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mardi 23 octobre 2018

L'état criminalise les luttes

Notre Dame des Landes : les forces armées délogent les zadistes, détruisent les lieux de vie et les systèmes alternatifs au capitalisme et au productivisme.
L'état et le département rèvent d'imposer une agriculture intensive et industrielle conforme au modèle dominateur.

Bure : violences policières, répression, perquisitions, surveillance permanente, jugement d'un journaliste sans l'avoir informé de son procès.

Ces deux cas emblématiques et médiatisés mais ils illustrent la manière dont l'état accentue la répression envers les militants. Ils montrent comment les luttes environnementales et sociales sont criminalisées par un pouvoir politique et juridique de plus en plus violent et intolérant.
Autre exemple très récent à Marseille, où La Plaine s’embrase contre la coupe des arbres (voir l'article de Reporterre).

Les vendeurs de grenades en tout genre reçoivent des commandes publiques d'un montant effrayant et scandaleux.
Les militants, les manifestants, eux, pansent leurs plaies. certains ont perdu la vie, d'autres voient leur avenir bouleversé par l'amputation d'une partie de leur corps. Les blessés plus,ou moins graves ne se comptent plus et dans certains cas ce sont des passants, des personnes qui n’eurent pour tort que de se trouver là, au mauvais moment qui se retrouvent victimes des violences dont nos irresponsables politiques sont coupables.

Hé non il ne fait pas bon être lanceur d'alerte, militant, journaliste engagé. Il est maintenant très risqué de s'opposer au système qui nous amène dans le mur.

Rien de surprenant dans tout cela. Si vous en doutez, lisez donc les ouvrages de Hervé Kempf, par exemple "Comment les riches détruisent la planète" ou "Tout est prêt pour que tout empire".
Une autre lecture éclairante qui annonce un futur de plus en plus répressif et violent : les ouvrage de Denis Meadows dont les travaux furent conduits à l'initiative du club de Rome dans les années 70.

Ce lundi 22 octobre, cinq personnes, dont une journaliste de Reporterre, blessées lors de l’évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes par la grenade GLI-F4, demandent au tribunal administratif de Nantes de nommer des experts. L’enjeu : déterminer le lien de cause à effet entre les grenades explosives et leurs blessures. Cette étape est un préalable à une action juridique contre l’État.
Lire l'article sur le site Reporterre.

Que les luttes continuent !



jeudi 31 août 2017

Yves Cochet annonce l'effondrement imminent


La dernière fois que j'ai vu Yves Cochet en conférence au salon Marjolaine, il nous faisait part de sa conviction que l'avenir de l'humanité est bien sombre, fait d'épidémies, de famines et de guerres, sur fond d'épuisement des ressources matérielles et énergétiques.

Le journal Libération a récemment publié (ici) un texte de l'ancien parlementaire écologiste (Les Verts).
L'ancien ministre de l'environnement y dresse un tableau bien noir. Pour lui l'effondrement est imminent, "possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030", selon lui "la période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu'aura connu l'humanité en si peu de temps." Cochet affirme que seul un crash mondial, l'effondrement, permettra à la moitié survivante de l'humanité de sortir de la croyance générale dans le libéral-productivisme.

L'évidence est que peu d'oreilles sont et seront attentives à cette alerte. Dans les années 70, l'équipe Meadows envisageait déjà ce scénario, le pire de tous, qu'il était relativement aisé d'éviter à l'époque. La dernière actualisation de l'étude initialement réalisée pour le Club de Rome montrait qu'il était encore possible de réduire l'ampleur de la secousse mondiale à venir. Yves Cochet présente un scénario digne des pires films d'anticipation montrant un monde de chaos.

Je reproduis ci-après le texte de l'article de Libération.

De la fin d’un monde à la renaissance en 2050
Par Yves Cochet, Ancien ministre de l'environnement, président de l'institut Momentum — 23 août 2017 à 17:06

Il y a trente-trois ans naissaient Les Verts, première organisation unifiée de l’écologie politique en France. Jusqu’à aujourd’hui, les représentants de ce parti, puis ceux de son successeur EE-LV, ont rempli presque tous les types de mandats aux fonctions électives des institutions républicaines. Pour rien, à peu de choses près. Sous l’angle écologique de l’état géo-bio-physique de la France - de l’Europe et du monde - avouons que l’état de santé de ces territoires ne cesse de se dégrader par rapport à celui de 1984, comme le montrent à l’envie les rapports successifs du Giec, du PNUE, du Programme géosphère-biosphère et autres publications internationales alarmistes les plus récentes. Sous l’angle social et démocratique, le constat est du même ordre : creusement des inégalités, accroissement de la xénophobie, raidissement des régimes politiques. Initialement munis d’une immense générosité intellectuelle et porteurs de la seule alternative nouvelle à la vieille gauche et à la vieille droite, les écologistes politiques ont aujourd’hui presque tout perdu, même leurs sièges. Ils apparaissent périmés, faute d’être présents au réel. Celui-ci a beaucoup changé depuis trente-trois ans, particulièrement par le passage du point de bascule vers un effondrement global, systémique, inévitable. Jadis, inspirés par le rapport Meadows ou les écrits de Bernard Charbonneau, René Dumont et André Gorz, nous connaissions déjà les principales causes de la dégradation de la vie sur Terre et aurions pu, dès cette époque et à l’échelle internationale, réorienter les politiques publiques vers la soutenabilité. Aujourd’hui, il est trop tard, l’effondrement est imminent.

Bien que la prudence politique invite à rester dans le flou, et que la mode intellectuelle soit celle de l’incertitude quant à l’avenir, j’estime au contraire que les trente-trois prochaines années sur Terre sont déjà écrites, grosso modo, et que l’honnêteté est de risquer un calendrier approximatif. La période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécue l’humanité en si peu de temps. A quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050).

L’effondrement de la première étape est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030. Une telle affirmation s’appuie sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens d’une rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement mondial dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin. La seconde étape, dans les prochaines années 30, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en Ile-de-France en 2035 ?) et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains restes de la civilisation thermo-industrielle, un peu de la même façon que, après 1348 en Europe et pendant des décennies, les survivants de la peste noire purent bénéficier, si l’on peut dire, des ressources non consommées par la moitié de la population qui mourut en cinq ans. Nous omettrons les descriptions atroces des rapports humains violents consécutifs à la cessation de tout service public et de toute autorité politique, partout dans le monde. Certains groupes de personnes auront eu la possibilité de s’établir près d’une source d’eau et de stocker quelques conserves alimentaires et médicamenteuses pour le moyen terme, en attendant de réapprendre les savoir-faire élémentaires de reconstruction d’une civilisation authentiquement humaine. Sans doute peut-on espérer que s’ensuive, autour des années 50 de ce siècle, une troisième étape de renaissance au cours de laquelle les groupes humains les plus résilients, désormais privés des reliques matérielles du passé, retrouvent tout à la fois les techniques initiales propres à la sustentation de la vie et de nouvelles formes de gouvernance interne et de politique extérieure susceptibles de garantir une assez longue stabilité structurelle, indispensable à tout processus de civilisation.

Ce type de sentences aussi brèves qu’un slogan peuvent entraîner une sensation de malaise chez le lecteur qui viendrait à se demander si la présente tribune n’est pas l’œuvre d’un psychopathe extrémiste qui se vautre dans la noirceur et le désespoir. Au contraire, débarrassés d’enjeux de pouvoir et de recherche d’effets, nous ne cessons d’agir pour tenter d’éviter la catastrophe et nous nous estimons trop rationnels pour être fascinés par la perspective de l’effondrement. Nous ne sommes pas pessimistes ou dépressifs, nous examinons les choses le plus froidement possible, nous croyons toujours à la politique. Les extrémistes qui s’ignorent se trouvent plutôt du côté de la pensée dominante - de la religion dominante - basée sur la croyance que l’innovation technologique et un retour de la croissance résoudront les problèmes actuels. Si notre prospective est la plus rationnelle et la plus probable, reste à en convaincre les militants d’EE-LV, les Français et tous nos frères et sœurs en humanité. La dissonance cognitive de nos sociétés empêche que ceci soit possible en temps voulu. Cependant, les orientations politiques déduites de cette analyse deviennent relativement faciles à décrire : minimiser les souffrances et le nombre de morts pendant les décennies à venir en proposant dès aujourd’hui un projet de décroissance rapide de l’empreinte écologique des pays riches, genre biorégionalisme basse-tech, pour la moitié survivante de l’humanité dans les années 40. Autrement dit, profiter de la disponibilité terminale des énergies puissantes et des métaux d’aujourd’hui pour forger les quelques outils, ustensiles et engins simples de demain (les années 30), avant que ces énergies et ces métaux ne soient plus accessibles. Sans surprise, hélas, notre perspective générale ne semble pas encore partagée par la majorité des écologistes qui tiennent leurs Journées d’été européennes à Dunkerque. Ainsi, la plénière finale du samedi 26 août est-elle en partie consacrée au «développement industriel» en Europe. Un élan vers le pire.


Yves Cochet.

mercredi 2 août 2017

Dépassé !

On en parle beaucoup aujourd'hui. Tant mieux si cela peut faire progresser la prise de conscience que l'humanité détruit la planète et se détruit elle-même.
Vous l'aurez compris, j'évoque le dépassement des capacités de la biosphère.


L’ONG Global Footprint Network calcule chaque année la date où l'humanité a "consommé" tout ce que la planète produit.

La méthode de calcul est régulièrement contestée, probablement en partie à raison. Comment faire une telle mesure ?
Evidemment c'est approximatif, sans doute faux. Mais en faisant le calcule de la même manière chaque année, on peut mesurer l'évolution. Et chaque année, le « Earth overshoot day » arrive plus tôt.
Cette année, c'est aujourdhui, le 2 Aout. L'année dernière c'estait le 8, en 2015 c'était le 13.
Le graphique qui suit montre son évolution dans le temps :


Que certains contestent, se mettent la tête dans le sable, de bonne foi ou par intérêt, cela importe peu. Nous détruisons encore et toujours avec plus d'avidité et de rapidité.
C'est maintenant un lieu commun que de dire, d'écrire, qu'il serait intenable que l'humanité tout entière vive comme nous le faisons dans les pays industrialisé.
Combien de planètes faudrait-il ?


Non seulement c'est un lieu commun, mais on s'en fiche.
On s'en fiche parce que cela fait déjà un bon moment que l'humanité consomme davantage que ce que la planète peut fournir de manière soutenable. C'est à dire renouvelable
Donc nous allons de plus en plus vite vers l'épuisement des ressources, les tensions, les conflits, les guerres pour la survie.

Comme l'a montré l'équipe de Denis Meadows (voir leur livre ici) depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, l'effondrement se profile. Il n'est maintenant plus possible de l'éviter mais peut être uniquement d'en atténuer les effets.

Mais bon, à force de le dire, d'essayer d’influer même à notre petite échelle, et souvent de se décourager et d'abandonner, malheureusement il faut se rendre à l'évidence, rien n'y fait, l'humanité va de plus en plus rapidement vers le mur.

Le WWF nous engage à agir à notre niveau. Soit, c'est important mais aucunement suffisant. Comment oublier les politiques, les multinationales, le capitalisme !

Souvent les articles sur le sujet tentent de trouver quelque espoir, quelques signes encourageants. Je vous laisse vous y reporter pour positiver...

Quelques articles

Dans Le Monde.
Dans Libération.

samedi 24 décembre 2016

Le point de vue de Gaël Giraud, Chef économiste de l'AFD

Je ne suis pas fan du cursus de Gaël Giraud, pas fan de l'afd...

Reste que le contenu de cette vidéo me parait très sensé.

Pensons y : "si nous ne faisaons rien..."
Hé bien c'est très claie, NOUS NE FAISONS RIEN.
Ou si peu que c'est pareil, alors à quand l'effondrement, 2020 (c'est demain !) ? 2050 ?

Sur Denis Meadows et son livre, lisez mon billet ici.


jeudi 1 décembre 2016

Se libérer du superflu (vers une économie de post-croissance)


Auteur : Niko Paech
Editeur : Rue de l’échiquier
Collection : Initial(es) DD
ISBN : 978-2-37425-057-1

Quatre ans après sa parution en Allemagne, Rue de l’échiquier nous propose la traduction française de l’ouvrage de Nico Paech, sous le titre « Se libérer du superflu (vers une économie de post-croissance) ».
Paech, économiste enseignant le développement durable à Berlin, y analyse la société occidentale consumériste et en démontre le caractère insoutenable.
L’intention est posée dès la première page : faciliter la rupture avec un modèle de développement mondialisé qui dépend de la croissance économique, où la consommation et la mobilité pillent les ressources naturelles de notre planète dont l’écosphère est à bout.
Alors que l’effondrement guette la population mondiale toujours insatisfaite de sa vaine quête du bonheur par la possession matérielle, Paech esquisse les contours d’une société post-croissance.

L’Europe et la croissance
Par un constat sans appel, l’économiste explique que la politique européenne pousse à un mode de vie sans frontières, à la mobilité des personnes et des biens et à la suppression de toutes les barrières institutionnelles et géographiques. La consommation accrue de bien matériels entraine l’endettement individuel comme celui des nations, créant un cercle vicieux où la croissance appelle elle-même à la croissance. La machine infernale de la croissance matérielle nous alimente en objets et en mobilité dans une société d’abondance basée sur le pillage des ressources.

Un modèle de société destructeur
Ce bien sombre tableau, si pourra paraitre bien connu au militant écologiste, est remarquablement analysé par Niko Paech qui démonte les rouages destructeurs de notre « ère de progrès indéfini » et infini. Marchés financiers, division mondiale du travail (spécialisation des tâches et délocalisation), illimitation physique, innovation et progrès technique, consommation croissante d’énergie sont les moteurs de notre vie occidentale qui se voudrait toujours plus facile et dénuée d’effort physique. Le travail humain s’y trouve de plus en plus virtuel et symbolique. Sa valeur est de plus en plus abstraite. Notre modèle de richesse dévalorise le travail manuel et pille les ressources en tous lieux de la planète dans sa course aux objets et « prestations de haute intensité en savoir » qui ne manqueraient à personnes si elles n’avaient pas été inventées.

Quelles limites acceptables ?
Face à cette situation déplorable, l’auteur pose la question des limites matérielles au sein desquelles un individu peut s’épanouir de manière responsable. Ramenant la problématique au réchauffement climatique qui en résulte, Niko Paech fait sienne la limite de 2,7 tonnes de CO2 par habitant et par an qui devrait, s’il peut encore l’être limiter le réchauffement 2°C. Pour y parvenir, les solutions proposées ont pour but de revenir à une dimension humaine et de ré-encastrer le système économique dans l’écosphère en délaissant les technologies high-tech, en réduisant la mobilité e la dépendance à l’argent en faisant d’avantage les choses par nous même.
Alors qu’un citoyen allemand émet en moyenne 11 tonnes de CO2 par an, on mesure l’ampleur de la tâche à accomplir…

La croissance verte, notre sauveur ?
Détracteur du marketing et de la croissance verte, Paech en démontre les effets rebonds matériels, financier, psychologiques et politiques ; il dénonce avec force d’arguments la duperie que constituent les fausses solutions technologiques que l’industrie nous propos pour faire perdurer son business en le verdissant.

La croissance appelle la croissance
Si, comme moi, vous avez lu (dans la même collection) l’ouvrage de Denis Meadows, « les limites à la croissance dans un monde fini », (lire ici), vous aussi êtes probablement convaincus qu’une croissance perpétuelle est impossible. Le livre de Niko Paech apporte un éclairage théorique intéressant comme dans ce court et chapitre de cinq pages qui expliquent de manière évidente les contraintes structurelles et culturelles de la croissance. Prenant un exemple très simple, Niko Paech nous montre comment la croissance appelle à la croissance dans une société basée sur l’argent, qui, pour perdurer, nécessite un profit en perpétuelle augmentation.

En quête du bonheur
A ce stade du livre, le moins que je puisse dire est que le moral est bas. Il y a de quoi être désemparé face à l’exposé et à l’analyse de notre mode de vie occidental présenté par Paech où bon nombre d’entre nous se retrouveront. Paech ne caricature pas, ou peu : « nous passons notre vie à rechercher des biens, les identifier, les comparer, les vérifier, les acheter, les recevoir et les stocker – sans parfois même avoir l’occasion de les utiliser. » « Nous ne connaissons plus le calme… l’extrême superficialité des activités qui ne rend personne heureux… nous sommes libres… Mais c’est justement cette liberté qui devient facteur de stress - quelle ironie. »
Il cite la question du philosophe Pascal Bruckner : « Comment savoir si l’on est heureux ? Qui fixe la norme ? » Paech ne répond pas mais nous oriente vers la libération du superflu pour nous délester de ce fardeau qui nous vole du temps en nous rapportant si peu. Ainsi nous empruntons une voie plus sûre se jouant du pick-oil et de la crise financière à venir en nous préparons à une économie de post-croissance très largement démondialisée.

Des pistes vers une économie de post-croissance
Le livre poursuit et se termine comme il se doit par une partie bien plus positive et revigorante. Les pistes vers la post-croissance sont esquissées. Elles ne sont pas nouvelles mais bien résumées : il s’agit de désindustrialiser et de développer des pratiques de subsistance. De quoi retrouver le goût des choses simples et le temps de les apprécier avec une qualité de vie accrue.
S’il dresse les contours d’une politique post-croissance, Paech nous enjoint à agir à notre niveau afin de mettre en route le changement social indispensable préalable à tout changement politique. En d’autres mots, n’attendons rien de nos élus tant que nous n’aurons pas nous même changé la société.

Alors qu’attendons-nous ?
Dans sa conclusion résolument optimiste, Paech nous promet un « bonheur éclairé au bout du chemin de la post-croissance et termine sur ces trois mots « Alors qu’attendons-nous ? » Mon sentiment personnel n’est pas de toute gaité, suscité par l’équipe Meadows dont les travaux, dans leur dernière actualisation, annoncent de gros chocs dans l’effondrement à venir. Paech et Meadows partagent le point de vue qu’il n’est pas trop tard, nous avons (encore) le choix pour en limiter la rudesse. Nul doute que de bifurquer vers la post croissance constitue la bonne voie. Puisse l’excellent ouvrage de Niko Paech éveiller suffisamment de consciences et nous amener à changer nos comportements.

Avec ce livre, Rue de l’échiquier renforce sa prestigieuse collection « Initial(es) DD » qui me procure titre après titre, de beaux moments de lecture.

Pour aller plus loin

Lire le quatrième de couverture
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jeudi 27 novembre 2014

Dernière alerte, 40 ans après "Les limites de la croissance"

Cet intéressant documentaire retrace l’aventure de l’équipe de Denis Meadows qui travaille depuis plus de 40 années maintenant sur la soutenabilité du monde et de la croissance.

Je vous parlais il y a plusieurs années maintenant du dernier livre de Denis Meadows (voir mon billet ici) alors que sa traduction en français était publiée. Pour le lecteur et fan que je suis de cet ouvrage, ce documentaire apport un complément appréciable sur la genèse du club de Rome et sur la démarche de l’équipe Meadows.

Le contraste est saisissant entre les jeunes hommes et femme qui débutèrent leurs travaux en 1970 et les personnes d’âge mur qu’ils sont maintenant. L’idéalisme ou la naïveté de certains est évidente. La conviction de tous l’est aussi. Comment ne pas être admiratif devant tant de constance, en particulier celle de Denis Meadows qui continue ses conférences et interventions afin d’informer les public, ses représentants et les institutions internationales. Comment ne sont-ils pas atteints de désespérance devant tant d’inertie, d’insouciance, de volonté délibérée de ne rien faire et à faire perdurer un système capitaliste, productiviste et pseudo-démocratique si destructeur ?

Les preuves du drame s’accumulent sous formes de rapports et d’études scientifiques divers. Ce qui est vrai ici pour la croissance matérielle et de devenir de la planète et de l’humanité l’est tout autant pour la question climatique où l’on voit que plus les rapports sont alarmants, ceux du GIEC notamment, plus les conférences mondiales et les engagements des nations perdent en contenu et en valeur. Pour couronner le tout les politiques voudraient nous faire croire qu’il agissent dans le bon sens alors qu’il ne font qu’aggraver la situation et les problèmes. Tout cela est extrêmement grave et les mouvements citoyens tels qu’ils existent actuellement ne semblent pas en mesure de changer les choses.

Il y a 40 ans l’équipe Meadows savaient qu’il était facile d’éviter un effondrement mondial. Dans les années 90 alors qu’ils effectuaient la mise à jour des 20 ans de leurs travaux, ils savaient que l'humanité avait déjà dépassé les capacités de la planète mais qu’il était encore assez facile de ramener le monde en territoire soutenable.
En 2004, pour la mise à jour des 30 ans (le livre publié en français en 2012) et plus encore maintenant en 2014 alors que plus de 40 ans ont passé, le constat m’apparait clair. Si Meadows ne se montre pas très pessimiste, il me semble qu’il sait pertinemment que les actions qui seraient maintenant mises en œuvre ne pourraient lus maintenant que prétendre à atténuer les secousses que nous allons subir. Ce qui reste absolument indispensable mais me parait d’une probabilité peu élevée.

Ce reportage constitue, comme je le disais, un bon complément à la lecture du livre « Les limites à la croissance (dans un monde fini) ». La plupart des personnes interviewées parlant anglais, traduction et sous-titrage sont de la partie. Regrettons juste la trop courante mauvaise traduction du terme «sustainable development » en « développement durable ». Peut-on espérer qu’un jour il soit couramment remplacé par le « développement soutenable » ?



samedi 25 août 2012

Les sillons de la colère


Auteur : André Pochon
Editeur : La découverte
Date de parution : septembre 2006
ISBN : 2707150142
EAN : 978-2707150141

Il y a une dizaine d’années, André Pochon signait la première édition des « Sillons de la colère », véritable plaidoyer pour changer le modèle agricole productiviste dominant, destructeur de la paysannerie, de l’environnement et de notre santé.

Paysan retraité, il sait manifestement bien de quoi il parle et le fait avec clarté. Son analyse critique de l’agriculture industrielle se complète d’un ensemble de propositions concrètes et cohérentes pour la mise en œuvre d’une agriculture durable. Son expérience de terrain d’une pratique réussie des techniques qu’il propose lui donnent toute sa crédibilité.
C’est en effet dans les années 50 qu’André Pochon créée le Centre d’Etude Technique Agricole (CETA) de Mur de Bretagne/Corlay, petite structure composée de paysans désireux de mettre en commun leur expérience, afin de faire progresser l’agriculture qui en avait bien besoin au sortir de la guerre. En 1954 déjà existaient 960 CETA ! C’est dire l’ampleur que prenaient ces structures sont le principal bouleversement apporté par des agronomes tel René Dumont était la révolution fourragère. La voie était ouverte vers une agriculture vraiment durable, par la pratique de la prairie temporaire donnant de l’herbe à manger aux ruminants.

Des ruminants qui mangent de l’herbe, n’est-ce pas là une évidence et une illustration du fameux bon sens paysan dont nous n’entendons maintenant plus que parler sans plus vraiment en voir des manifestations concrètes ? Ce bon sens a disparu avec la démesure de l’agriculture industrielle qui a fait la promotion et a imposé le maïs dans l’alimentation animale. Fini l’exploitation rationnelle des herbages qui fut remplacée par la culture intensive du maïs, laquelle dût être associée à l’importation massive du soja afin de constituer une alimentation « équilibrée » du bétail.

Ainsi la gestion écologique de petites exploitations par des paysans qui s’en sortaient économiquement bien en vivant correctement fut remplacée par le très couteux couple maïs-soja qui obligea les agriculteurs à s’endetter et à agrandir leurs exploitations pour espérer couvrir leurs frais et s’en sortir. Cette course infernale à l’intensification menée au plus grand bénéfice de l’agro-business financée en partie par le contribuable à grand renfort de primes de soutien mises en place par la classe politique soumise au diktat du syndicat agricole majoritaire. Une politique agricole dramatique en ce qu’elle a conduit à la destruction de la petite paysannerie au profit d’exploitations de plus en plus grandes saccageant l’environnement de leurs apports d’engrais et de pesticides, éradiquant arbres et haies indésirables pour leurs tracteurs démesurés, tassant et stérilisant la terre par la chimie, polluant les rivières jusqu’aux océans et les côtés envahies par les algues vertes. Une agriculture produisant une alimentation de piètre à mauvaise qualité, instaurant par là même la malbouffe et multipliant les scandales sanitaires dont la vache folle est une des plus marquantes. Une agriculture maintenue sous perfusion des subventions publiques sans lesquelles elle ne pourrait pas se maintenir, engloutissant des sommes colossales sorties de la poche du contribuable, une agriculture dont les surplus ont étés bradés vers les pays du sud qui ont ainsi eux aussi subit la destruction de leur paysannerie et perdu leur souveraineté alimentaire, ne pouvant assumer cette concurrence déloyale.

Bien sombre est le tableau dressé avec excellence et clarté par André Pochon, mais il ne s’arrête pas à cette critique éclairée et éclairante de l’agriculture industrielle. Une bonne partie du livre explique de manière détaillée, argumentée et basée sur l’expérience concrète de l’agriculteur, comment se réorienter vers une agriculture vraiment durable en cultivant la prairie temporaire, le trèfle blanc évitant les apports d’azote, produisant ainsi l’herbe nécessaire à l’alimentation d’animaux élevés sur paille et non plus sur caillebotis d’un béton surplombant un écoulement permanent de lisier. Une agriculture durable faisant bien vivre ses paysans et assurant un environnement préservé, des animaux respectés, remplissant nos assiettes de bons produits et ne produisant plus d’excédents destructeurs de l’économie et du tissu agricole des pays du sud. N’est-ce pas un beau programme ? Un programme très cohérent avec l’analyse et les propositions de Dennis Meadows dans « Les limites à la croissance » et une agriculture si bien illustrée par le film « Herbe ».

Ce livre fur publié pour la première fois en 2001. Les gouvernements ont changé depuis, la Politique Agricole Commune réformée. Dans la postface que l’auteur a ajoutée à l’édition 2006 de son livre, il juge favorablement la réforme de la PAC de 2003 tout en déplorant la résistance de la France dans sa mise en œuvre. L’auteur en était à souhaiter que le gouvernement qui serait élu en 2007 saurait persuader les paysans de s’orienter vers de bonnes pratiques. Quel avis peut-on se faire en 2012 ? Peut-être la consultation des cinq adresses utiles qui concluent le livre me permettra-t-elle de savoir si ma tendance marquée au pessimisme est partagée.

Reste que les algues vertes font de plus en plus parler d’elles, que l’Agriculture Biologique ne progresse que trop lentement, que les crises perdurent et s’aggravent. Sommes-nous sur la voie de la révolution culturelle qu’André Pochon affirme incontournable pour sauver notre planète ? L’optimisme affiché par Jean-Marie Pelt dans sa préface est-elle fondée ? Le renouveau de la terre et des hommes qui y habitent est-il en marche ?

mercredi 15 août 2012

Lectures pour une décroissance physique

Le hasard de mes lectures du moment prolonge la réflexion sur les moyens d’infléchir et d’atténuer le choc de l’effondrement prévisible si l’on en croie Dennis Meadows et son équipe dans leur livre « Les limites à la croissance dans un monde fini » dont je vous parlais ici il y a quelques temps.

Justement, Dennis Meadows est venu en France à l’occasion de la publication de la traduction française de son ouvrage. Plusieurs média en ont profité pour l’interviewer. Deux exemples : Le Monde et Terra Eco.
Le chercheur américain fait partie des plus pessimistes de l’équipe qu’il dirige depuis 40 ans déjà, modélisant les différents systèmes constituant l’humanité et son environnement. Pessimiste ou réaliste ?
Meadows voit de nombreux signes de l’arrêt de la croissance : changement climatique, dislocation de la zone euro, pénurie d’essence, problèmes alimentaires. Il compare la manière avec laquelle l’humanité se comporte vis à vis de ces symptômes du système qui s’arrête, avec une personne qui prendrait de l’aspirine pour soigner un cancer. Nous essayons de traiter et de résoudre chaque problème pris isolément, ce qui déplace la pression ailleurs. Selon le chercheur, le changement doit passer par des modifications culturelles et non pas scientifiques.
Pourquoi les politiques poursuivent-ils ainsi la fuite en avant vers la croissance physique alors qu’ils savent bien que cela ne résoudra pas le problème, que c’est le mauvais choix ? Ils feraient ce que les électeurs attendent… Meadows a une bien sombre idée de l’avenir, il estime que l’homme ne fera qui résoudra le problème, que c’est la nature qui stoppera la croissance physique par le changement climatique, la pénurie de ressources et de nourriture. Selon lui, l’effondrement sera douloureux pour l’homme qui n’a plus comme possibilité que de tenter d’en réduire les impacts. Il termine en annonçant que les 20 années à venir seront plus riches en changement que les 100 ans que nous venons de vivre, la démocratie étant bien mise à mal par l’instauration de régimes autoritaires.

Dans le même registre, Terra Eco publie une interview d’Edgar Morin. Le philosophe de 90 ans prône la lenteur face au « progrès » et au rythme infernale de la société capitaliste qui a conduit à la dégradation de la biosphère, à la pollution généralisée et à la prolifération des armes nucléaires, faisant entrer le monde dans une crise profonde.
Face à cette course effrénée de la concurrence et de la recherche de performance, Morin propose de réfléchir et de définir à ce qui doit croitre et ce qui doit décroitre.
Dans la première catégorie : les énergies renouvelables, les villes non polluantes, la solidarité entre les peuples et envers la planète… Dans la seconde : la vitesse, la compétition…
J’aime beaucoup l’image évoquée par Edgar Morin dans son interview où il compare l’humanité à une mère bien heureuse que son enfant grandisse mais qui s’en alarmerait si cette croissance se poursuivait au-delà des 18 – 2à ans de son enfant. A cet âge, la mère espère voir son enfant croitre moralement, intellectuellement, et non plus physiquement. Il faudrait qu’il en soit de même pour l’humanité. Mais celle-ci a-telle atteint l’âge adulte ?
Edgar Morin estime que deux barbaries nous menacent. La barbarie humaine tout d’abord. Serait-ce les régimes autoritaires annoncés par Meadows ? Ensuite, la barbarie fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries pourraient à tout instant développer des guerres dans le fanatisme. Morin pense que nous ne sommes pas encore assez conscients du péril et que nous avançons à toute allure vers la catastrophe, tels des somnambules. Le pire n’étant selon lui jamais certain, il lui reste une lueyr d’espoir.

Meadows et Morin envisagent somme toute l’avenir sous un angle assez terrible…

La revue l’Ecologiste n°37 (juillet-Aout 2012) apporte, elle, des éclairages un peu plus mitigés.

Des constats accablants
Pierre Calame était à Rio + 20. Il en parle en des termes éloquents : « mal à la planète carabiné… débâcle… Verdun… constat de faillite d’un ordre mondial intergouvernemental… Munich écologique mondial…» Au-delà de ce constat amer, Calame énonce quelques pistes avec « des intentions qui fâchent » Un peu obscur à mon goût !

Geneviève Azam dénonce la méprise de l’économie verte. Méprise qui prolonge celles du développement durable, qui construit de nouveaux marché, incorporant les processus écologiques aux processus économiques. L’économie verte supprime les frontière fondatrices entre les éléments naturels et les artifices humains. Inquiétant…

Eifion Rees expose pour sa part l’inefficacité relative des aires naturelles protégées. S’il considère malgré tout nécessaire d’étendre les réserves et de réellement les relier entre eux, il considère comme primordial de stabiliser la population humaine mondiale.
L’appel de Poitiers est publié dans son intégralité dans ce numéro de l’Ecologiste. Cet appel a été lancé par de nombreuses associations le 24 juin 2012 lors des Etats Généraux de la biodiversité. Face au modèle agricole dominant, qui en 100 ans seulement sur les 10000 ans d’âge de l’agriculture, a réduit la terre à un support inerte maintenu sous perfusion par les engrais et les pesticides chimiques. L’appel liste des demandes drastiques destinées à sauver la biodiversité, reconnaître les droits des paysans et changer les pratiques agricoles.
Un appel valable bien au-delà de la France. Sera-t-il entendu ?

Mais aussi des initiatives et des témoignages encourageants
Nicholas Bell, revenant de Grèce, nous raconte le fort mouvement de solidarité et de retour vers les campagnes qui s’y déroule. Comme Vandana Shiva le fit en Inde, l’association Pelti organisait le plus grand événement de partage de semences en Europe. La crise grecque a relancé le retour à la campagne. 50 000 personnes auraient engagé ce retour sur les 11 millions que compte le pays et 1 million et demie l’envisageraient. Jardins collectifs, vente directe massive par les producteurs de fruits et légumes. , mobilisation populaire face au risque que l’Etat brade les ressources minérales de son sous-sol, la crise renforce les solidarités et la recherche d’alternatives.

Paul Kingsnorth signe un article qui désigne la croissance comme responsable de la crise actuelle et de l’effondrement qui est en cours. Il nous dit que la crise est celle du gigantisme, que les petits états, les petites économies et structures sont plus soupes et capables de traverser les crises.

Matthew B Crawford nous pousse à reprendre les choses en main et de retrouver un minimum de capacité à agir matériellement sur le monde. Il est, pour lui, temps de revenir aux fondamentaux, de faire quelque chose d’utile, de mettre les mains dans le cambouis. Planter, fabriquer, réparer, la travail manuel permet de rendre notre univers intelligible.

Robin Murnay revient lui aussi sur l’utilité des petites structures, faisant la promotion des coopératives comme un modèle viable et apte à contrer « l’utopie de marché ». Les conditions de leur réussite : que les membres y trouvent un intérêt important et le sentiment que leur voix compte. Elles doivent garder une taille réduite et assurer l’équité entre leurs membres. J’en connais une qui devrait suivre ces conseils avisés…

Lutte contre la démesure, encore, Simon Charbonneau explique les raisons de l’opposition associative aux projets de nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse. Des projets pharaoniques de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour réaliser les quelques 2000 km de voies actées par le grenelle de l’Environnement !
La justification de ces projets ? La vitesse, elle encore. On pourrait gagner une heure sur le trajet Paris-Bordeaux et Toulouse. Un gain de temps extrêmement coûteux au prix d’une atteinte portée aux petites villes qui s’en trouveraient un peu plus délaissées. La Ligne à Grande Vitesse (LGV) assèche le milieu rural et exclut les villes et régions laissées pour compte du « progrès ». Les opposants demandent l’abandon de ces projets au profit de la modernisation des lignes existantes, afin de répondre aux attentes de la très grande majorité de la population et de sauvegarder les derniers espaces naturels menacés par les projets de lignes nouvelles.

Comme à son habitude, c’est Alain Hervé, l’auteur de « Merci la Terre », qui signe la dernière page du magazine. Il exergue le nouveau pouvoir politique français à abandonner le nucléaire le plus vite possible. Formule choc : « l’accident nucléaire vient d’être élu à la Présidentielle ».

Je termine par le début. L’éditorial de Thierry Jaccaud où le rédacteur en chef se réjouit de la progression de la surface cultivée en agriculture biologique. Atteignant 3,5%, il reste bien loin des 6% prévus pour 2012 par le Grenelle de l’Environnement (encore lui !). Bonne nouvelle aussi que l’interdiction de l’insecticide Cruiser. Mais une interdiction seulement pour l’usage sur le colza ! Et les autres cultures où il reste autorisé ? Et les autres insecticides de la même famille qui restent légaux ? Encore une bonne nouvelle, 11 projets de LGV seraient à « rediscuter » selon le gouvernement. Thierry Jaccaud n’est en fait pas si réjouit que cela de ces mesures qu’il dit dérisoires au regard des enjeux. Avec des élus EELV, 2 ministres, 10 sénateurs, 17 députés, il attend l’action maintenant…

Au final de ces lectures ressortent de nombreux points noirs et de fortes inquiétudes mais aussi des actions positives et prometteuses face et en réaction à la crise, aux crises, actuelles et à venir.

Pour plus d’information

Lisez Les limites à la croissance (dans un monde fini)
Et aussi la revue L'Ecologiste
Les interview de Dennis Meadows dans le Monde et Terra Eco.
Edgar Morin dans Terra Eco



samedi 7 juillet 2012

Les limites à la croissance (dans un monde fini)


Auteurs : Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers
Editeur : Rue de l'échiquier
Collection : Initial(e)s DD
ISBN-13: 978-2917770351

Il y a 40 ans, un groupe d'experts indépendants rédigeaient, à la demande du Club de Rome, un ouvrage qu'ils appelèrent "The limits to Growth". Élaboré au sein du MIT par cette petite équipe de jeunes scientifiques, ce livre analysait les causes et les conséquences à long terme de la croissance sur la démographie et l'économie matérielle mondiales. Denis Meadows dirigea ce groupe de 15 personnes qui, pendant 2 ans, se servirent de la théorie de la dynamique des systèmes et de la modélisation informatique pour analyser les interactions entre la population, la croissance industrielle, la production alimentaire et les limites des écosystèmes terrestres.

En 1972, année de sa sortie, l'idée générale du livre était de s'attacher à éviter le dépassement des limites terrestres à une époque où rares étaient ceux qui contestaient la durabilité à long terme de la croissance économique.

En 1992 l'équipe réalisa une mise à jour de son étude qu'elle publia sous le titre "Beyond the limits", au-delà des limites. 20 ans après la première étude, les modèles informatiques et l'analyse du groupe de scientifiques indiquaient que l'humanité avait déjà dépassé les capacités de la planète. Il était déjà clair alors que la société n'allait pas dans le sens de la durabilité et qu'il fallait ramener le monde en territoire soutenable. Les auteurs montraient que cela pouvait à l'époque s'effectuer assez facilement.

Poursuivant leur travail d'observation de l'évolution mondiale et son analyse, le groupe actualisa son étude pour la seconde fois et publia en 2004 l'ouvrage "The limits to Growth – the 30 years update". 8 ans après, la traduction en français de ce livre est tout juste disponible. 40 ans se sont écoulés depuis la première édition. Quelle est la situation mondiale et ses possibles futurs ?

Dans leur préface, les auteurs s'annoncent beaucoup plus pessimistes qu'en 1972, constant avec tristesse que la monde a gâché pendant 30 ans ses chances de revenir dans une situation viable à long terme. Leur motivation à rédiger ce nouveau livre était de souligner que le monde était en état de dépassement mais qu'il était possible d'agir afin de réduire les dégâts et les souffrances qui pourraient en résulter. En 2004, les auteurs proposaient des analyses et des données montrant que les orientations politiques dominantes allaient dans la mauvaise direction. Ils voulaient inciter les citoyens du monde entier à soutenir les choix aptes à limiter les dégâts causés par le dépassement. C'était il y a 8 ans déjà… Transportons-nous en 2004 pour le temps de la lecture de ce livre passionnant.

Il est une chose importante à considérer vis-à-vis de cet ouvrage, et les auteurs insistent bien sur ce fait, ils ne nous présentent aucunement une description de ce qui va se passer au niveau mondial. Ils exposent plusieurs scénarios possibles, lesquels montrent qu'il faut exclure toute possibilité d'une croissance soutenue à l'avenir.

Le début de l'ouvrage est consacré à la problématique de base de l'humanité: la croissance exponentielle. C'est en par elle que le système mondial fonctionne ou voudrait fonctionner.

Tout serait donc sensé augmenter d'une proportion (en pourcentage) identique d'une année sur l'autre, l'augmentation portant donc aussi sur l'augmentation de l'année précédente, ce qui donne une augmentation en valeur faible au début, mais qui devient d'année en année de plus en plus grande en valeur et s'accélère extrêmement vite à un certain moment. D'où la forme exponentielle. La croissance exponentielle constatée en de nombreux domaines amène à franchir de nombreuses limites car les systèmes possèdent bel et bien leurs limites, quel que soit le domaine considéré, tant et si bien qu’à terme un effondrement se produit. Dans la pratique cette effondrement se traduit sur la population (nombre d’individus sur terre), les ressources disponibles, la production industrielle, de nourriture, l’indice de bien être humain et même, ce qui pourrait paraitre paradoxal à première vue, l’empreinte écologique des hommes. Les différents mécanismes impliqués, les limites liées aux sources et exutoires, la dynamique de la croissance exponentielle dans un monde fini nous sont exposés de manière claire et accessible au non scientifique. De nombreux exemples émaillent ces premiers chapitres avec, en particulier, celui du trou dans la couche d’ozone, exemplaire en ce sens que l’humanité a su agir en vue d’éviter l’effondrement, ce qui semble être en passe d’être couronné de succès.

Les idées et modèles politiques dominants vont dans le sens d’une croissance soutenue à long terme, que la technologie et les lois du marché seront à même de permettre. Pour voir si cela s’avère réaliste, les auteurs nous présentent les différentes simulations qu’ils ont réalisées avec leur outil « World 3 », Pas à pas, de nouveaux moyens d’actions sont mis en œuvre pour produire un nouveau scénario destiné à chaque fois à éviter l’effondrement. Ainsi nous sont présentées les grandes orientations à suivre pour aller vers une société durable :

  • limiter à 2 le nombre d’enfants par couple
  • fixer une limite à la production industrielle et s’y tenir
  • utiliser davantage de ressources renouvelables, des technologies d’extraction en constant progrès et permettant l’utilisation efficace des ressources
  • utiliser des technologies de contrôle de la pollution et mettant d’augmenter la production agricole
  • concevoir des produits d’une durée de vie augmentée de 20%
  • améliorer la protection des sols

L’utilisation de la simulation montre l’utilité de cumuler toutes ces orientation pour lutter contre effondrement. Le temps est notre ennemi, les auteurs montrent clairement qu’un retard dans la mise en œuvre des technologies mentionnées ci-dessus rendent le résultat moins favorable. Le scénario permettant d’éviter l’effondrement prévoyait ces technologies en 2002…

Pour finir cette brève présentation ce cet ouvrage remarquable pour qui s’intéresse au devenir de notre planète et de ses habitants, je vous en livre les dernières phrases.

L’humanité n’est pas confrontée à un avenir prédéterminé, mais à un choix. Un choix entre différents modèles mentaux qui, logiquement, conduisent à différents scénarios. L’un de ces modèles mentaux soutient que notre monde n’est pas confronté à des limites pour plein de raisons pratiques. Si l’on choisit ce modèle, on prône la poursuite des activités comme à l’accoutumée et on conduit l’économie humaine très loin au-delà des limites. Cela se traduit par un effondrement.

Selon un autre modèle mental, les limites existent bel et bien et ne sont pas loin d’être atteintes, mais on n’a pas assez de temps pour réagir et les individus ne peuvent se modérer, ni être responsables, ni éprouver de la compassion. En tout cas pas assez vite. Ce modèle est auto-réalisateur : si les populations choisissent d’y croire, il leur donnera raison. Il se traduit lui aussi par un effondrement.

Il existe un troisième mental selon lequel les limites existent bel et bien et ne sont pas loin d’être atteintes, voire le sont déjà pour certaines d’entre elles, mais nous avons juste assez de temps pour réagir. Il faut donc faire vite. Il y a juste assez d’énergie, de matière, d’argent, de résilience environnementale et de vertu humaine pour enclencher une réduction planifiée de l’empreinte écologique de l’humanité : une révolution vers la durabilité, vers un monde bien meilleur pour l’immense majorité d’entre nous est possible. Ce troisième scénario peut tout à fait se révéler faux. Mais d’après ce que nous avons pu recueillir comme information, depuis les données mondiales jusqu’aux modélisations à l’échelle planétaire, il se peut qu’il soit valable. Et ce n’est qu’en le testant que nous aurons la réponse.

Ces mots datent de 2004.
N'oublions pas... la croissance exponentielle...