Les réserves de production excédentaire pourraient disparaître en
2012, et la pénurie s’installer dès 2015 avec un déficit pouvant
approcher les 10 millions de barils/jour, selon une étude du « Joint
Forces Command » de l’armée américaine. « Bien qu’il soit difficile
de prévoir précisément les conséquences économiques, politiques et stratégiques
de cette pénurie, elle réduirait certainement les perspectives de croissance, à
la fois dans le monde développé et émergent. Un tel ralentissement économique
exacerberait d’autres tensions irrésolues, entrainerait les états fragiles et
faibles sur le chemin de l’effondrement, et aurait peut-être de sérieuses
conséquences économiques pour la Chine et l’Inde, » avertissent les
militaires américains.

Par Terry Macalister, Guardian, 11 avril 2010, traduction JCC pour
Contre Info
L’armée américaine a averti que la capacité de production excédentaire de
pétrole pourrait disparaitre d’ici 2 ans, et qu’il pourrait y avoir de graves
pénuries d’ici à 2015, ayant des conséquences économiques et politiques
significatives.
Cette crise énergétique, pointée par le rapport « Joint Operating
Environment » du « Joint Forces Command » américain, intervient
alors que le prix de l’essence en Grande Bretagne atteint des niveaux record et
que l’on prévoit un cours du brut à 100 dollar le baril dans un avenir
proche.
Le rapport - préfacé par le général James N. Matis - précise qu’en 2012, la
capacité de production excédentaire pourrait complètement disparaitre et, dès
2015, le déficit de production avoisiner les 10 millions de barils/jour
(N.d.t : la production est actuellement les 85 millions de
barils/jour).
Il ajoute : « Bien qu’il soit difficile de prévoir précisément les
effets économiques, politiques et stratégiques d’un tel déficit, il réduira
certainement les perspectives de croissance, à la fois dans le monde développé
et émergent. Un tel ralentissement économique ne ferait qu’aggraver d’autres
tensions non résolues, précipiter l’effondrement de pays fragiles et pourrait
provoquer de graves répercussions sur la Chine et l’Inde. »
L’armée américaine indique que ses prévisions ne peuvent être considérées
comme la politique du gouvernement des États-Unis mais admet qu’elles sont
censées fournir au « Joint Forces Command » une « base
intellectuelle sur laquelle construire les développements futurs des forces
armées ».
Cet avertissement est le dernier d’une série émanant du monde entier,
transformant le pic pétrolier - le moment où la demande dépasse l’offre - en un
risque plus immédiat et non une menace lointaine.
Le rapport Wicks sur la politique énergétique du Royaume-Uni publié l’été
dernier avait rejeté ces craintes, mais Lord Hunt, le ministre de l’énergie
britannique, a rencontré des industriels préoccupés par la question il y a deux
semaines, signe qu’il change rapidement d’avis sur la gravité du problème.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE), basée à Paris, reste confiante
concernant les risques de pénurie de pétrole à court terme, mais en privé,
certains hauts fonctionnaires ont admis qu’il existe un profond désaccord
interne sur cette position optimiste.
L’approvisionnement futur en carburant est d’une importance critique pour
l’armée américaine, qui est considérée comme le plus gros consommateur au
monde. Le directeur général de BP, Tony Hayward, a récemment déclaré qu’il y
avait peu de chances que le brut lourd extrait des sables bitumineux du Canada
soit interdit aux États-Unis car l’armée américaine préfère les
approvisionnements locaux plutôt que d’avoir à compter sur un Moyen-Orient
politiquement instable.
Il y a des signes montrant que le Département américain de l’énergie
pourrait également changer sa position sur le pic pétrolier. Dans une récente
interview avec le journal français "Le Monde", Glen Sweetnam, conseiller
principal sur le pétrole de l’administration Obama, a admis que « la
possibilité d’un déclin » de la production mondiale de carburants liquides
entre 2011 et 2015 existe en l’absence d’investissements suffisants.
Lionel Badal, étudiant de troisième cycle au Kings College de Londres, qui a
effectué des recherches sur les théories du pic pétrolier, considère que le
rapport de l’armée américaine amplifie le débat.
« Il est étonnant de constater que l’armée américaine, à la différence
du ministère américain de l’énergie, mette publiquement en garde contre une
pénurie majeure de pétrole à court terme. Cependant, il serait intéressant de
connaitre l’information sur laquelle est basée cette étude »,
s’interroge-t-il.
« L’Energy Information Administration (organisme relevant du
département de l’énergie) indique depuis des années que le pic pétrolier n’est
prévu que dans « plusieurs décennies ». Compte tenu du rapport du
« Joint Forces Command » américain l’EIA est-elle toujours confiante
dans ses précédentes conclusions très optimistes ? »
Le rapport « Joint Operating Environement » dépeint un sombre
tableau de ce qui peut arriver en périodes de graves difficultés économiques.
« Nous ne devons pas oublier que la Grande Dépression a engendré un
certain nombre de régimes totalitaires, lesquels ont recherché la prospérité
économique de leur pays par la conquête brutale », souligne-t-il.
Source : Contre Info.
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Depuis le temps que certains écologistes le disent, si maintenant l'armée
américaine s'y met...