voulais trouver de titre plus détaillé sur cet immense débat qui anime autant les managers de l’eau que les politiques, les environnementalistes ou les populations. Suite aux commentaires laissés après notre newsletter N°3 , nous nous devions de faire un point sur ces Léviathan de l’architecture.

Le fonctionnement des barrages hydroélectriques

Tout commence au niveau de la retenue. Une certaine quantité d’eau est stockée par le barrage. Au contraire de ce que l’on croît, ce n’est pas l’étendue du lac qui augmente la pression mais la hauteur d’eau. Comme les plongeurs le savent, la pression de l’eau augmente de 1 bar tous les 10m. Par conséquent, pour un barrage d’une hauteur de 180 mètres, la pression à la base du barrage sera de 18 bars.

Il existe différents types de barrage. Les deux principaux sont les barrages poids qui sont constitués d’une digue, le plus souvent en béton, et sont situés dans des vallées larges, et les barrages voûtes, de montagne, dont la forme permet de s’adapter au relief. Les autres types de barrages portent des noms aussi barbares que contreforts ou multivoûtes, mobiles à aiguilles, mobiles à battant ou en remblais.

Les barrages les plus controversés

Barrage des Trois Gorges (Chine)
Non content d’être le plus grand barrage au monde, les Trois-Gorges est aussi le plus polémique. Au total, 2309,5 mètres de long, 185 mètres de haut, 10 milliards de mètres cubes et 32 turbines ont été nécessaires pour dompter le Yangtsé. Cependant, d’autres chiffres laissent plus pantois : déplacement de 2 millions de personnes, anéantissement de sites archéologiques et écologiques d’importance mondiale, corruption, violation massive des droits humains. La France a participé au projet à travers l’implication d’Alstom et BNP-Paribas, bénéficiant d’une garantie publique de la COFACE.

Barrage de Nam Theun 2 (Laos)
Ce barrage a été lancé par EDF en 2005 sur un affluent du Mékong. Il marque le retour des investissements de la Banque Mondiale dans les grands barrages puisque celle-ci s’était retirée de tout projet pendant une période de 10 ans (1993-2003) afin de rédiger les termes de référence que les nouveaux ouvrages doivent aujourd’hui respecter. Malgré l’approbation de l’institution financière, les opposants au projet, outre les conséquences sociales et écologiques, avancent l’argument selon lequel l’énergie produite par le barrage (1 070 MW) serait en majeure partie exportée vers la Thaïlande, imposant au Laos un risque financier pharaonique si son voisin venait à se désengager.

Barrage d’Ilisu (Turquie)
Le barrage sur le Tigre, s’inscrivant dans la lignée du GAP, engendrerait le déplacement de 78 000 personnes, dont une majorité de Kurdes, ainsi que des tensions possibles avec la Syrie et surtout l’Irak, en aval du fleuve. Rappelons par exemple que le remplissage de son voisin Atatürk avait entraîné une coupure totale du débit de l’Euphrate vers la Syrie pendant 1 mois. Ilisu est devenu l’emblème des campagnes anti-barrages puisque leur lobbying a entraîné le retrait du financement des agences de crédit à l’exportation allemande, autrichienne et suisse, suivis de près par Société Générale. Lors de notre visite au siège du GAP et de DSI, les personnes rencontrées nous ont cependant assuré la complétion du barrage dans les prochaines années. Affaire à suivre.

Les 7 recommandations majeures de la Commission Mondiale des Barrages

1-Obtenir l’accord informé des personnes affectées ;
2-Évaluer toutes les options possibles en amont du projet ;
3-Mener des évaluations participatives périodiques des barrages ;
4-Préserver les cours d’eau et les moyens de subsistance, en donnant la priorité à la maximisation des systèmes existants ;
5-Reconnaître les droits et partager les bénéfices, en mettant en place des mécanismes d’atténuation, d’indemnisation et de compensation;
6-Assurer l’application des normes en mêlant incitations et sanctions ;
7-Partager les cours d’eau pour la paix, le développement et la sécurité.

Ces 7 recommandations ont été approuvées par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement).

Les arguments POUR

Fonction de stockage et de régulation
De par leur retenue d’eau et la possibilité littérale d’ouvrir et de fermer les vannes, les barrages assurent la régulation des cours d’eau et par là-même la réduction des inondations et des crues. Ils permettent également de stocker l’eau pendant les périodes à forte pluviométrie et de la redistribuer lorsque le besoin s’en ressent.

Fonction de production d’électricité
L’hydroélectricité est une énergie propre puisque l’eau est restituée intégralement en aval du barrage et avec la même qualité que lors de son flux en amont. D’autre part, la production hydroélectrique n’entraîne aucune émission de gaz à effet de serre et est flexible dans la mesure où elle peut être régulée en fonction de la consommation.

Une énergie propre et renouvelable
L’hydroélectricité est une énergie propre puisque l’eau est restituée intégralement en aval du barrage et avec la même qualité que lors de son flux en amont. D’autre part, la production hydroélectrique n’entraîne aucune émission de gaz à effet de serre et est flexible dans la mesure où elle peut être régulée en fonction de la consommation.

Des possibilités de développement
Un barrage amène avec lui eau potable, irrigation, agriculture, usage industriel et autant d’espoirs pour les populations attenantes.

Les arguments CONTRE

La fragmentation écologique
De par leur hauteur, les barrages empêchent la migration d’espèces aquatiques, c’est ce qu’on appelle la fragmentation écologique. Afin de contrebalancer cet effet, des mécanismes ont été mis en place sur certaines infrastructures : les échelles à poissons ou même le transport par camion. Cependant, ces derniers restent limités en nombre autant qu’en efficacité.

Les inondations
En remplissant leurs réservoirs, ces énormes retenues d’eau inondent de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de km2.

Les déplacements de populations
Ce sont aussi des villages et des villes qui sont inondés. On estime qu’au XXème siècle, 40 à 80 millions de personnes ont été déplacées à cause des grands barrages. Les victimes se voient souvent recevoir de très maigres compensations, quand elles ne sont pas inégales. Sur le projet du GAP par exemple, les premières compensations versées étaient établies en fonction de la propriété terrienne, laissant les « sans-terres » turcs, encore plus désœuvrés, migrer vers des bidonvilles déjà surpeuplés.

L’évaporation
Qui dit barrage dit retenue d’eau et qui dit retenue d’eau dit évaporation. Et certains chiffres sont effarants. Prenons le barrage d’Assouan sur le Nil par exemple, l’évaporation représente 10km3 d’eau par an, soit 12 à 18% du cours du Nil.

Le bouleversement des régimes hydrologiques
Un barrage est une œuvre de l’homme, il va à l’encontre de la nature et bouleverse donc le débit naturel du cours d’eau, ayant des conséquences sine qua-non en aval sur le niveau des nappes, les zones humides, la sédimentation et la qualité de l’eau (dégagement de méthane). Les gros barrages retiennent non seulement l’eau, mais également les sédiments et les limons. L’eau est appauvrie biologiquement nécessitant l’usage d’engrais, l’érosion naturelle est bouleversée et la faune et la flore en subissent également les conséquences. D’autre part, les eaux de drainage ou de reflux sont souvent polluées par les engrais dispersés sur les cultures irriguées.

Stagnation des eaux et maladies
Les grandes quantités d’eau retenues ne sont pas toujours utilisées à court ou moyen terme. Certaines eaux stagnent dans ces lacs improvisés, devenant fertiles, par eutrophisation, au développement de maladies (bilharziose, paludisme) et de gîtes larvaires.
__ Investissements démesurés et fierté des Etats__
Mettre en place un système d’assainissement ne fait pas propre sur un programme électoral. Par contre, faire la course au plus grand barrage mondial, en y investissant des milliards de dollars pour que le monde en parle vient flatter l’égo de son promoteur. Les barrages sont souvent considérés comme la vitrine et le symbole de la puissance des Etats et de la domination des hommes sur la nature. Malheureusement, ils sont souvent agrémentés d’investissements démesurés et hâtifs, avec leur lot de corruption.

Pour plus d’information

Consultez l’article complet de Entre Deux Eaux.
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jeudi 5 mars 2009

Mal de mer

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En premier lieu, il y avait la mer.
En deuxième arriva le vent.
Et comme les éléments aiment se combiner, ils produisirent des vagues.
Avec la mer, le plancton, et avec le plancton, le poisson.
En dernier, débarqua l'homme.
Et comme l'homme aimait se déplacer et qu'il lui fallait se nourrir, il inventa le bateau pour dompter les vagues et la pêche pour attraper le poisson.
Mais comme tout cela n'était pas suffisamment compliqué, l'homme décida de cuisiner le poisson sur son bateau, tout en affrontant les vagues, la mer et le vent.
Mais les éléments, non contents de voir qu'un homme voulait s'imposer, se déchaînèrent...

Une très courte vidéo d’Entre deux Eaux.

Un restaurant de poissons à Istambul

Texte : Émeline - Entre deux Eaux.
Vidéo : Entre deux Eaux.

Mon avis

J’adore ! Les cuisiniers à Istambul ont le pied marin !
Merci à Emeline pour ce joli texte fait tout spécialement pour notre blog.

Pour plus d'informations sur les travaux d'Entre deux Eaux

Visitez le site de l'Association : http://entre2o.free.fr

lundi 2 mars 2009

Le Tigre & l’Euphrate, berceau des civilisations

Emeline Hassenforder et Benjamin Noury de l'association Entre deux Eaux nous adressent leur Newsletter n°3.


Vous vous rappelez du projet du GAP dont nous vous avions parlé dans un de nos précédents articles ? Mais si, ce grand projet de développement de l’Anatolie orientale entrepris par la Turquie dans les années 80, constitué de 22 barrages et 19 usines hydroélectriques. Eh bien nous avons sillonné la région afin de vous présenter les réalisations de ce projet à travers 11 photos. Au-delà de l’Anatolie ou de la Turquie ou même du Moyen-Orient, ces photos montrent à quel point de nombreux aspects sont liés à l’eau : social, culturel, économique, patrimonial, agricole…. En agissant sur l’eau, on peut modifier le climat, augmenter les revenus, réduire les disparités sociales, mais aussi, si l’on n’y prend pas garde, développer des maladies, rendre les sols inutilisables, enfouir des sites historiques.

Le barrage de Bireçik

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Commençons par le commencement : un barrage. Ici, le barrage de Bireçik sur l’Euphrate. Un barrage a généralement deux objectifs majeurs : le premier est de retenir l’eau afin de la redistribuer plus équitablement et ainsi d’éviter crues et sécheresses. Le deuxième est de produire de l’électricité grâce à une usine hydro-électrique implantée sur son flanc. Mais attention, tous les barrages n’ont pas les deux fonctions ! Certains ne servent qu’à la production électrique, en quel cas la quantité d’eau relâchée en aval du barrage est quasiment identique à la quantité d’eau arrivant en amont, puisque pour produire de l’électricité, il faut du courant. Dans notre prochain article, nous entrerons plus en détail dans le fonctionnement d’un barrage. D’autres, au contraire, servent principalement à la redistribution de l’eau. Ces barrages seront agrémentés de canaux et de sous-canaux en aval qui permettront d’une part l’acheminement de l’eau vers les villes et d’autre part, l’irrigation.

Les systèmes d’irrigation ouverts et fermés (Harran)

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Depuis le fleuve, l’eau passe donc par tout un tas de canaux de tailles de plus en petite ainsi que par des sortes de « portiques » qui permettent de réguler son arrivée et son stockage avant d’atteindre les champs. Cette photo a été prise dans la plaine d’Harran en Anatolie. Ces canaux sont à ciel ouvert, puisque semi-circulaires. Plus récemment, d’autres types de canaux appelés « systèmes d’irrigation fermés » ont été mis en place. Quelle est la principale différence entre les deux ? Eh bien, pour la population, elle est énorme. En effet, les canaux ouverts engendrent de nombreuses déconvenues :

1/ L’évaporation est très importante : en été, les températures régionales atteignent parfois les 50°C.
2/ L’équation qui est la terreur de vos vacances est aussi vraie pour l’irrigation : eau + chaleur = moustiques. Et les moustiques sont souvent malheureusement porteurs de mauvaises nouvelles : West Nile Virus, Encephalite, Dengue, Malaria et fièvre jaune.

Outre ces problèmes, d’autres apparaissent à la fois dans les systèmes ouverts et fermés :
1/ Le niveau de salinité et d’alcalinité croissant : lorsque l’eau est pompée en trop grande quantité, ces niveaux augmentent, et ont des conséquences néfastes sur les cultures. La solution : mettre en place des systèmes de drainage permettant l’évacuation des eaux.
2/ La mauvaise maintenance du réseau, entraînant des pertes importantes.

L’agriculture et le coton

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Mais les systèmes d’irrigation permettent surtout et avant tout…d’irriguer ! Pour les fermiers de la région, irrigation = récoltes, récoltes = revenus, revenus = accès à la scolarisation pour les enfants, aux systèmes de santé, à une plus belle maison, à une voiture, à de nouvelles machines… Ce cercle de croissance est tellement attirant pour les agriculteurs qu’il est difficile de les arrêter. Pendant longtemps, leur credo fut : « Plus nous irriguons, plus nous gagnerons d’argent ». Or, la culture la plus rentable est le coton. Si bien que 90% des fermiers se sont mis à cultiver du coton, certains obtenant jusqu’à 11 récoltes par an ! Problème : un agriculteur qui cultive du coton doit acheter ses fruits et légumes à un autre agriculteur et lorsque 90% d’entre eux cultivent du coton, la seule solution pour subvenir aux besoins alimentaires de tous devient d’importer. Pour un pays dont l’objectif, en créant des systèmes d’irrigation, était de devenir une puissance exportatrice, cela est intolérable. Le gouvernement turc a donc mis en place des subventions afin de rééquilibrer l’agriculture de la région. Aujourd‘hui, seulement 15% des agriculteurs cultivent du coton, respectant les « schémas de récoltes » (« crop patterns ») nationaux.

Les pompes frauduleuses

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Malgré les systèmes d’irrigation mis en place au niveau national, la tentation est grande de puiser directement dans les réserves afin d’irriguer son champ. Ainsi, nombre de pompes à eau frauduleuses se sont développées le long des canaux, des affluents et des rivières. Elles fonctionnent à l’aide d’un petit moteur qui permet de remonter l’eau sur les quelques mètres de dénivelé qui séparent le champ du cours d’eau. Il est difficile d’estimer leur nombre mais lorsque l’on considère que seulement 15% des projets d’irrigation du GAP sont réalisés, on imagine aisément leur démultiplication. Le problème est ici évident : tout ce qui est pompé en amont est autant d’eau qui n’est pas disponible en aval. Comment atteindre une répartition équitable de la ressource dans ces conditions ?

Eau des villes et eau des champs

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Au-delà de l’irrigation, l’eau des barrages sert également à alimenter en partie les villes en eau potable. (D’autres sources sont également utilisées à cet égard comme les nappes phréatiques, la désalinisation, l’importation, l’eau de pluie… mais cela est un tout autre chapitre que nous détaillerons dans un de nos prochains articles). L’eau est filtrée puis amenée jusqu’aux maisons et aux points d’eau potable publics. En France, nous avons les fontaines grâce à ce cher Wallace, ici, ce sont des petits robinets, annoncés par des panneaux de signalisation et agrémentés de gobelets en plastique. Sur la photo, un point d’eau à Alep (Syrie). Les villages n’ont pas toujours cette chance d’avoir de l’eau filtrée et dans certaines régions, l’eau est amenée directement du fleuve au robinet. Nous avons testé et sommes tous les deux tombés malades. L’eau de l’Euphrate, on vous déconseille ! Ou alors, penser à se rapprocher au maximum de la source…

De l’eau chaude par panneaux solaires

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Et pour avoir de l’eau chaude ? Rien de plus simple ! C’est ce qui nous a frappé en premier lieu en arrivant dans la région : les toits sont surchargés par trois habitants insolites mais non moins utiles : la parabole, le réservoir d’eau et les panneaux solaires. L’eau est acheminée jusqu’au toit des immeubles par un système de pompes puis stockée dans ces réservoirs multicolores. Grâce à un système de tuyaux, elle passe ensuite à l’intérieur du cadre des panneaux où elle est réchauffée par l’énergie solaire. La localisation sur les toits permet ensuite aux habitants d’avoir de l’eau chaude et sous pression pour leur usage quotidien.

Aziz et Farida (Sanliurfa)

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Aziz et Farida sont kurdes. Ils habitent à Sanliurfa, juste au nord des plaines d’Harran. Tout comme la majorité des habitants ici, ils ont une grande famille : 9 enfants et 34 petits-enfants. Ils vivent bien, dans leur maison au cœur de la ville : non seulement ils ont l’électricité et l’eau chaude, mais aussi le téléphone portable, le câble et internet. Ils y a quelques années, il n’y avait pas autant de confort dans la région mais grâce aux barrages et aux usines, les villes ont pu être approvisionnées en eau potable et en électricité. De façon concomitante, la population s’est développée et s’est déplacée : qui pour aller chercher du travail, qui une école ou une université, qui des systèmes de santé. Les routes ont été goudronnées, facilitant les échanges et le commerce, et des aéroports ont été construits, amenant investisseurs et touristes. Les villes se sont agrandies, les sites touristiques ont été mis en avant et des hôtels ont ouvert leurs portes. Grâce à cela, Aziz et Farida ont certes perdu de leur tranquillité, mais ils ont aussi ouvert une maison d’hôtes afin d’accueillir les touristes et de gagner leur vie. Farida ne sait ni lire ni écrire mais tous ses petits-enfants vont à l’école. Avec le développement de la région, c’est la vie de tous les jours de ces personnes qui a changé.

Simple bémol, au cours d’une discussion avec Aziz. Nous essayons (tant bien que mal) de le sensibiliser à la nécessité de préserver les ressources, et particulièrement en eau.
- « Vous savez, avec une population croissante à ce rythme, il va falloir faire attention aux ressources, ou vos petits-petits-enfants risquent d’avoir des difficultés à s’approvisionner en eau et en nourriture. »
- « Non, pas de problème. Si nous travaillons dur, Allah nous donne tout ce dont nous avons besoin. Ma famille a toujours travaillé donc Allah veille sur nous. »

Comment argumenter ? La différence de vision est phénoménale. Autant le développement économique, agricole, social peut être rapide, autant le changement de mentalités prend parfois plusieurs décennies.

Les centres d’éducation pour les femmes ou ÇATOMs

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Afin d’accélérer ce processus de changement des mentalités et des conditions sociales, certains projets ont été mis en place dans le cadre du GAP. Les ÇATOMs sont l’un d’entre eux. En anglais « Multipurpose Community Centers », leur objectif est la formation des femmes. Ils sont localisés dans les zones les plus désavantagées d’Anatolie et proposent des programmes de formation classiques (lecture/écriture, informatique, éducation mère et enfant, contrôle des naissances, santé,…) ou vocationnels (couture, coiffure, broderie, artisanat,…). Grâce à ces centres, des milliers de femmes ont déjà reçu des formations et certaines ont même ouvert leur propre business. Mais le travail de l’équipe des ÇATOMs ne s’arrête pas à l’éducation. Avant cela, il faut convaincre les femmes, et surtout leurs maris, de les laisser fréquenter l’établissement. Car dans la tradition, la femme n’a pas besoin de savoir lire ou écrire pour s’occuper des enfants, de la maison et de la cuisine. C’est en leur expliquant qu’une bonne hygiène permet de limiter les frais de santé ou qu’une formation leur permettra de rapporter plus d’argent au foyer que les salariés et les bénévoles des ÇATOMs arrivent à remplir leurs classes et leur mission.

Un patrimoine culturel et historique sous les eaux (Zeugma)

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Qui se rend dans la région d’Anatolie orientale entend forcément parler de Zeugma. Zeugma est un site historique rassemblant des mosaïques datant du IIIème siècle avant JC au XIème siècle. Après le remplissage du barrage de Bireçik en 2000, le site s’est retrouvé sous les eaux. Grâce à la pression et au lobbying d’organisations internationales et d’associations, une campagne urgente d’excavation des mosaïques a été entreprise juste avant l’inondation. Tout n’a pas pu être sauvé, mais les pièces majeures sont aujourd’hui présentées dans un musée à Gaziantep.

Le combat des environnementalistes : sauver Hasankeyf ! (le Tigre)

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Le destin de Zeugma n’est pas unique en son genre : le même sort menace aujourd’hui le site d’Hasankeyf avec le barrage d’Ilisu. Située sur les bords du Tigre, la ville d’Hasankeyf abrite des centaines de maisons troglodytes et de trésors d’architecture et d’histoire. Malheureusement ou heureusement, en fonction du point de vue sous lequel on se place, un projet de barrage est programmé en contrebas. Afin de bloquer les financements internationaux et d’informer l’opinion publique, une campagne de sensibilisation a été lancée par diverses parties sous le nom d’ « Ilisu Dam Campaign » (Campagne du barrage d’Ilisu). Un site a cependant déjà été prévu afin de relocaliser les habitants et un budget débloqué pour l’excavation des ruines. Alors les barrages, bien ou mal ? Comme dans les dissertations que nous faisions au collège, il y a les barrages : pour, contre et mais. D’un côté, dompter des fleuves comme le Tigre et l’Euphrate n’est pas une mince affaire et la construction d’infrastructures gigantesques est nécessaire si l’on veut irriguer et développer. D’un autre côté, les barrages entraînent nécessairement l’inondation de villes et de sites et des conséquences importantes sur l’environnement (érosion, sédiments…). Le mot clé est, je pense, coordination. En faisant travailler les différents acteurs ensemble (associations, gouvernements, fermiers, organisations…), il est possible de trouver un arrangement, reste à savoir le prix que chacun est prêt à payer.

Les données topographiques : le Tigre et l’Euphrate

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Afin de prendre la mesure de ces géants du Moyen-Orient, quelques donnée chiffrées semblent nécessaires : Longueur de l’Euphrate : 2330 km
Longueur du Tigre : 1850 km
Source : Hauts plateaux anatoliens en Turquie orientale
Embouchure : Golfe Arabo-Persique
Etendue du bassin de l’Euphrate : 444 000 km2
Etendue du bassin Tigre-Euphrate : 784 000 km2
Population : 40 millions d’habitants

Cette photo a été prise à Bireçik, en aval du barrage, sur les bords de l’Euphrate.

Pour vous montrer tout ce que l’eau peut apporter de joies et de déceptions, de richesses et de pauvretés, d’espoir et d’abandon, il nous aurait fallu bien plus que 11 photos. Cependant celles-ci donnent déjà un aperçu des possibilités illimitées de cette ressource vitale. Vous pouvez consulter le reste des photos, des articles et des films sur notre site internet http://entre2o.free.fr

Pour notre prochaine newsletter, en avril, nous nous enfoncerons un peu plus dans les méandres de la géopolitique avec le bassin du Jourdain : les sources de tension, l’état catastrophique de la Mer Morte, la situation des habitants en Jordanie, Israël et Palestine et leur vie de tous les jours face à cet état de tension et à des ressources toujours plus tiraillées.

E2E
http://entre2o.free.fr
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Mon avis

Emeline et Benjamin nous offrent ici encore un très bon article. Il est une autre conséquence des barrages qu'il faut souligner : l'impact sur de nombreuses populations chassées de leur lieu de vie et qui, bien souvent tombent dans la misère, n'étant pas soutenues par ceux qui les ont chassés. Mais peut être n'est-ce pas le cas pour le GAP. J'en doute... J'aimerai que ce problème soit abordé par Emeline et Benjamin dans la suite de leur travail.

Évidemment, l'approvisionnement en eau est un point capital, souvent pour la survie. Mais les grands barrages et les aménagement gigantesques sont-ils la seule solution ? Je suis sûr que non !

La lutte contre les inondations est avancée comme argument de poids pour justifier les aménagements. Mais n'aurait-il pas fallu tenir compte des zones inondables dans la gestion de l'urbanisation (si gestion il y a...) ? Oui bien entendu et ce n'est souvent pas le cas.

Le développement de l'agriculture d'irrigation est dramatique. Au niveau écologique mais aussi sociologique car les monocultures d'exportations ne nourrissent pas les population qui va bien souvent s'endetter et ne plus pouvoir subvenir à ses besoins.

En ce qui me concerne, pour résumer, les aménagements de grande envergure me paraissent comporter bien plus d'inconvénients que d'avantage. Ils sont promus pas une minorité qui en tire bénéfice. La population aurait bien plus d'avantages avec une gestion douce et respectueuse des fleuves et rivières. Ici aussi, je pense qu'Entre deux eaux pourra nous en apprendre par leur vision du vécu sur le terrain.

Pour plus d’information

Allez sur le site d'Entre deux eaux
Regardez leurs photos souvent magnifiques.
Et aussi leurs vidéos très instructives.

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